stella

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type 1  Certains pensent que ce qui distingue le genre poétique, c'est le fait que le texte soit écrit en vers. On ose écrire que "la poésie a sa forme spécifique, le vers, son style, distinct de la prose, et est animée par l'inspiration."(Suberville : théorie des genres littéraires 1969). N'est-ce pas nier l'évidence car n'importe quel texte peut être écrit en vers ? Qu'il s'agisse du genre narratif ou du genre représentatif, les exemples sont nombreux, des fables de La Fontaine aux pièces de théâtre classiques ou romantiques, sans parler de Marot qui est un versificateur né. On voudrait savoir en quoi le style peut être distinct de celui de la prose en dehors du fait que le genre obéit aux règles de la versification. Quant à l'inspiration, elle est commune à tous les genres littéraires qui n'auraient aucune existence sans elle. Le genre poétique (du grec ποιεν=créer) est proprement le genre qui crée spontanément une valeur sous le coup d'une expérience émotive. "Insensé qui croit que je ne suis pas toi", s'écriera V.Hugo, voulant signifier par là que l'expérience première de la connaissance était commune à tout le genre humain.

Le genre poétique peut être méditatif (proprement produit d'une réflexion) lorsqu'il médite sur une valeur. On en profitera pour  faire une place au poème en prose dans le dernier   commentaire de texte du genre méditatif. On sait que le commentaire d'un texte suppose d'abord une mise en place par rapport à la fondation unitaire du genre. Fondation qui peut être immédiate ou médiate lorsque la mise en place a besoin d'intermédiaires structurels. On sait aussi qu'après avoir déterminé la thématique de la fragmentation du moment du texte on pourra examiner si l'auteur a su bien traduire les intentions expressives du genre constitutives du sens de la dialectique correspondant à la schématique du moment abstraite du texte,

MISE EN PLACE DU PREMIER TEXTE A COMMENTER

 

On prendra comme premier exemple un texte écrit en vers extrait des Châtiments (livre sixième) de V.Hugo. L'auteur a la soixantaine, il est en exil à Jersey. Il a écrit le recueil des Châtiments contre l'usurpateur Napoléon III qui a confisqué la liberté républicaine au profit d'une clique mercantiliste exploitant le peuple. Le texte à commenter sera extrait du poème XV intitulé Stella (31/8/1863). Dans ce texte, V. Hugo médite sur la valeur éprouvée sous le coup de l'émotion qu'a provoquée chez lui l'apparition de l'étoile du matin : il ouvre ainsi la méditation.

 

STELLA

Je m'étais endormi la nuit près de la grève.

Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve,

J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin.

Elle resplendissait au fond du ciel lointain

Dans une blancheur molle, infinie et charmante.

Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente.

L'astre éclatant changeait la nuée en duvet

C'était une clarté qui pensait, qui vivait ;

Elle apaisait l'écueil où la vague déferle;

On croyait voir une âme à travers une perle.

Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain.

Le ciel s'illuminait d'un sourire divin.

La lueur argentait le haut du mât qui penche ;

Le navire était noir, mais la voile était blanche;

Des goélands debout sur un escarpement,

Attentifs, contemplaient l'étoile gravement

Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle.

L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle,

Et, rugissant tout bas, la regardait briller,

Et semblait avoir peur de la faire envoler.

Un ineffable amour emplissait l'étendue.

L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue

Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur

Qui s'éveillait me dit : C'est l'étoile ma sœur.

  

COMMENTAIRE PROPREMENT DIT

 

 

THEMATIQUE DE LA FRAGMENTATION DU MOMENT DU TEXTE

V.Hugo médite sur la valeur annonciatrice de l'apparition de l'étoile du matin à son réveil

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De Je m'étais endormi à l'étoile du matin

Il précise les circonstances de l'évènement

Il s'était endormi sur le rivage ; au réveil il éprouve une impression étrange insolite comme d'une découverte subite inattendue.

L'insolite est marqué par le contraste du vocabulaire utilisé

entre la banalité des termes qui décrivent le réveil et la recherche des termes grève /étoile du matin qui signalent le caractère étrange de la révélation

La phrase est construite de manière à préparer la découverte: une suite d'indépendantes au parfait pour décrire la brusquerie du réveil contrastant avec une initiale à l'imparfait pour décrire le calme du sommeil

Je m'étais endormi la nuit près de la grève.Un vent frais m'éveilla,je sortis de mon rêve,J'ouvris les yeux,je vis l'étoile du matin .

Le rythme concourt à l'effetLe premiers vers régulierJe m'étais endormi la nuit près de la grève.(6//2+4)

Le second précipité pour la brusquerie du réveil Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve,(3+3//3+3)Le suivant heurté pour la découverte 

J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin.(2+2+2//6) où l'étoile du matin la vedette emplit l'hémistiche final

La planète Vénus une des plus brillantes inspire volontiers le poète

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Dans les deux vers suivants

Il précise l'impression

C'est une beauté quasi surnaturelle presque irréelle où domine la blancheur mais dont on peut essayer de percer le mystère par allusion à la manière du prophète.

On ne peut trouver de terme plus fort pour exprimer la beauté que celui de resplendir

dont l'imparfait convient pour exprimer la pérennité. Le mystère est au fond du ciel lointain

Trois épithètes pour caractériser la blancheur symbole de pureté, qui ne sont pas choisies au hasard:

Molle évoque le confort d'un régime accordant le pain à tous

Infinie les possibilités nombreuses offertes avec la liberté civique soumise à une jurisprudence

Charmante la fraternité d'une société humaine dans le respect des droits de l'homme à exercer son jugement inspiré par la raison. Fraternité qui n'est plus celle imposée d'une chapelle religieuse ou idéologique mais celle de son universalité naturelle.

On notera l'ampleur du rythme où l'hémistiche d'abord fortement marqué s'atténue pour marquer l'étendue infinie de l'espace avec une période ternaire.

Elle resplendissait au fond du ciel lointain 6//6

Dans une blancheur molle, infinie et charmante.6/6

La démocratie jusqu'ici si mal définie trouve ici non pas une définition précise mais une explication de la difficulté à la définir. Le poète réussit où le philosophe a beaucoup de peine avec le langage allusif de trois épithètes évocatrices. La démocratie devient le gouvernement du peuple pour le peuple.

Le prophète ne s'évade plus hors de l'expérience humaine. Il se contente d'un surnaturel à sa portée.

 

 

  

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De Aquilon s'enfuyait

A à travers une perle

L'impression est maintenant celle d'une transfiguration où les allusions deviennent de plus en plus transparentes

Une image mythologique permet de montrer la transformation du paysage qui s'apaise brusquement comme il arrivera fatalement lorsque l'usurpateur sera chassé. Les verbes s'enfuir et emporter évoquent une fuite honteuse et le terme de tourmente veut montrer l'étendue des dégâts causés par la tyrannie. Aquilon incarne le génie du mal. Le rythme équilibré du vers produit un effet saisissant de rapidité 

Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente.(3+3//3+3)

L'astre éclatant pour désigner l'étoile de la démocratie est une périphrase intensive pour manifester son pouvoir magique de tout transfigurer en faisant de la nuée du duvet, en faisant la clarté devenir vivante c'est à dire pensante, en apaisant tout, même l'écueil et le déferlement de la vagueNotre monde même est transfiguré : l'âme qu'on voit n'est plus terne elle est ce qu'on voit à travers une perle, toute iriséel'imparfait exprime le caractère irréversible de la transformation .Les variations du rythme traduisent l'enthousiasme de l'engagement idéologique ainsi que l'emploi de la période binaire pour mettre en relief la magie de la transformation culturelle qui accompagne l'avènement de la démocratie. L'astre éclatant changeait la nuée en duvet(4+2//3+3)C'était une clarté qui pensait, qui vivait;(2+4//3+3)Elle apaisait l'écueil où la vague déferle;(4+2//4+2)On croyait voir une âme à travers une perle(3+1+2//6)

Il s'agit d'une véritable profession de foi d'un prophète qui utilise le pouvoir de l'allusion pour vanter les mérites d'une démocratie qui représente la science politique du seul régime capable d'assurer la paix sociale, le pain quotidien, la culture du peuple, la soif de liberté civique où l'on puisse exercer librement son jugement guidé par la raison.

 

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De Il faisait nuit encor jusqu'à mais la voile était blanche

La transfiguration devient une véritable illumination

allusive

Le vocabulaire l' atteste avec la création de contrastes Nuit ombre /s'illuminait lueur argentait Noir/ blanche Et le triomphe de la clarté sur l'ombre qui régnait en vain. Le ciel s'illuminait La lueur argentait Les allusions sont visibles dans les antithèses dont l'auteur est coutumier La nuit de la tyrannie cédera fatalement au jour de la démocratie Le sourire divin que l'étoile symbolise montre que la vérité finira par triompher Le mât qui penche se redressera avec l'avènement de la démocratie L'antithèse souligne le caractère dérisoire de tout despotisme. Si le navire de la tyrannie est sombre, il reste le moteur de la voile qui conserve la blancheur de la liberté civique, où l'on peut voir ce besoin irrépressible d'optimisation du régime qui habite tout être humain. et que seule la démocratie peut satisfaire. On peut momentanément l'annihiler mais il renaît toujours tel le phœnix de la fable de ses cendres. Ainsi va l'histoire et ses révolutions La progression du mètre où le dernier vers scandé s'oppose aux autres vers intermédiaires bien balancés, souligne la fatalité du triomphe de l'illumination de la démocratie Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain.(3+3//2+4)Le ciel s'illuminait d'un sourire divin. .( 2+4//6)La lueur argentait le haut du mât qui penche ; .(3+3//4+2)Le navire était noir, mais la voile était blanche.(3+2+1//3+2+1)

Le prophète se garde bien de quitter le terrain de l'expérience à l'instar des religions instituées . Il se contente d'exprimer sa religiosité qui est universelle parce qu'elle s'enracine dans le cœur humain et qu'elle transcende les multiples religions instituées.

.

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De Un ineffable amour

A C'est l'étoile ma sœur.

La méditation devient vaticination

C'est l'impression d'un miracle qui domine et qui semble autoriser tous les espoirs de l'avènement de la démocratie

Des images illusives d'un paradis idyllique

où l'amour personnifié ineffable

emplissait l'étendue.

l'herbe frissonnait éperdue

où les oiseaux se parlent et la fleur se prend pour la sœur de l'étoile

l'imparfait est de rigueur pour s'opposer à l'actualité de la parole.

L'ampleur de l'hémistiche du premier vers s'oppose à la régularité symétrique berceuse des hémistiches suivants et le contre rejet met en vedette la fleur qui se vante d'être la sœur de l'étoile.

Un ineffable amour emplissait l'étendue.6//3+3

L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue3+3//3+3

Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur3+3//3+3

Qui s'éveillait me dit : C'est l'étoile ma sœur.4+2//4+2

V. Hugo ne se laisse pas abattre par le pessimisme ; il joue la carte de l'optimisme sans lequel l'optimisation que suppose le régime démocratique ne pourrait opérer efficacement

L'introduction possible

Dans ce texte V.Hugo médite sur la valeur annonciatrice de l'étoile du matin. A-t-il su traduire les sentiments que crée cette méditation ? Mais surtout a-t-il su profiter de l'occasion pour faire des allusions aux espoirs que porte l'avènement d'une démocratie pour l'instant occultés douloureusement par le régime impérial de l'usurpateur ? N'avait -il pas des raisons de se dissimuler ainsi pour déjouer les pièges de la censure du régime en place ?

 

Conclusion conséquente

Non seulement il a su bien traduire les impressions que provoque un réveil précipité devant la splendeur du spectacle offert par l'apparition de l'étoile du matin mais les allusions allégoriques sont transparentes si l'on exerce son esprit de finesse : V.Hugo continue à poursuivre de toute sa vindicte l'usurpateur qui a confisqué la liberté du peuple et il a réussi ce tour de force de définir ce qu'est la démocratie en insistant sur la difficulté de la maintenir après l'avoir instituée. Et ceci en termes si choisis qu'on est obligé de reconnaître que le poète est ici au sommet de son art ; il maîtrise parfaitement le mètre pour donner à sa pensée toute sa puissance évocatrice. Tout est en place pour l'annonciation de l'étoile qui va prophétiser l'avènement proche de la liberté démocratique. Il faudra attendre 7 ans….

 

 

 

  type 2 MISE EN PLACE D'UN TEXTE DE BAUDELAIRE qu'on peut considérer comme un initiateur du symbolisme que V.Hugo dès 1822 avait contribué à installer en tentant de percer ainsi le mystère du monde. Il médite comme lui sur les valeurs éprouvées sous le coup d'une émotion mais d'une façon plus morbide.

Le poème fut sans doute inspiré par un incident de voyage à l'île Maurice (1841) ;

L'Albatros

 

  Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!

L'un agace son bec avec son brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

 

Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

Le poème ne fut publié qu'en 1859 et inséré au début de la seconde édition des Fleurs du mal. On note l'emploi de la strophe de quatre vers avec des rimes croisées : abab. Le poète a sans doute jugé que cette tournure convient au genre méditatif.

 

 

 

THEMATIQUE DE LA FRAGMENTATION DU MOMENT DU TEXTE

Le poète médite sur la valeur symbolique du spectacle d'un albatros victime de l'amusement cruel d'un équipage sur un navire en mer, sous la forme poétique de quatre quatrains.

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Première strophe

Il présente les faits

Il s'agit en apparence d'un amusement fréquent chez des marins en mal d'ennui pendant la traversée.

 

 

 

 

La banalité est marquée par les termes simples de la langue courante souvent s'amuser prennent. Mais l'indolence des vastes oiseaux des mers et la menace des gouffres amers sur lesquels le navire glisse et l'ambiguïté du sens de s'amuser ne laissent présager rien de bon. L'auteur utilise de façon insolite et insistante l'inversion Souvent, pour s'amuser l'apposition vastes oiseaux des mers, et la disjonction indolents compagnons de voyage Le rythme heurté du vers assorti d'un enjambement Prennent des albatros ne laisse pas d'être inquiétant, comme l'est  l'emploi à deux reprises d'un mètre sans hémistiche.

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage(2+4//6)

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, (2//4+6)

Qui suivent, indolents compagnons de voyage, (3//3+6) Le navire glissant sur les gouffres amers (4+2//6)

 

 

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

La seconde strophe décrit l'oiseau déposé sur le pont du navire.

 

Ce qui le frappe c'est le caractère pitoyable de l'oiseau privé de l'azur où il triomphe.

 

 

 

 

L'antithèse des termes rois de l'azur/ maladroits et honteux, --leurs grandes ailes blanches /piteusement traîner est là pour traduire le désarroi total de l'oiseau incapable par nature de faire face à la situation. On note le dérisoire des avirons.

Le rythme désarticulé du vers, l'enjambement important avec la comparative finale, la disjonction A peine Que renforcent le malaise qu'on éprouve devant tant de cruauté.

A peine les ont-ils déposés sur les planches, (8//4)

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, 6/6

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches 6//6

Comme des avirons traîner à côté d'eux. (6//2+4)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

troisième strophe

 

Le drame dans toute son horreur

 

 

 

L'antithèse est au paroxysme voyageur ailé/ gauche et veule|| naguère si beau/ comique et laid pour accentuer le caractère pitoyable de l'animal déchu et avili. L'emploi systématique de l'exclamative est opposé au démonstratif emphatique de la périphrase laudative qui désigne l'albatros Ce voyageur ailé Le contraste rythmique du vers reflète les mêmes intentions expressives

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!(6//3+1+2)

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!(6//2+2+2)

La cruauté est à son comble le brûle gueule(choisi à bon escient) pour l'agacer et la gestuelle humiliante de la boiterie mimant l'infirme qui volait une manière dérisoire de rappeler l'élégance de son vol. Le possessif répété veut montrer le sadisme de la torture subie. Le rythme a retrouvé une normalité désolante pour l'espèce humaine ainsi ravalée à son niveau bestial.

L'un agace son bec avec son brûle-gueule, (4+2//6)

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!(3+3//3+3)

La boiterie est traduite par le mètre claudiquant du dernier vers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

La quatrième strophe

développe la valeur symbolique de la scène.

 

Le martyre de l'oiseau fait penser à la condition du Poète dans la société.

L'analogie est marquée nettement par le terme de semblable et par l'assimilation flatteuse du Poète au prince des nuées. Comme lui il se complait dans la tempête qu'il aime hanter et méprise toute violence bestiale car il se rit de l'archer. Le revers est qu'il reste un perpétuel exilé qui subit les huées de la meute de l'opinion publique et qu'il est paralysé avec ses ailes de géant comme l'albatros.

Le rythme s'adapte à la gravité du discours en mêlant une symétrie calculée avec une dislocation du mètre pour finir par un chiasme suggestif.

Le Poète est semblable au prince des nuées(2+1+3//6)

Qui hante la tempête et se rit de l'archer;(3+3//3+3)

Exilé sur le sol au milieu des huées, (3+3//6)

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. (6//3+3)

Le choix des rimes léonines qui atténuent l'alternance des rimes masculines/ féminines de la strophe a quelque chose d'insolite et de grinçant.

 

 

Toute une tradition romantique est derrière ce texte. Th. de Banville dans Gringoire et Musset dans Stello(1832) et Chatterton (1835) avaient déjà tenté de montrer que le poète est le paria de la Société. On peut l'étendre à la condition de l'artiste. Qu'on songe à la destinée de ces peintres qui font la fortune des collectionneurs d'aujourd'hui et qui ont connu une vie misérable.

 

INTRODUCTION Dans ce texte Baudelaire médite sur la valeur symbolique du spectacle désolant d'un albatros victime de la cruauté de l'homme dont il a été le témoin durant une traversée. Y voit-on le côté morbide du symbolisme qu'il développe volontiers ? Ne rejoint-il pas ainsi aune certaine tradition romantique qui assimilait le Poète déjà à un paria de la société ? Mais surtout ne fait-il pas preuve d'une certaine originalité dans l'utilisation des ressources du vers pour traduire ses sentiments intimes?

CONCLUSION Le poète n'a pas manqué à la tradition qui insiste sur le sort cruel que la société inflige à la condition de l'artiste. Il le fait avec le talent qu'on lui connaît et utilise avec bonheur les moyens que la strophe lui apporte pour mettre en relief une méditation sur la valeur symbolique de l'oiseau martyrisé. Le côté morbide transparaît nettement dans l'amertume et la gravité de l'expression poétique.

type 3 MISE EN PLACE DU TEXTE DE VERLAINE A COMMENTER  

Le genre poétique méditatif est très varié et Verlaine nous donne un exemple de ce qu'il devient avec la seconde génération de l'école symbolique : la création littéraire émotive d'une valeur avec les moyens les plus simples qu'inspire  la sincérité. La poésie devient musique suggestive, capable d'évoquer sous une forme symbolique les états d'âme à demi conscients, en demi-teinte, dira-t-on. Dans son Art poétique, il conseillera de préférer le mètre de l'impair.

Verlaine est en prison à Bruxelles, en 1873, pour avoir blessé son ami Rimbaud d'une balle de revolver. L'émotion qui en résulte lui donne l'occasion de méditer sur la valeur qu'il a éprouvée.

 

 La nostalgie du prisonnier

Le ciel est, par-dessus le toit

Si bleu, si calme

Un arbre, par-dessus le toit,

Berce sa palme.

 

  La cloche, dans le ciel qu'on voit,

Doucement tinte.

Un oiseau sur l'arbre qu'on voit

Chante sa plainte.

 

 

 

 

 

Les Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là

Simple et tranquille.

Cette paisible rumeur-là

Vient de la ville.

 

Qu'as-tu fait, ô toi que voilà

Pleurant sans cesse,

Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

SAGESSE III, 6

 

  

 

THEMATIQUE DE LA FRAGMENTATION DU MOMENT DU TEXTE

Verlaine médite sur la valeur d'une liberté perdue

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Première strophe

Le poète s'interroge sur ce que représente pour lui ce qu'il perçoit de la lucarne de sa prison. D'abord un coin de ciel et en surimpression un arbre.

Le ciel représente tout l'infini de la liberté dont il ne peut plus jouir.

Les termes choisis sont simples mais suggestifs :

Le ciel immense est par dessus le toit qui fixe la limite infranchissable. Bleu comme l'est le monde de la sagesse confondu avec celui du ciel. Calme comme l'est la sagesse perdue.

Le rythme veut à lui seul suggérer cette impression de détresse infinie comme le ciel :

D'abord haché avec la mise en relief de l'obstacle du toit. Puis scandé par une période binaire

Le ciel est, par-dessus le toit, (2+1+5)

Si bleu, si calme (2+2)

L'intention est toujours de retrouver une simplicité primitive avec la reprise par dessus le toit, l'emploi du terme de berce qui remonte aux souvenirs d'enfance, palme l'emportant dans des contrées lointaines idylliques qu'exclut sa condition de prisonnier.

Le rythme plus ramassé accentue l'effet de détresse

Un arbre, par-dessus le toit, 3+5

Berce sa palme.2+2

 

 

 

 

On est tout près de la mentalité dite primitive du mythe d'une sagesse représentée par une déesse inspirée par la détresse morale. Le mythe du paradis perdu convient primitivement à l'état de détresse de l'homme

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

2ème strophe

Son attention est éveillée alors par des perceptions auditives : le son d'une cloche, le chant d'un oiseau.

 

 

 

ils symbolisent le besoin infini de retrouver un monde de tranquillité. symbolise la communion totale du prisonnier avec l'oiseau qui comprend le poète mieux que quiconque car il connaît le prix de la liberté perdue.

 

 

L'intention est toujours la même de retrouver une simplicité primitive avec la naïveté de la reprise dans le ciel qu'on voit, et l'emploi de termes qui veulent traduire la sérénité d'un monde où les sons ne heurtent plus la sensibilité maladive du prisonnier.

Un effet musical un peu grinçant est traduit par l'allitération en dentales/nasales. Doucement tinte

Le rythme s'élargit pour marquer un effet apaisant,

La cloche, dans le ciel qu'on voit(3+ 3+2)

Doucement tinte. (4)

L'intention est toujours la même de retrouver une simplicité primitive avec la naïveté de la reprise et l'emploi de termes où la sérénité fait place à une détresse infinie soulignée par la cadence du vers court

Un oiseau sur l'arbre qu'on voit (3+5)

Chante sa plainte. 2+2

 

La résonance mystique évoque le désir du poète d'opérer une conversion salutaire. L'oiseau c'est la nymphe ou divinité

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

3ème strophe

Le poète passe des impressions à ce qu'il ressent dans les profondeurs de son âme en percevant la rumeur de la ville toute proche.

 

 

C'est l'émotion qui l'envahit lorsqu'il entend la rumeur de la ville paisible. Il pourrait en être autrement Mais le poète se rend à l'évidence. On ne peut nier une réalité qui fait tant de mal.

 

  Deux interjections respectueuses de la bienséance qui n'ont rien de blasphématoire Mon Dieu, mon Dieu, et une tournure simple pour traduire son trouble et le contraste de sa condition de prisonnier avec la sérénité de la vie dans la ville voisine la vie est là soulignée par deux attributs : Simple et tranquille où il exprime toute sa nostalgie vis-à-vis d'un monde qui lui échappe.

La scansion du rythme est étudiée à cet effet pour introduire la période binaire finale marquée par la fatalité d'un pénible destin.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là 2+2+2+2

Simple et tranquille. 2+4

Un démonstratif renforcé, une inversion de l'épithète paisible où la nostalgie se manifeste pour souligner l'éloignement cruel de la rumeur indistincte.

Une allitération en /v/ Vient de la ville pour traduire l'amertume

Le rythme attaché à la reprise discrète du déictique -là souligne par une rupture la présence obsédante actuelle de la proximité de la vie dont il est privé

Cette paisible rumeur-là (8)

Vient de la ville(1+3)

.

 

 

 

La condition du prisonnier, si l'on en croit le témoignage des politiques qui l'ont connue malencontreusement, est difficilement supportable La condition du prisonnier est comparable au supplice de Tantale puni par les dieux. Dans l'eau jusqu'au cou il ne pouvait pas la boire; et sur sa tête il portait des fruits que le vent lui arrachait toutes les fois qu'il voulait les saisir.

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

4ème strophe

Le poète porte finalement un jugement sur lui-même.

 

 

.

 

Le poète s'accuse d'avoir galvaudé sa jeunesse.

 

 

Les termes sont si simples qu'ils se suffisent à eux-mêmes

La construction de la phrase joue avec l'interrogative doublée d'un impératif monosyllabique, l'apostrophe véhémente qu'il s'adresse à lui-même et la disjonction saisissante qui met en valeur ce qu'il a malheureusement galvaudé sans retour

Qu'as-tu fait….. De ta jeunesse 

Le mètre traduit le désarroi le plus complet avec les ruptures de rythme et la reprise cette fois élargie.

Qu'as-tu fait, ô toi que voilà (3+5)

Pleurant sans cesse,( 4)

Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà (1+3+4)

De ta jeunesse ?(4)

 

 

Le jugement du poète est celui du désarroi profond d'un manque de clairvoyance. Il n'a pas su faire la part des choses et démêler l'illusion de la croyance et la sûreté de la connaissance qu'apporte la sagesse.

La jeunesse est belle mais elle s'accompagne souvent d'un jugement trop superficiel des choses qui peut conduire à des catastrophes.

 

 

 

 

 

EXPRESSION DU SENS

Le choix de la strophe n'est pas anodin. Il s'agit de strophes de quatre vers croisés : les octosyllabes alternant avec des vers de quatre syllabes et les rimes des octosyllabes étant remplacées par l'écho. L'effet est musical bien que le pair soit préféré à l'impair contrairement aux directives de son art poétique. La mélancolie nostalgique qui est d'abord discrète atteint son paroxysme proche du sanglot dans la dernière strophe. Mais tout reste en demi teinte sans ostentation.

 

Le ciel est, par-dessus le toit

Si bleu, si calme

Un arbre, par-dessus le toit,

Berce sa palme.

 

La cloche, dans le ciel qu'on voit,

Doucement tinte.

Un oiseau sur l'arbre qu'on voit

Chante sa plainte.

 

 

 

 

 

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là

Simple et tranquille.

Cette paisible rumeur-là

Vient de la ville.

 

Qu'as-tu fait, ô toi que voilà

Pleurant sans cesse,

Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

SAGESSE III, 6

 

 

 

 

Introduction

Verlaine médite sur la valeur d'une liberté perdue, dans la prison que lui vaut d'avoir blessé son ami Rimbaud d'une balle de revolver. A-il mis en œuvre les principes du genre littéraire qu'il préconise. Y trouve t-on en particulier la simplicité des moyens, la musique suggestive qui permet d'exprimer les sentiments les plus obscurs à demi conscients, sans pour cela perdre ce qui fait l'essentiel de la poésie : la création émotive d'une valeur ? Un tel poème ne reflète-t-il pas l'originalité d'une époque de la littérature ?

Conclusion

C'est par la musique du vers que Verlaine nous touche avec des termes simples de la vie quotidienne. Il n'utilise pourtant pas l'impair qu'il préconisera dans son Art poétique. Les sentiments à demi conscients sont révélés par des symboles subtils en demi-teinte. Et cependant la leçon de sagesse ne manque ni de vigueur ni de pathétique. Il s'agit d'une âme profondément blessée sur le bord d'une conversion salutaire. La nouveauté de la forme strophique est une trouvaille. L'originalité du langage poétique inaugure l'ère nouvelle d'un nouveau genre symbolique de la méditation poétique.

N.B. Le symbolisme du genre poétique méditatif ne s'arrête pas avec Verlaine et Rimbaud en particulier qui va accentuer son aspect surréel n'est pas sans mérite ; mais l'hermétisme qui va suivre nous paraît contrevenir à l'idéal de la littérarité qui est le désir de plaire et de toucher le lecteur avec la norme fondamentale de la vraisemblance. C'est pourquoi nous le négligerons.

type 4 MISE EN PLACE DU DERNIER TEXTE A COMMENTER  

On prendra comme exemple de poème en prose, un extrait du Traité sur la tolérance de Voltaire, qui nous a paru illustrer le mieux le genre poétique du type méditatif en ce qu'il est vibrant de la création d'une valeur sous le coup d'une expérience émotive jaillie des profondeurs de l'âme. Ce Traité commence en effet par le récit du procès et de la mort de Calas en 1763, évènement qui l'avait profondément bouleversé. Voici les faits. Calas fut arrêté et accusé d'avoir tué son fils pour empêcher ou punir sa conversion au catholicisme. D'abord il attribua le crime à un inconnu mais plus tard il insista sur le fait que son fils avait commis un suicide. Jugé coupable par les magistrats locaux, il fut condamné à mort par le Parlement de Toulouse le 9 mars 1762. Le jour suivant, il fut publiquement roué, étranglé et puis brûlé. Son fils fut enterré comme martyr de la foi catholique. Des amis influents de la famille à Genève intéressèrent Voltaire à la cause, et grâce à une vigoureuse campagne de presse, le philosophe convainquit une large couche de l'opinion européenne que les juges de Calas avaient cédé à leurs préjugés anti-huguenot pour influencer le verdict. Le résultat fut qu'un jury de 50 juges fut nommé pour revoir le cas. Le jury renversa la condamnation de mars 1765 et le gouvernement paya à la famille une indemnité. L'affaire Calas renforça grandement le mouvement pour la réforme du code pénal et la tolérance religieuse en France, mais la réforme actuelle ne fut acquise qu'en 1780.

 

 

De là jaillit le texte suivant où l'auteur médite sur des valeurs éprouvées sous le coup de l'émotion provoquée par l'affaire Calas.

Prière à Dieu pour la tolérance.

 

Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse ; c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, et de tous les temps : s'il est permis à de faibles créatures perdues dans l'immensité, et imperceptibles au reste de l'univers, d'oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisant entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaite entre toutes nos opinons insensées, entre toutes nos conditions disproportionnées à nos yeux et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution; que ceux qui allument les cierges in plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil; que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux que disent la même chose sous un manteau de laine noire; qu'il soit égal de t'adorer dans un jargon formé d'une ancienne langue ou dans un jargon plus nouveau; que ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu'il appellent grandeur et richesse et que les autres les voient sans envie; car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni de quoi envier , ni de quoi s'enorgueillir.

 

 

Traité sur la tolérance. Chapitre 23.

 

 

 

 

Commentaire rédigé

Dans ce texte, l'auteur médite sur la valeur de tolérance sous le coup de l'émotion qu'a provoquée chez lui l'affaire Callas, où se manifeste le fanatisme du culte théologique  des valeurs religieuses . A-t-il su traduire l'émotion qui crée les sentiments de cette méditation face à un évènement qui semble se situer au dessus de toute expression en posant le problème de l'existence du mal qui défie toute tentative de la rationalité pour en expliquer la genèse? Ne peut-on pas découvrir une intention sous–jacente où l'humour de l'auteur trouve l'occasion de se manifester? Quelle portée peut avoir cette méditation d'un genre très particulier sur l'histoire des idées et des sentiments ?

  Dans la première phrase, l'auteur sous le coup de l'émotion face à un évènement qui passe l'entendement, se demande à qui pouvoir s'adresser. On ne peut guère compter sur les hommes incapables de comprendre. Seul le déisme peut mettre ordre à cela en apportant une solution. L'émotion poétique apparaît dans la phrase construite d'un seul jet, très étoffée, sur une partition binaire : d'abord une formule de mise en relief pour insister sur l'exclusion de l'humanité au profit de la divinité, objet d'une adresse personnelle à la deuxième personne et qualifié pompeusement par une période ternaire et la redondance forclusive de l'indéfini de la totalité. L'allitération en /t/ renforce l'effet Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse ; c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, et de tous les temps : Son insistance veut faire pièce à la religion catholique qui veut limiter son domaine à celui d'une époque, du monde connu des êtres humains.

Ensuite une conditionnelle déférente (permis/d'oser) où triomphe une période binaire pour qualifier d'une façon péjorative la fragilité de l'homme dans l'Univers et l'opposer à la grandeur de Dieu soulignée par l'anaphore des relatives de rythme binaire prépare les rogations. L'intimité de la deuxième personne et la tournure pléonastique de l'attribution, l'insistance sur la totalité des attributs d'un Dieu toi qui as tout donné voisinant avec des épithètes laudatifs pour qualifier ses décisions décrets immuables comme éternels, donnent à ce choix quelque chose de solennel. Le rythme binaire est systématique, pour souligner l'opposition abyssale entre Dieu et ses créatures, //s'il est permis à de faibles créatures

perdues dans l'immensité, et imperceptibles au reste de l'univers,

d'oser te demander quelque chose,

à toi qui as tout donné ,à toi dont les décrets sont immuables comme éternels,

  La prière commence avec une apodose optative daigne regarder en deux parties : la première ayant trait à la pitié pour une humanité sujette à l'erreur et la seconde sous forme d'exhortation à la miséricorde divine où s'opposent le terme d'erreurs qui exprime la faillibilité naturelle à l'homme et le terme très fort qui veut exprimer le désarroi de l'humanité souffrante et misérable calamités.

daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature;

que ces erreurs ne fassent point nos calamités.

Il n'y a aucun doute que Voltaire fait ici profession de déisme. On notera aussi que Voltaire avait pris position sur le problème théologique dans ses contes philosophiques pendant son séjour aux Délices (1755-1760) mais aussi bien dans l'Essai sur les mœurs que dans le Poème sur Le désastre de Lisbonne de 1756. Il n'y a rien d'étonnant que Voltaire dans un de ses contes philosophiques ait affirmé que Dieu ne se préoccupe pas plus des hommes que le capitaine d'un navire des rats qui se trouvent dans la cale, en complète contradiction avec la prière qu'il lui adresse dans ce texte supposant une miséricorde divine inspirée de la tradition chrétienne. Il oscille constamment entre l'optimisme plus ou moins relatif et le pessimisme plus ou moins absolu. Il se gausse de la philosophie déiste de Leibnitz qui prétend que Dieu ne pouvait faire que le meilleur des mondes possibles."Prenons l'être humain avec ses limites et cherchons à le rendre heureux, sans jeter l'interdit sur les plaisirs, qui, au même titre que le malheur, sont des présents de Dieu"

Dans la phrase suivante d'une longueur inusitée, Voltaire justifie ce recours au paganisme primitif avec la forme qui trahit le mieux son émotion. L'auteur emploie systématiquement le tutoiement familier pour introduire sa profession de foi avec une antithèse saisissante préalable sous forme de chiasme coeur /haïr-- mains /égorger

Tu ne nous as point donné 

un coeur pour nous haïr, 

et des mains pour nous égorger ;

La prière commence avec un impératif suppliant Elle se continue avec une accumulation de complétives où s'emboîtent des périodes rythmiques variées binaires ou ternaires voire accumulatives, une disjonction et s'achève sur une indépendante explicative où triomphe encore une période binaire tranchante.  Eloquence qui trahit le fait qu'il en a gros sur le cœur et que l'homme révolté gronde en lui  : fais que……que…..que….

                                        Il insiste d'abord sur le caractère dérisoire de telles conduites humaines : face à une vie si brève qui se suffit à elle-même comportant son lot de souffrances qui justifierait l'entraide plutôt que la haine; où éclate la rationalité d'une aide mutuelle fraternelle dans la nécessité qu'entraîne une vie pénible et passagère; face à la futilité des prétextes qui déclenchent les antagonismes dont il énonce ses principales manifestations de nature religieuse le plus souvent qui sont l'effet de différences dérisoires par rapport à notre faiblesse congénitale qu'elles ne réussissent pas à abolir.

On notera ainsi la précipitation rythmique des quatre complétives qui s'en prennent plus particulièrement aux rites ridicules des religions ravalés à des petites nuances assorties d'un démonstratif péjoratif, à la vanité des hommes ravalés à la situation d'atomes pour les  opposer à l'importance des signaux de haine et de persécution qu'ils finissent par représenter et qui sont illustrés intensément par des relatives démonstratives. Les termes de supporter et ne pas détester sont de vibrants appels à la tolérance à l'adresse du sectarisme des religions trop souvent enclines à se déchirer entre elles.

que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution;

                         que ceux qui allument les cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil;

que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux que disent la même chose sous un manteau de laine noire;

qu'il soit égal de t'adorer dans un jargon formé d'une ancienne langue ou dans un jargon plus nouveau…  

Les exemples choisis le sont soigneusement en mettant en relief le côté dérisoire des différences rituelles visant plus particulièrement la religion catholique par rapport aux autre religions : en plein midi/ à la lumière de ton soleil-- une toile blanche/ manteau de laine noire-- jargon formé d'une ancienne langue / un jargon plus nouveau…

 Il détache ensuite la  complétive démonstrative qui est de nature plus proprement politique : ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet visant évidemment les militaires et les dignitaires ecclésiastiques du pouvoir politique.

 

On notera l'insistance de la rupture rythmique disjonctive qu'entraîne l'emploi des relatives où des remarques acides trouvent le moyen discret de s'exprimer en flétrissant la volonté de puissance des uns et la cupidité des autres et la parfaite vanité de tout ce monde orgueilleux sans aucune raison véritable.

                    que ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet,     

                                  qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas de ce monde,     

                                       et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal,

jouissent sans orgueil de ce qu'il appellent grandeur et richesse

  Le couperet tombe avec la dernière proposition complétive visant les autres qui ne sont pas meilleurs en enviant les puissants et la proposition explicative introduite par la clausule car qui se veut définitive dans sa négation de toute justification par un procédé binaire et la prise à témoin de l'autorité divine qui ne peut être dupe.

et que les autres les voient sans envie; car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni de quoi envier , ni de quoi s'enorgueillir.

On ne pourrait pas jurer qu'il n'y ait une intention ironique sous-jacente ou plutôt un certain humour sous couvert d'une émotion sincère face à un tel évènement qui le révolte. Cet humour est visible dans la forme qu'il adopte pour la prière, qui copie servilement celle de la prière utilisée dans la religion catholique : Mon Dieu fais que…et aussi dans la dénonciation sous jacente de l'hypocrisie d'un clergé qui cache soigneusement l'agressivité d'un sectarisme qui le rend pourtant incapable de faire régner sur terre une véritable paix sociale dans une fraternité qui n'est que de façade.

        Son souhait le plus cher, dirait-on aujourd'hui, est certes que ne se renouvellent plus les crimes contre l'humanité qu'il a eu à connaître dans l'affaire Callas. Mais est-on si sûr aujourd'hui qu'il n'existe plus de gens pour prêcher la guerre sainte au nom de ces petites différences qu'ils transforment en signaux de haine et de persécutions? Est-on si sûr qu'on ne soit plus capable d'égorger au nom d'un usage aussi ridicule que celui qui consiste à empêcher les femmes de montrer leur visage et leurs cheveux ou d'exercer la coquetterie qui convient à leur sexe ; au nom de lois imparfaites qui justifient la violence et le terrorisme ; au nom d'opinions insensées proclamées à longueur de journée, écrites dans un livre exclusif sanctifié pour les besoins de la cause et dans une langue insuffisante comme elles le sont toutes, estimée intangible au point d'interdire toute traduction ?

  Ce texte mérite qu'on le range dans le genre poétique dans la mesure où l'émotion de Voltaire face à l'évènement se traduit par un sentiment de révolte sincère. La phrase trahit la sincérité de la révolte devant ce qui représente l'injustice des crimes contre l'humanité. D'une longueur inusitée elle semble vouloir épuiser dans sa respiration spontanée toute la rancœur que provoque une telle méconnaissance de ce qui fait la dignité de l'homme. Cela n'empêche pas Voltaire d'exercer son ironie et son humour contre les religions instituées auxquelles il préfère un déisme symbolique qui a dans ce texte la supériorité de prôner la tolérance au lieu du fanatisme. On ne peut guère nier l'actualité de cette leçon de tolérance. Voltaire a donné aux formes symboliques de la pensée et aux valeurs religieuses toute leur importance dans la culture humaine. Mais le déisme n'est pas une véritable solution au problème du mal, car n'ayant aucune existence en dehors des religions instituées dont il est abstrait, aucun œcuménisme ne peut être envisagé. C'est pourquoi il ne leur a jamais fait vraiment de tort.

             Cela ne signifie pas que le texte de Voltaire ait perdu toute actualité car nos homme politiques  confrontés aux exigences des citoyens français de religion musulmane sont en proie à un dilemme difficile à résoudre. La construction d'une mosquée pour pratiquer leur culte heurte profondément les citoyens de souche attachés à leur  paysage depuis des millénaires où l'église catholique figure en bonne place. Afin d'éviter un conflit douloureux, pourquoi ne pas transformer les églises d'entretien coûteux mais faisant partie de notre patrimoine artistique, en lieu de culte que partageraient les différentes sectes religieuses ? Notre technologie moderne se ferait un jeu d'opérer les transformations nécessaires pour installer le decorum nécessaire aux différents rites. Il suffirait d'un peu de bonne volonté de part et d'autre pour adopter une solution à la fois économique et oecuménique qui ravirait Voltaire. 

 

 

 

Capturé par MemoWeb à partir de http://pagesperso-orange.fr/paul.martin/stella.htm  le 12/08/2008