ulysse

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type 1 Le genre littéraire poétique peut être lyrique (du grec λυρα=instrument de musique). Il consiste alors à chanter la valeur de quelque chose sous le coup de l'émotion qui l'a provoquée. Du Bellay, angevin exilé à Rome(1553-1557) où il a accompagné son cousin cardinal, loin de son pays natal, chante ici le bonheur de retrouver la patrie perdue après une longue absence.

 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestui-là* qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

 

Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village

Fumer la, cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

 

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux

Que des palais romains le front audacieux ;

Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

 

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré que le mont Palatin,

Et plus que l'air marin la douceur angevine.

 

REGRETS, XXXI

*équivalent de celui en ancien français

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Thématique de la fragmentation du moment du texte

J. du Bellay chante le bonheur de retrouver le pays natal après une longue absence.

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Dans le premier quatrain il s'interroge sur ceux qui l'ont précédé

Il évoque le bonheur des plus fameux de ses prédécesseurs Ulysse et Jason qui ont connu le plaisir d'un beau voyage et la joie de retrouver le pays natal

Ceci est obtenu grâce à l'apostrophe de l'attribut heureux avec les relatives démonstratives qui/cestuy là qui (périphrase pompeuse avec un démonstratif emphatique pour désigner Jason), la disjonction de a fait un beau voyage, à l'aide de l'inversion de la comparaison et la coordination alternative.

Et l'évocation du bonheur de retrouver le pays natal grâce à la coordination successive renforcée, la période binaire plein d'usage et raison la disjonction extrinsèque et intrinsèque de Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Dans les deux cas un emploi de l'ellipse saisissant.

Le tout ponctué par une exclamation.

Le mètre convient au ton de l'évocation où la symétrie est rompue par le dernier vers exprimant le comble du bonheur.

 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, (2+4//2+4)

Ou comme cestui-là* qui conquit la toison, ,(6/6)

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,(6//6)

,Vivre entre ses parents le reste de son âge ! ,(1+5//6)

 

 

 

Usage doit être pris au sens d'expérience

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Il a 37 ans lorsqu'il meurt en 1560 ; c'est donc à 32 ans qu'il écrit ce sonnet. Cela correspond à un état de civilisation où l'espérance de vie était courte et où l'appartenance à une famille illustre du Val de Loire garantissait une "vieillesse" paisible à l'intérieur de la parenté. Sans doute idéalisée par l'éloignement

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Dans le second quatrain il s'interroge sur la date de son retour

Il ne peut qu'exprimer sa douleur de ne pouvoir la fixer.

Cette douleur s'exprime par une pseudo interrogation qui n'attend aucune réponse. Elle est double et répétitive mais nuancée. Le futur est imperfectif souligné par une interjection. L’emploi du complément d'inhérence initiale, la disjonction de l'objet cheminée

et par-dessus tout, le double système propositionnel coordonné que souligne un contre rejet et en quelle saison achèvent l'effet douloureux recherché.

Le mètre du vers y contribue : un chiasme rythmique encadré par un contraste entre un hémistiche régulier et irrégulier pour traduire un véritable déchirement.

Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village(6//6)

Fumer la cheminée, et en quelle saison (2+4//6)

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison (4+2//6),

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ? (2+4/6)

la cheminée au sens étymologique de foyer qui réchauffe le cœur

saison au sens figuré de temps propre à faire quelque chose

le clos de ma pauvre maison

Ne pas prendre l'expression à la lettre: il s'agit d'un vieux manoir de famille qui n'est pauvre que par rapport aux palais romains. Aujourd'hui détruit.

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

une province (proprement pays gouverné) au sens de royaume

Si l'on prend le temps de regarder la carte sous le sonnet on voit que Liré est placé dans un site magnifique sur une colline qui surplombe la Loire dans toute sa splendeur de fleuve majestueux et sauvage. Ceci justifiant et beaucoup davantage (qu'un simple royaume).

 

 

 

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

 

Dans la dernière strophe, il il s'interroge sur les raisons profondes de cette préférence

C'est le bonheur de retrouver le cadre familier de son pays natal qui a une valeur à nulle autre pareille. Il décompose les raisons de cette préférence : l'architecture plus simple, le site moins grandiose, plus gaulois, le climat plus doux

A la prétention des palais romains dont le front est trop audacieux, il préfère le séjour qu'ont bâti ses aïeux (périphrase qui en dit long sur le culte qu'il voue à son ascendance) ; il préfère le matériau de l'ardoise fine au marbre dur. Peut être faut il voir là un sens du second degré pour opposer la finesse de ses ancêtres à l'ostentation romaine.

Puis à partir de là il oppose la beauté incomparable de la Loire gauloise par rapport au Tibre latin. C'est le Celte contre la légion romaine. Le petit Liré, son village ignoré, au mont Palatin, fameux ; le climat de l'air marin (comprenons qu'il supporte difficilement le vent qui vient de la mer) à la douceur angevine.

Une anaphore phrastique d'une proposition comparative traduit la force de la préférence soulignée par l'ellipse et un certain souci de variété sans compter l'inversion des palais romains qui met en relief l'ostentation de leur front audacieux où perce un certain mépris pour une faute de goût

:

Plus me plaît

Que

Plus que

Plus……que

Plus……que

Plus……que

Et plus que

 

Une construction coordinative qui aboutit à une gradation suggestive. Après l'emploi répété de l'asyndète, une syndèse et plus pour conclure définitivement cette préférence indiscutable.

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux (3+3//3+3)

Que des palais romains le front audacieux (6//6)

Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fin; (6//6)

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin, (6//6)

Plus mon petit Liré que le mont Palatin, (6//6)

Et plus que l'air marin la douceur angevine. (6//6)

Le premier vers oppose sa symétrie ternaire à la symétrie binaire du mètre des quatre autres vers pour traduire la vivacité de l'effusion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

On notera le changement de genre du fleuve Loire qui était masculin au temps de l'auteur et on ne peut s'empêcher de constater que la langue a à peine vieilli sous l'effet de tant de siècles, fleurant bon seulement quelque chose de désuet, de vieillot et de suranné.

On peut s'essayer à faire une psychanalyse de l'auteur d'après le sonnet qu'il a écrit sous le coup de l'émotion. On peut en effet en déduire qu'il s'agit d'un homme simple, discret, peu sensible au faste des palais et au contraire soucieux de jouir pleinement des plaisirs simples que lui offre le village de son Anjou natal, mais aussi qui a conscience de la brièveté de sa vie et a une tendance à idéaliser sous l'effet de l'éloignement le bonheur simple de la famille. On ne peut toutefois ignorer qu'il est aussi très attaché aux prérogatives liées à sa caste de hobereau de province propre à l'époque, fier sous des dehors modestes d'appartenir à une lignée illustre.

du Bellay est un esthète qui utilise pour son sonnet la formule embrassée abba abba ccedde qu'il juge peut-être plus favorable à l'intention lyrique de son inspiration chantée sur le mode mineur.

On sait aussi que le thème du pays natal sera repris par son contemporain Ronsard en 1560 (quand je suis vingt ou trente mois sans retourner en Vendomois) et beaucoup plus tard par Lamartine (Milly) au XIXème siècle. Mais son originalité réside dans le fait qu'il a connu l'exil qu'ignorent les autres.

 

 

 

INTRODUCTION

Du Bellay, Angevin exilé à Rome(1553-1557) où il a accompagné son cousin cardinal, loin de son pays natal, chante ici le bonheur de retrouver la patrie perdue après une longue absence. A-t-il su exprimer les sentiments mêlés que lui inspire cet exil : le bonheur de retrouver le pays natal tout en appréciant sa chance d'élargir son horizon dans des pays lointains ? A-t-il suscité ainsi par son art des émules dans les siècles à venir ? A-t-il finalement révélé une nature sensible de poète qu'il a rendue immortelle ?

 

CONCLUSION

L'évocation du bonheur de ses prédécesseurs illustres ne l'empêche pas de rester simple dans l'évocation de son petit village dont il regrette la familiarité et tous les avantages qu'il représente par rapport à son exil doré. Toutes les ressources du sonnet, genre difficile à cause des contraintes qu'il exige sur le plan de la versification, sont utilisées avec bonheur dans la simplicité d'un vocabulaire qui exclut toute ostentation. Il a fait école.


 

type 2  Le genre poétique  lyrique (du grec λυρα=instrument de musique) au lieu de chanter la valeur de quelque chose,  peut déplorer son absence et devient alors une élégie (proprement chant de deuil). C’est ce que fait Ronsard, poète du XVIème siècle contemporain de J. du Bellay, dans ce poème où il déplore la tristesse de la condition humaine face au temps qui passe sans retour possible non sans un sentiment mitigé.

 

Quand je suis vingt ou trente mois

Sans retourner en Vendômois,

Plein de pensées vagabondes,

Plein d'un remords et d'un souci,

Aux rochers je me plains ainsi,

Aux bois, aux antres, et aux ondes :

«Rochers, bien que soyez âgés

De trois mille ans, vous ne changez

Jamais ni d'état ni de forme :

Mais toujours ma jeunesse fuit

Et la vieillesse qui me suit

De jeune en vieillard me transforme.

« Bois, bien que perdiez tous les ans

En hiver vos cheveux, mouvants,

L'an d'après qui se renouvelle

Renouvelle aussi votre chef :

Mais le mien ne peut derechef

Ravoir sa perruque nouvelle.

 

Lexique

Chef = tête

Perruque =chevelure naturelle

Antres= grottes

ores = maintenant

Si est-ce que= et cependant

«Antres, je me suis vu chez vous

Avoir jadis verts les genoux,

Le corps habile, et la main bonne

Mais ores j'ai le corps plus dur,

Et les genoux, que n'est le mur

Qui froidement vous environne

« Ondes, sans fin vous promenez,

Et vous menez et ramenez

Vos flots d'un cours qui ne séjourne.

Et moi sans faire long séjour

Je m'en vais de nuit et de jour

Au lieu d'où plus on ne retourne. »

Si est ce que je ne voudrais

Avoir été ni roc ni bois

Antre ni onde, pour défendre

Mon corps contre l’âge emplumé

Car ainsi dur je n’eusse aimé

Toi qui m’as fait vieillir Cassandre.

Odes , IV , 10

 

 

Thématique de la fragmentation du moment du texte

Ronsard déplore la tristesse de la condition humaine face au temps qui passe sans retour possible non sans un sentiment mitigé.

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Il dit dans quelles circonstances il exprime sa plainte et à quoi elle est adressée

Après une longue absence de son Vendômois natal, il éprouve le besoin de s’épancher dans le sein de la nature à l'aide d' une invocation anaphorique qu’il annonce.

L’urgence s’exprime par la répétition du qualificatif plein en début de vers et la force des termes pensées vagabondes remords = morsure poignante/ souci au sens de tourment.

C’est par le contraste entre l’ampleur de l’élargissement de la protase et la brièveté de la reprise de l’apodose qu’il veut traduire le besoin pressant de s’épancher auprès de ses amis naturels soigneusement détachés  par rapport au verbe attributif se plaindre : aux rochers …

aux bois, aux antres, et aux ondes

L’octosyllabe lui permet de renforcer par l’opposition du mètre l’effet de la période binaire de la protase et de la chute de l’apodose.

Quand je suis vingt ou trente mois (3+5)

Sans retourner en Vendômois, (3+5)

Plein de pensées vagabondes, (8)

Plein d'un remords et d'un souci, (8)

Aux rochers je me plains ainsi, (3+5)

Aux bois, aux antres, et aux ondes(2+3+3)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Et voici de quoi il se plaint aux rochers

Il apostrophe les rochers pour leur confesser qu’il envie leur solidité immuable que la vieillesse lui a fait perdre.

Quel contraste entre les rochers chargés de trois mille ans d’âge sans aucun effet sur leur état (de santé) ou sur leur forme (toujours aussi belle) et les transformations désastreuse qu’on est obligé de subir ma jeunesse fuit / De jeune en vieillard me transforme

Une image saisissante qui rappelle Villon regrettant le temps de sa jeunesse

las il ne s’en est a pied allé

N a cheval hélas ! comment donc

Soudainement s’en est volé

Et une inversion qui rend palpable la transformation. De jeune en vieillard me transforme

Une autre image pour montrer l’impuissance devant l’inéluctable Et la vieillesse qui me suit (au sens de poursuit)

Un rejet De trois mille ans pour mettre en relief la solidité de l’état et un contre rejet Jamais ni d'état ni de forme pour mettre en relief l’immuabilité en face.

On remarque l’opposition de l’uniformité du mètre de la stabilité de l’état à l’originalité expressive de celui de la fatalité du changement

«Rochers, bien que soyez âgés.(2+6)

De trois mille ans, vous ne changez.(4+4)

Jamais ni d'état ni de forme : .(5+3)

Mais toujours ma jeunesse fuit .(6+2)

Et la vieillesse qui me suit .(5+3)

De jeune en vieillard me transforme.(2+3+3)

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Et voici de quoi il se plaint aux bois

Avec l'apostrophe, il déplore que le renouvellement continuel de leur verdure soit ignoré par la nature humaine qui perd ses cheveux sans remède possible.

L'amertume de la chose se reflète dans l'opposition entre la subordonnée concessive affirmative manifestant le miracle de la nature (tous les ans)

et la négation adversative ; et aussi la répétition obsédante de renouvelle deux fois et nouvelle.

Le mètre du vers grâce à un chiasme rythmique souligne le contraste entre la nature et l'homme. La singularité du dernier vers traduit une douloureuse constatation.

 

Bois, bien que perdiez tous les ans (1+4+3)

En hiver vos cheveux, mouvants, (3+5)

L'an d'après qui se renouvelle (3+5)

Renouvelle aussi votre chef : (5+3)

Mais le mien ne peut derechef (3+5)

Ravoir sa perruque nouvelle. (2+6)

 

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Et voici de quoi il se plaint aux antres, témoin de ses escapades de jeunesse

Apostrophe pour annoncer qu'ils ont été les témoins privilégiés de son habileté qui a fait place à une ankylose déplorable.

L'évocation du passé est douloureuse avec l'antithèse des genoux verts, du corps habile et des mains bonnes face à l'image présente d'un corps plus dur qu'un mur; le tout ponctué par une coordination adversative renforcée par le circonstant ores trop actuel. Une syndèse pour insister sur la souplesse du corps qui complète la verdeur du genou.

Le froid de la tombe qui approche est rendu par une allitération en r allié avec une assonance vocalique sourde

Qui froidement vous environne

Le mètre du vers oppose les deux parties adversatives de la strophe l'une primesautière à cause de la variété syncopée

«Antres, je me suis vu chez vous(2+4+2)

Avoir jadis verts les genoux, (2+3+3)

Le corps habile, et la main bonne (2+2+3+1)

L'autre sombre et morose à cause d'un rythme symétrique prolongé par un vers plein final.

Mais ores j'ai le corps plus dur, (4+2+2)

Et les genoux, que n'est le mur(4+2+2)

Qui froidement vous environne(8)

 

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Et voici de quoi il se plaint aux ondes.

La dernière apostrophe anaphorique annonce qu’il envie leur cours éternel, lui qui est condamné à une disparition inéluctable

L'éternelle course de l'eau est traduite par une savante répétition des verbes de mouvement promenez, menez et ramenez avec une allitération conséquente et un rejet de l'objet Vos flots (personnifiés)

La rapidité éternelle du courant utilise une expression négative du verbe séjourner très heureuse. Le caractère fatal de la mort est souligné par le rythme binaire de nuit et de jour(sans répit possible)

Le mètre du vers souligne l'adversité.

La première partie utilisant le rythme syncopé et l'allongement final de l'infini

« Ondes, sans fin vous promenez, (2+6)

Et vous menez et ramenez(4+4)

Vos flots d'un cours qui ne séjourne. (2+2+4)

La seconde partie faisant écho sur le mode mineur pour sombrer dans la mort

Et moi sans faire long séjour (2+3+3)

Je m'en vais de nuit et de jour(3+2+3)

Au lieu d'où plus on ne retourne. » (2+6)

Un vocalisme sourd parfait l'intention qui culmine dans le dernier vers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Et voici qu’il éprouve le besoin de mitiger son sentiment.

Il ne peut ignorer que le prix à payer serait très lourd ; s’il était exaucé, le souvenir impérissable de Cassandre, la sylphide bien aimée, s’envolerait à tout jamais.

Un énoncé concessif Si est ce que vieilli Accumulation des termes où triomphe la rudesse de la matière violemment rejetée

roc bois antre ondes s'opposant à l'ambivalence de la tendresse des termes n'excluant pas une certaine souffrance de la passion n’eusse aimé (conditionnel éventuel) Cassandre et au caractère dérisoire de l'enjeu pour défendre

Mon corps contre l’âge emplumé (ailé) faisant l'objet d'un enjambement

Une apodose courte où l'ambivalence se manifeste encore par rapport une protase longue pour un effet saisissant de chute

Si est ce que ……Mon corps contre l’âge emplumé

//Car ainsi dur je n’eusse aimé

Toi qui m’as fait vieillir Cassandre

L'objet d'une proposition relative douloureuse souligné par une apposition

Le mètre du vers

Oppose le rejet de toute éternité divine en un vers plein contrastant avec trois vers syncopés et un enjambement final

Si est ce que je ne voudrais (8)

Avoir été ni roc ni bois(4+2+2)

Antre ni onde, pour défendre(2+3+3)

Mon corps contre l’âge emplumé(2+6)

au prix d' un abandon aussi cruel en deux vers où la symétrie du premier se heurte à l'effet de chute du second mettant en exergue Cassandre objet d'un souvenir ébloui.

Car ainsi dur je n’eusse aimé (4+4)

Toi qui m’as fait vieillir Cassandre(6+2)

Certains ont voulu voir là un trait de préciosité avant l'heure. Est ce si sûr ? Lorsqu'il voit Cassandre dans une rencontre éphémère en 1945, il est âgé de 20 ans. Il est vraisemblable que 7 ans plus tard il en garde un souvenir ébloui, car elle a épousé un autre Seigneur.

 

 

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Ronsard voudrait retrouver la pureté du culte mythologique des valeurs dans le culte de Dionysos. Celui-ci est en effet le fils de Zeus et de Sémélé, victime de la jalousie d’Hera mais aimé de son père qui le protègera en dépit du tragique d’une vengeance inexpiable. De là sont nées les divinités complices dont Dionysos a profité : les divinités agrestes des rochers accompagnées des dryades, les nymphes des bois et les divinités des rivières accompagnées des naïades, nymphes des eaux. Avec les premières, le poète voudrait retrouver la solidité d’une jeunesse immuable, la verdeur sans cesse renouvelée comme celles de la végétation et l’habileté dont ont été témoin les antres de ses escapades ; avec les secondes, une énergie sans cesse renaissante comme le cours de l’eau. Car, comme l’écrit Cassirer, le culte de Dionysos est le « désir profond pour un individu de se libérer de toutes les entraves de son individualité afin de s’immerger dans le grand courant de la vie universelle, de perdre son identité et de se laisser absorber par la nature tout entière. »

Autre remarque. A la trentaine, la vieillesse a déjà fait des ravages qui de nos jours sont plus tardifs. Du Bellay nous l'avait fait pressentir.

Le poète utilise la strophe de six vers octosyllabiques sur trois rimes bbacca sans doute parce qu'elle constitue un élément facile à lier pour constituer l'unité d'une ode (proprement chemin). On remarque l'emploi systématique d'une rupture du mètre strophique 3/3 4/2 3/3 3/3 dans l'expression de l'adversité en faveur des bois peut-être pour renforcer l'effet de déploration qui y est attaché. La strophe d'introduction s'oppose à la strophe de conclusion ainsi renforcée 3/3 || 4/2.

 

 

 

INTRODUCTION dans ce poème Ronsard déplore la tristesse de la condition humaine face au temps qui passe sans retour possible non sans un sentiment mitigé. A-il su traduire la tristesse des sentiments qu'il éprouve devant la fatalité de la condition humaine ? Son inspiration de nature païenne correspond-elle à une réalité véritable, ou bien sent elle l'artifice ? Au fond de lui-même ne ressent-il pas ce qui est notre essence même, cette ambiguïté fondamentale d'une nature humaine partagée entre le désir d'éternité et la jouissance terrestre des plaisirs proprement humains ?

 

CONCLUSION Si j'ose donner une opinion très personnelle, je suis particulièrement sensible à ce genre de déploration qui marque un certain âge de la vie et montre l'importance de la "sylphide" dans l'imagination humaine. L'art du poète est confirmé avec cet usage anaphorique de l'apostrophe où transparaît la sincérité d'un culte mythologique des valeurs dans la culture d'une civilisation qu'on a appelée fort justement la Renaissance. L'épicurisme triomphe avec un appétit de jouissances terrestres aux dépens même de ce qu'offrent les dieux.

Capturé par MemoWeb à partir de http://pagesperso-orange.fr/paul.martin/ulysse.htm  le 12/08/2008