roland

retour au sommaire                 

type 1 type 2

  type 1 Le genre littéraire poétique peut être épique (du grec επος = ce qu'on exprime par la parole). Il consiste donc à créer une valeur affective, en exaltant la valeur épique de quelque chose qui n'a pas d'existence en dehors de la parole comme le mythe. Il doit naviguer entre deux écueils, celui du pompiérisme et celui de la mièvrerie, mais conserve de multiples options dans les limites de la vraisemblance du prestigieux (proprement ce qui frappe par le merveilleux) par rapport à la nature humaine et à la tradition. S'il prend généralement une forme narrative, le genre épique n'a pas de forme spécifique : ce peut être un discours, une simple description  aussi bien qu'un récit pouvant atteindre les dimensions du "roman". Il ne doit pas être confondu avec le genre narratif comme le fait Suberville dans sa Théorie des genres littéraires qui fait du genre épique "un poème narratif à la fois héroïque et merveilleux". Le genre narratif se contente de raconter sans magnifier au point d'atteindre le niveau du mythe. Même lorsqu'il utilise le merveilleux, il doit rester au niveau de la réalité.

              C'est un genre très ancien souvent lié à une intention patriotique, sinon ethnique, puisque Homère, dans son Odyssée, exalte les aventures d'Ulysse, héros légendaire de la Grêce antique, et dans son Iliade, les prouesses de héros qui se sont illustrés pendant la guerre de Troie qui opposa l'Europe et l'Asie. Plus tard, les "Romans" épiques de la Table ronde exalteront les héros de la lutte des Celtes contre les Anglo-Saxons qui envahirent la Grande Bretagne et les Chansons de Geste, les prouesses des Chevaliers comme  ceux qui furent victimes d'une embuscade des montagnards dans la vallée de Roncevaux en 788 dans la Chanson de Roland. Ensuite, apparurent les poèmes épiques de la Franciade (1572) et de la Henriade (1728) qui voulaient éveiller ou revigorer le sentiment patriotique, en exaltant les vertus d'une race conquérante, avec plus ou moins de bonheur.

          Le genre tel qu'il fut inauguré s'est perdu, puis il a connu à l'âge du Romantisme un regain de faveur mais sous la forme très différente d'une Légende des Siècles (1859) avec V.Hugo qui a exercé ses talents de barde, en recréant l'atmosphère épique autour d'évènements qu'il magnifie selon une optique très personnelle. Par ailleurs, Leconte de Lisle a exalté d'abord dans ses Poèmes antiques (1852) les héros traditionnels de l'Antiquité et ensuite dans ses Poèmes barbares en 1862 toute une mythologie des peuples que les Grecs appelaient barbares où se mêle une faune terrible et merveilleuse. Le plus curieux est que ce dernier s'est pris de querelle avec Verlaine qu'il accuse de vouloir renier la véritable poésie en se pliant au goût du peuple. En réalité ils n'ont aucune raison de se quereller car ils cultivent deux genres différents : l'un le genre épique, l'autre le genre méditatif.

 Si Leconte de Lisle s'oppose à quelqu'un, c'est plutôt à V.Hugo dans une inspiration similaire de nature épique : le premier ayant opté pour une exigence hautaine de perfection parnassienne et le second pour les effets grandioses sans recherche excessive. Si ce n'est pas le cas, c'est qu'on s'est obstiné à faire du poète né à La Réunion, un peintre animalier correspondant aux  sculpteurs qui prenaient les animaux comme source d'inspiration, alors que son œuvre est un de nos meilleurs bestiaires de la poésie française en tant qu'iconographie animalière.

         De nos jours, le genre épique  connaît un avatar curieux avec les ouvrages de Science fiction qui ont un certain succès parmi la jeunesse étudiante, comme par exemple l'ouvrage de  Arthur C. Clarke 3001 l'Odyssée finale.  Les héros évoluant dans un avenir lointain sont de pure invention ainsi que le cadre de l'aventure dont le prestigieux, toutefois, doit respecter une tradition scientifique sur laquelle il repose. L'adaptation cinématographique semble parfaitement lui convenir.

          On sait que le commentaire d'un texte suppose d'abord une mise en place par rapport à la fondation unitaire du genre. Fondation qui peut être immédiate ou médiate lorsque la mise en place a besoin d'intermédiaires structurels. On prendra comme premier exemple un texte écrit en vers extrait de la Légende des siècles (1859-1877) de  V.Hugo qui s'est inspiré vraisemblablement d'un entrefilet de presse relatant une chanson de geste du Moyen âge inspirée par un épisode du siége de Vienne dans le pays dauphinois par Charlemagne. Le siège  s'éternisant, on a décidé que Roland, neveu de l'Empereur, et Olivier, neveu de son adversaire, deux preux chevaliers, décideront de la querelle, dans un combat singulier. La sœur d'Olivier, la belle Aude, est apparue plusieurs fois sur les remparts et Roland l'a aperçue. C'est là que se situe le texte à commenter.

Un furieux combat

Ils se battent - combat terrible ! - corps à corps.

Voilà déjà longtemps que leurs chevaux sont morts;

Ils sont là seuls tous deux dans une île du Rhône.

Le fleuve à grand bruit roule un flot rapide et jaune,

Le vent trempe en sifflant les brins d'herbe dans l'eau.

L'archange saint Michel attaquant Apollo

Ne ferait pas un choc plus étrange et plus sombre.

Déjà, bien avant l'aube, ils combattaient dans l'ombre.

Qui, cette nuit, eût vu s'habiller ces barons,

Avant que la visière eût dérobé leurs fronts,

Eût vu deux pages blonds, roses comme des filles.

 

Hier, c'étaient deux enfants, riant à leurs familles,

Beaux, charmants; - aujourd'hui, sur ce fatal terrain,

C'est le duel effrayant de deux spectres d'airain,

Deux fantômes auxquels le démon prête une âme,

Deux masques dont les trous laissent voir de la flamme.

Ils luttent, noirs, muets, furieux, acharnés.

Les bateliers pensifs qui les ont amenés

Ont raison d'avoir peur et de fuir dans la plaine,

Et d'oser de bien loin les épier à peine;

Car de ces deux enfants, qu'on regarde en tremblant

L'un s'appelle Olivier et l'autre a nom Roland.

 

 

 

Thématique de la fragmentation du moment du texte

V.Hugo exalte les prouesses de deux preux chevaliers choisis pour régler le différend qui oppose Charlemagne à Gérard qui s'est révolté contre son suzerain, le siége de Vienne, capitale du pays dauphinois, s'éternisant sans résultat décisif.

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De Déjà, bien avant l'aube

à roses comme des filles.

Flash back pour parler un langage moderne. Le conteur fait un retour en arrière pour montrer ce qu'étaient les combattants  avant cet épisode du fatal combat.

 

Il ne faudrait pas croire selon les apparences qu'il s'agit du commencement du combat. Le caractère interminable du combat que suggéraient les chevaux morts depuis longtemps est encore souligné par une autre remarque plus précise : ils étaient déjà là avant l'aube. Mais ce serait aussi une erreur de les croire des combattants déjà endurcis. L'antithèse est frappante : bien loin de là, ce sont encore des enfants. Le mystère est savamment entretenu.

La durée est l'effet d'une inversion et d'une rupture de rythme et de l'emploi de l'imparfait.

Déjà, bien avant l'aube,

 ils combattaient dans l'ombre.(6//4+2)

L'antithèse s'exprime par une relative démonstrative, un conditionnel d'irréalité commun aux trois propositions du système, avec une inversion de la  subordonnée circonstancielle de temps faisant pendant à une inversion du complément cette nuit. On note les deux adjectifs démonstratifs emphatiques, l'apposition du qualificatif roses. Un souci de couleur locale

apparaît dan l'emploi des   termes de civilisation barons, visière, pages. Tout baigne dans une atmosphère mystérieuse qu'annonçait  le terme d'ombre  et que renforce celui de dérober.

Le mètre est à l'unisson avec ses ruptures insolites et le contraste de la symétrie attendrissante du dernier vers où domine la grâce de la jeunesse.

 Qui, cette nuit, eût vu s'habiller ces barons,(4+2//3+3)

Avant que la visière eût dérobé leurs fronts, (6//4+2)

Eût vu deux pages blonds, roses comme des filles. (2+4/2+4)

 

 

 

 

 

 

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

De Hier, c'étaient deux enfants

À acharnés.

C'est la suite du  retour en arrière

L'antithèse est encore plus frappante entre les enfants d'hier et les redoutables guerriers de maintenant :

L'opposition  est saisissante entre hier et aujourd'hui

aussi bien des termes substantifs

 enfants, familles,

//deux spectres d'airain,

Deux fantômes démon,

Deux masques

 Avec  de la flamme.

que des termes qualificatifs

Riant, beaux, charmants;//

Effrayant, fatal

C'est aussi la phrase qui est construite pour souligner l'effet d'antithèse qui s'appuie sur l'opposition entre l'imparfait et le présent des deux systèmes propositionnels indépendants qui contrastent fortement.

Le second produisant l'envolée d'une période binaire appositive assortie d'une  répétition qu'ignore le premier à  partir du parallélisme initial emphatique c'est renforcé par l'inversion du démonstratif  sur ce fatal terrain que souligne le déictique aujourd'hui.

Sur le plan du mètre, on note dans le premier système l'emploi d'un rejet qui marque une brusque rupture  et dans le second celui d'un contre rejet qui sert à relancer le contraste. Et aussi que le mètre se trouve  totalement désarticulé dans le second complètement dépourvu d'un hémistiche régulier, le dernier vers utilisant un effet de symétrie terrifiante renforçant la période ternaire deux spectres d'airain, Deux fantômes Deux masques

 

Hier, c'étaient deux enfants, riant à leurs familles,(3+3//2+4)

Beaux, charmants; (1+2//)

||- aujourd'hui, sur ce fatal terrain (3/6),

C'est le duel effrayant de deux spectres d'airain, (1+5/6)

Deux fantômes auxquels le démon prête une âme, (4//2/3+1+2)

Deux masques dont les trous laissent voir de la flamme. (3//3/3+3)

La férocité du combat tient à l'accumulation de qualificatifs modificatifs  où triomphe la brutalité de l'ombre, du silence et de l'obstination impitoyable, dans le cadre du rythme syncopé d'une asyndète où l'on semble entendre les coups terribles que les lutteurs se portent grâce aux diérèses mu-ets, furi-eux.

Ils luttent, noirs, muets, furieux, acharnés.(3+1+2//3+3)

 

 

 

 

Connotation de l'expression du sens

La tradition est là aussi respectée avec le mythe du fantôme, des masques, de la fatalité de l'ordalie, du démon, de la flamme infernale sortant des trous. Mais plus que tout, avec l'allusion aux cérémonies religieuses et aux rituels de l'initiation des jeunes à la puberté soumis aux épreuves les plus sévères ouvrant une nouvelle vie, dans les sociétés primitives. On ne peut s'empêcher de faire un rapprochement avec les sacrifices que le monde moderne exige parfois des jeunes qu'on oblige à passer brutalement de l'âge tendre de l'adolescence à la brutalité féroce de l'âge adulte, par exemple pendant la guerre d'Algérie en France et pendant la guerre du Viet Nahm aux U.S.A. Certaines lettres d'enfants de dignitaires du régime nazi font état de la révolte profonde devant les souffrances qui leur étaient infligées sur le front russe durant la dernière guerre mondiale. Autres temps, autres mœurs : un tel héroïsme de nos jours ne semble plus faire recette ou du moins réclame plus de circonspection.

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

dans les cinq derniers vers, l'auteur fait son commentaire sur l'attitude des bateliers comparses, comme s'il y était représentant le peuple, simple spectateur

ils ont une attitude étrange ils sont à la fois préoccupés et lâches pourquoi donc rien d'étonnant ils sont témoin d'évènements qui passent leur entendement et qui ont comme protagonistes des preux chevaliers d'une envergure extraordinaire pour l'époque.

La naïveté du spectateur se manifeste par la simplicité des termes  employés pour dire ce que sont les bateliers pensifs et son avis sur ce qu'ils font Ont raison d'avoir peur et de fuir dans la plaine Et d'oser de bien loin les épier à peine. La synérèse veut montrer le degré de terreur qui habite leur âme avec une période ternaire. Le mètre mêle la symétrie pour la circonspection à la rupture pour la précipitation de la fuite avec une double allitération en d et en p.

Les bateliers pensifs qui les ont amenés (6//6)

Ont raison d'avoir peur et de fuir dans la plaine, (1+2+2+1//3+3)

Et d'oser de bien loin les épier à peine; (6//6)

Et c'est l'annonce claironnante de l'identité des champions qui justifie cette terreur apocalyptique avec le Car explicatif en début de vers. Reprise de l'antithèse enfant/tremblant. Inversion du complément référentiel de ces deux enfants. Disjonction de la relative qu'on regarde en tremblant.

 Attribut du sujet contre attribut de l'objet. Mesure coulée contre mesure syncopée. Tout cela pour marquer l'opposition fameuse entre le degré de célébrité qui sépare Olivier/ Roland, l'un  placé en fin d'hémistiche et l'autre en fin de vers, avec la scansion d'un mètre qui succède à la régularité du précédent .

 

Car de ces deux enfants, qu'on regarde en tremblant (6//3+3)

L'un s'appelle Olivier et l'autre a nom Roland. (3+3//2+1+1+2)

Véritable coup de cymbales.

 

 

 

Connotation de l'expression du sens

Il s'agit d'une véritable iconographie comme celle d'une tapisserie ou d'une enluminure d'un manuscrit médiéval. La couleur locale se manifeste non seulement par les terme de civilisation mais aussi par le cadre d'une civilisation primitive où l'émotion créée par un évènement extraordinaire provoque dans le peuple la création d'un mythe analogue à ce qui se passe dans nos civilisations modernes avec la création de figures de proue que sont les vedettes exploitées par les médias et le show business pour magnifier notre époque. Le peuple se laisse prendre au jeu du moment que cela semble le grandir à ses yeux de vivre  quelque chose d'extraordinaire.

 

INTRODUCTION V.Hugo, dans ce texte, exalte les prouesses de deux preux chevaliers choisis pour régler le différend qui oppose Charlemagne à Gérard qui s'est révolté contre son suzerain, le siége de Vienne, capitale du pays dauphinois, s'éternisant  sans résultat décisif.  A-t-il su magnifier le combat en évitant les pièges du genre en particulier le pompiérisme auquel il est enclin? A-t-il su provoquer la  valeur émotive d'un mythe qui hantait l'esprit du peuple de l'époque, au même titre qu'aujourd'hui, la célébrité des vedettes du sport, du cinéma ou des variétés ? Sans disposer des moyens modernes qu'offre la sémiologie des médias mille fois plus puissantes que le simple texte.

 

CONCLUSION Le poème est un modèle du genre. La dimension épique répond exactement à la tradition de ce que peut attendre la soif populaire pour ces preux chevaliers dont on attend des miracles. Toutes les ressources de l'alexandrin sont mises à  contribution pour agrandir le cadre du combat et la stature des acteurs. Aucune faute de goût grâce à des antithèses saisissantes et le coup de cymbales éclate au moment voulu pour créer l'effet désiré d'un évènement sensationnel dont on a le privilège exceptionnel. Un comble, il n'échappe pas à la réalité de la société primitive créant ses propres mythes lorsque la situation tragique de la société l'exige. Oserait-on dire que la société moderne échappe au phénomène ?

type

Le second texte du genre épique sera extrait des Poèmes barbares (1862) de Leconte de Lisle. C'est à travers ses impressions de voyage au Cap, au Sénégal, ses souvenirs de lectures et même ses promenades au jardin des Plantes à Paris, qu'il fait revivre toute une faune terrible et merveilleuse. Le spectacle de la migration saisonnière des  éléphants lui donne l'occasion d'exercer sa verve épique. D'abord, il a retracé le cadre torride du désert où se situe la scène de l'apparition  soudaine du troupeau à l'horizon. Voici les éléphants tels qu’il les voit passer.

Les éléphants

 

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps

Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine.

Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine

Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

 

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,

Il guide au but certain ses compagnons poudreux;

Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,

Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

 

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,

Ils cheminent, l'oeil clos.  Leur ventre bat et fume,

Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume;

Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

 

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,

Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé?

Ils rêvent en marchant du pays délaissé,

Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.

 

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,

Où nage en mugissant l'hippopotame énorme,

Où blanchis par la lune et projetant leur forme,

Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

 

 

LECONTE DE LISLE

 

 

 

Thématique de la fragmentation du moment du texte

L'auteur exalte la valeur mythique d'un troupeau d'éléphants à l'occasion d'une migration saisonnière qui les ramène au pays natal

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Dans la première strophe Il décrit le chef quand il passe devant lui.

Il dégage une impression de puissance surnaturelle.

Une relative démonstrative périphrastique sujet Celui qui tient la tête pour désigner le chef et un attribut substantif pour le définir  un vieux chef : ainsi est ramassé l'essentiel.

 Le corps a pu résister aux ravages du  temps traduits par une image Est gercé comme un tronc précisée par une relative simple que le temps ronge et mine où une période binaire souligne l'inexorable: ronger et miner sont des verbes où triomphe la fatalité du vieillissement de l'être.

 son corps en contre rejet  et en rejet l'effet du temps sur son aspect Est gercé comme un tronc que souligne l'apodose de la relative. Le mètre est heurté.

 Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps (4+2//1+3/2)

Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine. (3+3//3+1+2)

 

La puissance physique est écrasante, phénoménale. Elle est celle du roc ou bien encore d'une machine vivante monstrueuse, d'un arc d'échine capable de se bander puissamment.

Un rythme suggestif où la chute tombe sur le monosyllabe roc puis un contre rejet introduisant des hémistiches dont l'ampleur correspond  au déploiement d'un effort hors du commun. Des  allitérations d'abord en r et puis en m et en f renforcent l'effet.

Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine (2+1+3//6)

Se voûte puissamment à ses moindres efforts. (6//6)

 

On peut faire confiance à l'auteur qui né à La  Réunion a une expérience de l'Afrique  qui lui permet de parler en connaissance de cause des animaux qu'il met en scène.

           

Schématique du moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

 

 

Ce qui frappe, c'est l'infaillibilité dont  il est revêtu sans contestation possible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le verbes sont choisis en conséquence Sans ralentir/ sans hâter/ guider/ creuser un sillon /suivre

Ses compagnons sont des pèlerins qui ont foi dans leur patriarche

Le but est certain

Deux alliances de mots curieuses

ses compagnons poudreux subissant le martyre de la marche pénible sans protester

 les pèlerins massifs parce qu'il y  a un contraste entre la puissance de l'animal et leur docilité comparable à celle des pèlerins humains.

La détermination infaillible est synonyme de lenteur calculée.

L'effet de lenteur est le résultat de l'emploi de systèmes propositionnels indépendants où la chute de l'apodose équilibre la montée de la protase.

 C'est aussi l'effet du rythme.

Une période binaire négative  à l'initiale du premier système introduisant l'inversion  par rapport au groupe verbal qui répond au  rythme savamment inversé du mètre

 Sans ralentir jamais et sans hâter sa

marche, (6//4+2)

Il guide au but certain ses compagnons poudreux; (2+4//6)

Dans le second système coordinatif l'inversion concerne une inférence modificative, la régularité de la marche est suggérée par celle des deux hémistiches  avec une allitération en s à laquelle répond un mètre plus ample correspondant à la solennité de l'apodose soulignée par une allitération en p

Et, creusant par derrière un sillon sablonneux, (6//6)

Les pèlerins massifs suivent leur patriarche. (6//2+4)

 

La connotation biblique est manifeste. C'est Moise conduisant le peuple des Hébreux vers le mythe de la terre promise.

                                                                                                                

Connotation de l'expression du sens

Analyse du sens de la dialectique

Expression du sens

Schématique du moment du texte

  .

C'est l'effet d'un rejet.

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,(6+6)

Ils cheminent, l'œil clos. (4+2 //)

La proposition est constituée à partir d'une inversion de compléments modificatifs de période binaire avec une asyndète pour traduire l'obstination, le rejet mettant en relief la difficulté de la marche Ils cheminent et un détail significatif l'œil clos (rien ne peut les distraire).

 Un contre rejet va parfaire l'effet pour traduire le martyre subi Leur ventre bat et fume, et un vocabulaire expressif / l'air embrasé/ mille insectes ardents qui bourdonnent autour. A l'asyndète répond une syndèse  Et Et, conjointement avec l'emploi d'une inversion du sujet saisissante pour traduire le supplice des piqûres d'insectes ardents. Le rythme oppose le vers disloqué à la régularité des hémistiches.

 

 Leur ventre bat et fume, (3+1+2)

Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume; (4+2/3+1+2)

Et bourdonnent autour mille insectes ardents(6//6)

Ce qui le frappe c'est l'endurance invincible que rien ne peut altérer en dépit de conditions effroyables.

De L'oreille en éventail,

 à mille insectes ardents

L'auteur décrit le troupeau dans son ensemble

        

Connotation de l'expression du sens

Expression du sens

Analyse du sens de la dialectique

Schématique du moment du texte

L'analogie avec la migration saisonnière des saumons irrésistiblement attirés par le pays natal où mâles et femelles  doivent assurer la perpétuation de l'espèce en déposant les œufs  et la semence nécessaire pour les féconder, vient à l'esprit en provoquant la même impression de mystère devant une animalité instinctive qui justifierait l'existence d'un Grand Animal englobant l'humanité, réglant la merveille de la Vie que la théorie de Darwin a essayé d'élucider .

 

Une phrase interrogative et la réponse explicative qui s'équilibrent

L'interrogation ne souffre aucune dubitation. Ces animaux sont au-dessus des contingences terrestres que représentent la soif la voracité des insectes et la chaleur cuisante du soleil africain. Le mètre est équilibré en conséquence :

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace, (4+2//6)

Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé? (4+2//6)

ils subissent le sort commun de l'animalité qui nous émerveille par le mystère de l'instinct  qui les emmène sûrement vers les lieux originaires de leur race le pays délaissé des forêts de figuiers. qui hante leur rêve.

Emerveillement que traduit une progression rythmique correspondant à l'insistance sur les termes de leur préoccupation :

 Ils rêvent en marchant du pays

délaissé, (3+3//6)

Des forêts de figuiers où s'abrita leur race. (6 //4+2)

 

 

C'est une animalité instinctive qui les soutient et leur donne l'énergie nécessaire ; animal

étant pris  au sens étymologique de l'étymon latin anima =âme où le merveilleux du rêve a sa place.  

De Mais qu'importent

À leur race.

Le commentaire de l'auteur apporte les éléments d'une explication.

 

                                                                                              

Connotation de l'expression du sens

Expression du sens

Analyse du sens de la dialectique

Schématique du moment du texte

On pourrait reprocher l'anthropomorphisme de l'inspiration car la perception animale reste un mystère. S'il s'agissait d'un peintre animalier certainement mais le bestiaire en tant qu'iconographie supporte très bien ces entorses à la scientificité naturelle d'autant plus qu'elles sont conformes à une tradition iconographique qui remonte aux origines de l'humanité.

Le fleuve qui semble échappé des grands monts

 les hippopotames  énormes

les animaux blanchis par la lune et  la projection

 des  formes sur le sol

le bruit étrange des joncs qu'ils écrasent pour aller boire.

C'est le futur prophétique qui traduit les délices tant désirés de la  terre promise

La phrase est d'une ampleur frappante,

la période binaire de la subordination circonstancielle attachée au terme de fleuve dont l'importance est ainsi soulignée, se terminant par la chute d'une apodose qui semble consacrer le projet de la longue et pénible migration.

Le mètre joue savamment de la rupture syncopée  du vers qui veut traduire l'émotion de l'animal à cette évocation.

 Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,(4+2//3+3)

Où nage en mugissant l'hippopotame énorme,

(2+4//6)

Où blanchis par la lune

 Et projetant leur forme,(2+4//4+2)

Ils descendaient

 pour boire en écrasant les joncs. (4+2//4+2)

 

Ces détails sont à la mesure antédiluvienne de ces bêtes étranges.

Il précise les détails importants qui peuvent hanter le rêve des éléphants

 

 

EXPRESSION DU SENS

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps

Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine.

Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine

Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

 

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,

Il guide au but certain ses compagnons poudreux;

Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,

Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

 

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,

Ils cheminent, l'oeil clos.  Leur ventre bat et fume,

Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume;

Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

 

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,

Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé?

Ils rêvent en marchant du pays délaissé,

Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.

 

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,

Où nage en mugissant l'hippopotame énorme,

Où blanchis par la lune et projetant leur forme,

Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs

.

Le choix de la strophe à rimes doublement  embrassées sous forme de chiasme (baab/abba) s'explique par l'intention de créer une unité strophique qui convienne à une dialectique progressive où chaque élément est nettement séparé des autres tout en respectant un certain caractère fantomatique.

 

 

 

INTRODUCTION

             L'auteur exalte la valeur mythique d'un troupeau d'éléphants qui vient d'apparaître à l'horizon, à l'occasion d'une migration saisonnière qui les ramène au pays natal. A-t-il su magnifier le spectacle de leur passage et provoquer la  valeur émotive d'un mythe qui hante les sociétés primitives, en créant une iconographie capable de frapper notre esprit ? Ou bien se contente-t-il de peindre les animaux en créant un genre littéraire narratif correspondant aux animaliers des arts plastiques? Le Parnassien qu'il veut être se manifeste-t-il dans ce poème ?

 

CONCLUSION

Le spectacle est aux dimensions de la découverte d'une iconographie merveilleuse où l'animal devient une sorte de puissance qui nous dépasse. Mais l'homme s'y reconnaît en même temps qu'il est conscient d'une force mystérieuse qu'il  partage avec les éléphants dans un cadre cosmique où la perpétuation de l'espèce exerce une priorité vitale. L'homme se sent en communion avec ses ancêtres des sociétés primitives qui déifiaient l'animal, du moins lorsqu'il en avait la stature. Le parnassien se manifeste avec le souci de la perfection dans le maniement de l'alexandrin et le raffinement qu'apporte la strophe savamment organisée en fonction de l'effet désiré, mais aussi avec l'empathie qui le rapproche de Darwin aussi poète dans son genre naturaliste.

Le troisième texte du genre épique sera extrait des Trophées (1893) de J.Maria de Heredia né à Cuba mais ayant fait toutes ses études en France. Parmi les Parnassiens, J.de Heredia né à Cuba se distingue par l'originalité de ses thèmes d'inspiration mais aussi par la maîtrise de sa forme de prédilection : le sonnet. Dans un groupe de six sonnets il fait revivre l'épopée de la découverte et de la conquête de l'Amérique. Voici le premier poème du groupe :

 

LES CONQUÉRANTS

 

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,

Fatigués de porter leurs misères hautaines,

De Palos de Moguer, routiers et capitaines

Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

 

Ils allaient conquérir le fabuleux métal

Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,

Et les vents alizés inclinaient leurs antennes

Aux bords mystérieux du monde occidental.

 

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,

L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques

Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

 

Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles,

Ils regardaient monter en un ciel ignoré

Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

 

Les Trophées.  A. Lemerre, édit.

 

MISE EN PLACE

 Le vocabulaire géographique n'était pas encore fixé. Depuis le XIIIème siècle on donnait le nom de Cathay au nord de la Chine et celui de Cipango au Japon. Comme il s'agissait du système ptolémaïque, on croyait atteindre ces pays exclusivement en naviguant vers l'ouest. Les erreurs de navigation firent que Christophe Colomb crut avoir atteint le but alors qu'il avait seulement découvert les Antilles en 1492. Au siècle suivant les conquistadors avec la même conviction et le même vocabulaire entreprirent la conquête. Conquistador est le nom donné aux aventuriers partis à la suite de Cortez et de Pizarre à la conquête de l'Amérique spécialement du Mexique et du Pérou au XVIème siècle et y chercher fortune. Le poète avait parmi ses ancêtres l'un de ceux-ci. Palos de Moguer est un port près de Moguer de la province de Huelva en Andalousie, dans le sud de l'Espagne près de la frontière du Portugal d'où est parti Christophe Colomb.

     

 

Commentaire rédigé d'un troisième texte.

 Dans ce texte, José maria de Heredia magnifie les valeurs qui inspirent les conquérants du Nouveau Monde. Mérite-t-il de figurer parmi les Parnassiens soucieux d'une perfection absolue de la forme et aussi sa réputation de maître ouvrier du sonnet ? Son originalité ne tient-elle pas à ses origines exotiques qui lui permettent mieux que quiconque de comprendre ces conquérants d'un autre genre ?

Dans le premier quatrain, il imagine leur départ. Ils ont l'impression de créer l'histoire et connaissent l'ébriété des dieux avec l'espoir insensé d'en finir avec leur  misère d'hidalgo en retrouvant  leur vraie nature de rapace sauvage.     

Le rapace transparaît dans les termes choisis de la comparaison vol de gerfauts (sorte de faucon de grande taille) charnier natal.

Leur situation d'hidalgo misérable qu'on veut cacher par la morgue se traduit par l'opposition leurs misères hautaines, et leur insatisfaction par le terme de fatigués mis en relief en début de vers.

Palos de Moguer, leur point de départ, est à jamais inscrit dans la légende. En 1892, fut élevé à Huelva une statue gigantesque de Christophe Colomb de 37m de haut, commémorant la découverte de l'Amérique en 1492.                                          Et l'espoir insensé s'inscrit dans le modificatif ivres où l'ivresse se mêle à la sauvagerie de leur nature d'un rêve héroïque et brutal. L'éloquence étant le fait d'une protase avec une inversion initiale de la comparaison et de l'envolée d'une apodose démarrant avec une inversion du complément d'origine. 

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, (6/6)

Fatigués de porter leurs misères hautaines, (3+3//6)

De Palos de Moguer, routiers et capitaines,(6//2+4)

Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal. (2+4/6)

Le rythme du quatrain est soigneusement étudié dans ce sens : un hémistiche escamoté pour exprimer l'ivresse sauvage du rêve, les deux hémistiches étant fortement contrastés dans le vers suivant pour exprimer la situation insupportable du hidalgo, un rythme chiasmatique, pour renforcer l'envolée de l'apodose avec un enjambement du verbe  partaient. Le poète joue de l'allitération en r et des assonances aigues et graves pour opposer la brutalité native des conquistadors et la grandeur de leur projet.

Dans le deuxième quatrain il les imagine en mer, voguant vers la terre promise Le commentaire de l'auteur insiste sur l'aspect grandiose de l'aventure quasi surnaturelle. Ils font corps avec leur navire. L'aspect inchoatif du verbe conquérir confondu avec son sens actif agressif, l'emploi des termes fabuleux métal (périphrase pour désigner l'or) Cipango (déformation du mot chinois pour désigner le Japon) mûrit(personnalisation du phénomène géologique) mines  lointaine(sous entendant le danger) donnent un ton mystérieux à cette étrange aventure maritime.

                    La personnification du navire comme un gros animal avec des antennes que figurent les vergues s'allie à la fatalité qui les guide vers les bords mystérieux du monde occidental (allusion à la frayeur que provoquaient chez les marins les rivages inconnus et les dangers de la mer qu'accentue la diérèse de mystérieux) grâce aux vents alizés (force cosmique qui les poussait infailliblement vers leur destin).

La symétrie coordinative donne l'impression d'une force invincible qui mène lentement mais sûrement vers un destin inconnu et fatal que laisse présager le premier vers bien aligné. Le chiasme des deux vers encadrés semble figurer les énormes creux de l'océan. La rupture de l'hémistiche irrégulier du dernier vers  est enveloppée d'un mystère qui se perd dans l'infini. 

 Ils allaient conquérir le fabuleux métal(6//6)

Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines, (4+2//6)

Et les vents alizés inclinaient leurs antennes (6//3+3)

Aux bords mystérieux du monde occidental(6/6)

        

Dans la troisième strophe, il les imagine plus particulièrement la nuit lorsqu'ils rêvent endormis ou éveillés. Dans le premier cas ils ont les sensations propres à l'onirique. Dans le second, ils sont emportés par le culte des valeurs propres à leur entreprise.

C'est l'espoir des lendemains épiques qui oriente leurs rêves endormis mais c'est la sensation nouvelle de l'azur phosphorescent de la mer des Tropiques qui leur donne sa teinte. Une anacoluthe pour mettre en relief cette opposition : le participe présent espérant ne se rapporte pas régulièrement au sujet mais à l'idée contenue dans le possessif leur. Le choix des terme étonne par leur justesse expressive L'épithète épique est ici employée au sens dérivé d'aventures merveilleuses. L'azur phosphorescent/ enchantaient/ un mirage doré conviennent parfaitement pour les images oniriques. L'allitération en s /f/ r veut suggérer la couleur particulière et le scintillement  féerique de la mer dans ces régions que le poète connaît bien pour y avoir vécu.

 Quant au rêve éveillé, sans anacoluthe, on est frappé par la simplicité du vocabulaire convenant à des aventuriers incultes. Mais une inversion de l'attitude penchés à l'avant des blanches caravelles doublée d'une inversion de l'épithète qualifiant les caravelles, navire devenu mythique, constitue une protase courte contrastant avec l'envolée de l'apodose que l'enthousiasme leur inspire. Ou penchés à l'avant des blanches caravelles || Ils regardaient monter en un ciel ignoré Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles. Y contribue la disjonction conséquente de l'objet d'un verbe de perception par l'infinitif lié à deux compléments qui suggèrent l'infini.

 

Deux systèmes propositionnels coordonnés par une particule alternative constituent les deux tercets. Le poète utilise un rythme différent qui convient dans les deux systèmes : berceur dans un cas (par la symétrie parfaite des deux vers extrêmes par rapport au médian) et prestigieux dans l'autre (par une ascension progressive)

Chaque soir, espérant des lendemains épiques, (3+3//6)

L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques (6/6)

Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;(3+3//6)

 

Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles, (3+3/6)

Ils regardaient monter en un ciel ignoré (4+2//6)

Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.(6//6)

Si l'on voulait caractériser l'œuvre du poète par un seul vers ce serait celui-là  L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques où on a l'impression que le poète cisèle son œuvre avec amour. On note que dans le rêve endormi le poète n'est pas du tout freudien et se contente de faire du rêve un prolongement de l'expérience de la veille. Dans le rêve éveillé c'est le culte des valeurs de la curiosité qui domine. Quant au choix du sonnet, il est évident qu'il lui permettait de ciseler dans un espace limité les moments forts ou les aspects caractéristiques des valeurs qu'il admirait chez ses Conquistadors. Heredia utilise pour son sonnet la formule embrassée baab baab eecici, qui est peut-être plus favorable à l'intention épique de l'inspiration.

José maria de Heredia mérite d'être considéré comme un disciple de Leconte de Lisle par son souci de la perfection artistique qui l'habite. Et le sonnet qui malheureusement peut être galvaudé en masquant un manque d'inspiration sous l'observance de règles mécaniques, chez lui acquiert une sorte de magie où l'inspiration prend tout son sens. Les valeurs de la destinée aventureuse des  conquérants, que ses origines lui ont permis de mieux comprendre, deviennent sous le charme  parfaitement suggérées.

 



[1] Le sonnet est une forme strophique fixe originaire d'Italie au XVIème siècle. Il s'est maintenu au XVIIème et après une éclipse au XVIIIème reparut au XIXème. 14 vers divisés en deux strophes de quatre vers sur deux rimes appelées quatrains et d'une strophe de six vers sur 3 rimes composées de deux tercets. On peut   figurer schématiquement ainsi la formule adoptée dans ce sonnet : baab /baab ||ooc ece (les voyelles figurant les rimes féminines et les consonnes les rimes masculines)

Capturé par MemoWeb à partir de http://pagesperso-orange.fr/paul.martin/roland.htm  le 12/08/2008