polyeucte

Le genre représentatif (susceptible d'une représentation  théâtrale) est classique lorsque l'intrigue  se trouve assujettie à des règles strictes: les unités de lieu de temps et d'action qui ont justifié l'appellation de littérature classique.Le genre classique se divise en deux registres : la tragédie(du grec τραγωδια proprement chant religieux pendant l'immolation du bouc aux fêtes de Bacchus) et la comédie(du grec κομωδός proprement partie de plaisir) .   La tragédie fait partie des genres nobles et se distingue mal de l'épopée qui magnifie les exploits d'un héros. L'émotion tragique doit être forte, elle repose sur la terreur et la pitié mais elle ne soit pas être trop violente au point de devenir une douleur.  C'est là qu'intervient la nécessité de respecter une certaine bienséance qui va jusqu'à s'efforcer de ne pas choquer les mœurs du contemporain de l'auteur : son idéal philosophique, moral, religieux, l'idéal mondain de l'honnête homme.  Descartes curieusement enfermait ainsi sa philosophie dans un cadre aussi étroit. On comprend mieux que Molière n'ait pas réussi dans un genre qui émasculait son génie créateur soucieux surtout de critiquer les mœurs de ses semblables

On distinguera le type cornélien. Corneille a choisi un registre différent de ses premières pièces dites de jeunesse : il ne s'agit plus du registre comique mais du registre tragique. L'auteur est né à Rouen en 1606, ville qu'il habita jusqu'en 1662 et où il écrivit ses pièces les plus connues, pour se fixer ensuite à Paris. La fondation unitaire du type cornélien reste la représentation du protagonisme des valeurs que cultive un personnage enclin au fanatisme de l'homme de devoir  face à l'antagonisme  d'autres personnages qui cultivent d'autres valeurs  dans une situation de crise.  Comme exemples de commentaire de texte concernant le genre littéraire de la représentation tragique de ce type, on choisira des textes extraits de la pièce de Polyeucte écrite par Corneille en 1643 vingt ans avant le Misanthrope de Molière.

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§1 §2 §3 §4 §5

§1 Comme on a besoin d'intermédiaires structurels, la mise en place tiendra compte d'une fondation unitaire médiate. Le commentaire proprement dit consistera à déterminer la thématique de la fragmentation du moment du texte pour examiner la manière dont l'auteur a su traduire les intentions expressives constitutives de la schématique du moment sur un registre tragique. L'ordre des doctes soumet alors le théâtre tragique au merveilleux épique de l'unité d'action qui toutefois ne doit jamais laisser d'être vraisemblable en se démarquant du merveilleux chevaleresque des Italiens notamment du Roland furieux de L'Arioste qui sévissait à l'époque.  Boileau écrira dans son Art Poétique : "Une merveille absurde est pour moi sans appât"

L'auteur a choisi le cadre qu'il affectionne particulièrement, celui de la période de l'Empire romain au moment où il est menacé de l'extérieur par les Barbares et de l'intérieur par la montée d'une nouvelle secte religieuse .Le drame (proprement action) se situe à Mélitène , ville située à l'extrême est de l'Empire romain depuis que l'empereur Trajan lui accorda ce statut entre AD 98-117. Plus tard, elle devint la capitale de la province de l'Arménie mineure. Aujourd'hui ville de Turquie, au centre est, sur un affluent de Euphrate, appelée Eski Malatya.

 C'est Décius qui est empereur né en 201 en Pannonie et mort en 251. Il fut proclamé empereur, contre sa volonté dit-on, en 249 et prit une part active dans la guerre contre les Goths qui avaient traversé le Danube et envahi le Thrace. En 251 dans la Dobruja il subit une défaite qui lui coûta la vie ainsi que celle de son fils. Pendant son règne les persécutions contre la secte des Chrétiens s'intensifièrent. On exige de tous les citoyens un sacrifice religieux devant des témoins. Un grand nombre de Chrétiens défièrent le gouvernement : les évêques de Rome, de Jerusalem et d'Antioche furent exécutés et beaucoup d'autres furent arrêtés. Ces mesures furent impopulaires et à la mort de Décius la persécution des Chrétiens cessa.

Voici les informations historiques qu'on on peut avoir actuellement sur la vie religieuse e et culturelle à Rome au IIIème siècle AD. D'abord sur ce qui caractérisait la vie religieuse de l'empire en général. Ce qui caractérisait la vie religieuse de l'empire en général, était la vitalité des cultes locaux conservés avec une certaine reconnaissance des cultes de ses voisins. L'empereur par exemple pouvait révérer personnellement ses dieux favoris en dehors du cercle traditionnel romain tout en pratiquant une plus conventionnelle piété. Une règle romaine était d'exprimer non seulement la piété de la capitale et de ses citoyens mais aussi de tout son peuple à travers l'empire. La religion impériale était proprement un composé de la religion romaine et de la piété non romaine

Le développement des religions dans les provinces de l'Est durant les siècles d'Auguste à Sévère suivit un cours différent de ceux de l'Ouest Le mélange des traditions religieuses encouragea une tolérance qui érodait leurs limites. De la reconnaissance de similarités basiques, on pouvait conclure à une sorte de monothéisme où les divinités locales n'étaient plus que les expressions étroites de plus grandes vérités. Le néoplatonisme était en germe.

Par contre en Italie et dans les provinces danubiennes et les provinces de l'Ouest il y eut une immigration des adorations de déités de l'Est Celles ci prirent racine bien  que les déités gréco-romaines ne soient pas loin derrière ; ce fut l'occasion d'une nouvelle ferveur sans qu'on puisse parler de conversion : les temples les témoignages introduisirent une liturgie plus complexe et un plus riche symbolisme s'exprimant dans des "mystères" de nature dramatique qui devinrent populaires.

Ensuite sur la montée du christianisme pendant la même époque. Pendant les deux premiers siècles de la nouvelle ère, la christianité s'étendit avec une relative lenteur. Les doctrines de Jésus qui fut crucifié environ en 30 AD prirent d'abord racine parmi les Juifs de Palestine où un grand nombre de sectes avaient proliféré. A la fin du règne de Tibère, elle s'était étendue en Anatolie et en Grèce sous l'influence de Saint Paul. Et elle progressait en même temps parmi les Juifs de Jérusalem, d'Alexandrie et de Syrie et rapidement atteignit les villes parthes de l'Euphrate où les colonies juives étaient nombreuses. Les autorités romaines eurent d'abord des difficultés à distinguer les Christos des Juifs orthodoxes mais en quittant ses lieux d'origine la nouvelle religion devint rapidement différenciée.

 On poursuivait les Chrétiens par des accusation qui sévissaient contre les Juifs : qu'ils étaient des ennemis de l'humanité en prêchant le fin du monde; qu'ils se coupaient de la famille et de la communauté et que le dessein de leurs réunions était suspect. Au second siècle, ils durent se disculper de certaines rumeurs :qu'ils pratiquaient la magie; qu'ils étaient enclins à des orgies sexuelles, à l'inceste et surtout qu'ils étaient athéistes en rejetant les cultes acceptés. Ce fut l'occasion de violences contre les vrais athées ou les sceptiques. Cette association ne pouvait durer car les Juifs adhéraient à un culte de la plus grande antiquité et surtout avaient depuis longtemps fait la paix avec les empereurs. Les chrétiens ne participèrent pas à la révolte des Juifs de 66-73 et sous les Flaviens la christianité fut complètement séparée de ses origines.

A cette époque, l'Est devint le centre de la nouvelle religion, de l'Egypte à la Mer Noire. En Bithynie en Grèce et à Rome les Chrétiens étaient assez nombreux à la fin du Ier siècle pour que la nouvelle religion s'institutionnalise Au IIème siècle elle atteint les intellectuels qui essaient de réconcilier la Bible avec les idées platoniciennes. Les apologistes montrent que le christianité était en harmonie avec l'humanisme gréco-romain et moralement supérieur au paganisme.

Mais les Chrétiens ne réussirent pas à convaincre les autorités. La première persécution fut celle de Néron qui les accusa à tort où à  raison d'avoir mis le feu à Rome. En tout cas ils étaient devenus des mali homines qu'on devait supprimer. Un tel précédent eut une influence considérable sur les gouverneurs des provinces.  Pline en 111 en tant que gouverneur de Bithynie sur les conseils e l'empereur Trajan exécuta ceux qui refusaient d'abjurer .Hadrien et les autres successeurs frappèrent de même mais les persécutions restant isolés et sporadiques Sous Marcus Aurelius, les difficultés du temps firent souvent que les Chrétiens qui refusaient l'abjuration et de participer au culte impérial furent accusés de provoquer le colère des dieux.  Des martyrs apparurent dan l'Est à Rome , en Gaule et en Afrique. Le règne de Commodus leur fut plus favorable parce que son cercle comportait des Chrétiens peu recommandables sous certains aspects. Le répit fut de courte durée : Septimius Severus inaugura la première persécution systématique. En 202 un édit interdit aux Chrétiens et aux Juifs tout prosélytisme. Les membres des sectes extrémistes furent persécutés pour prêcher la continence pour tenir l'état en mépris et en particulier pour refuser le service militaire. Sous Caracalla la situation s'apaisa avec la relative liberté accordée au collège funéraire des Catacombes

. En outre, voilà ce que Corneille a appris de Surius, un hagiographe. Polyeucte et Néarque étaient deux cavaliers étroitement liés d'amitié en l'an 250, sous l'empire de Décius. Leur demeure était dans Mélitène, capitale d'Arménie ; leur religion différente, Néarque étant chrétien et Polyeucte suivant encore la secte des gentils mais tenté par la nouvelle secte. Après la publication de l'édit contre les chrétiens, Néarque craignit que leur amitié ne souffrît quelque refroidissement. Polyeucte le rassura "J'ai vu cette nuit le Christ que vous adorez,-il m'a dépouillé d'une robe sale pour- me revêtir d"une autre toute neuve et m'a fait monter sur un cheval ailé pour le suivre; cette vision m'a résolu entièrement à faire ce qu'il y a longtemps que je médite; le seul nom de chrétien me manque; et vous-même, toutes les fois que vous m'avez parlé de votre grand Messie, vous avez pu remarquer que je vous ai toujours écouté avec respect" En un moment il mérita le ciel, bien qu'il n'eût pas encore reçu le baptême, en crachant sur l'édit de l'Empereur et en brisant les idoles que le peuple portait. Son beau-père Félix, qui avait la commission de l'empereur pour persécuter les Chrétiens avait vu lui-même ce qu'avait  fait son gendre, saisi -de-douleur de voir l'espoir et l'appui de sa famille perdus, tâche d'ébranler sa constance, premièrement par de belles paroles, ensuite par des menaces, enfin par des coups qu'il lui fit donner par ses bourreaux sur tout le visage. N'ayant pu en venir à bout, pour dernier effort, il lui envoie sa fille Pauline. Mais c'est en pure perte. Il décide de le condamner à perdre la tête

C'est dans ce cadre que Corneille imagine le protagoniste Polyeucte seigneur arménien, tenté par la nouvelle secte se disant d'origine chrétienne. Enclin au fanatisme religieux, il doit rivaliser de zèle avec son ami Néarque déjà fervent adepte de celle-ci ; affronter Félix, gouverneur de l'Arménie, son beau-père, et sa fille Pauline qu'il a épousée. Et ceci à partir du moment où l'empereur Décie envoie Sévère son favori en ambassade pour mettre un terme aux troubles que génère la secte des Chrétiens. Car tout se complique lorsqu'on apprend que l'ambassadeur n'est autre que l'ancien amant de Pauline qu'elle a connu lors de son séjour à Rome. Ce n'est qu'après l'annonce de sa mort qu'elle a accepté d'épouser Polyeucte. Le dénouement verra les exploits du héros triompher tel Hercule des multiples embûches dressées sur sa route. Corneille justifie par les nécessités de l'art les incidents qu'il a ajoutés à l'histoire.

 Pour mieux comprendre l'action, on peut ainsi illustrer  les liens affectifs qui unissent les personnages

 §2

Le premier texte à commenter est extrait de l'acte I où le protagoniste doit affronter son ami Néarque qui veut ranimer son ardeur qu'un malheureux songe de son épouse risque d'affaiblir ; puis Pauline intriguée par l'attitude de son époux, exprimant ses craintes à sa confidente et chargée par son père de calmer si possible la colère de Sévère. Dans la scène 1. Polyeucte vient de réclamer un certain délai pour accomplir le projet qui leur tient à cœur à cause de ce songe qui laisse son épouse très éprouvée, en prétendant que différer la chose ne changera rien à son zèle. Néarque lui oppose son ignorance de la grâce qui ne tombe pas toujours avec la même efficacité et choisit son moment, et qui surtout, risque de sombrer sous les illusions d'un songe trompeur. C'est là que le texte se situe.

LA DERNIERE CARTE

 

NÉARQUE.

Rompez ses premiers coups; laissez pleurer Pauline.

Dieu ne veut point d'un cœur où le monde domine

Qui regarde en arrière, et, douteux en son choix,

Lorsque sa voix l'appelle, écoute une autre voix,

POLYEUCTE.

Pour se donner à lui faut-il n'aimer personne?

NÉARQUE.

Nous pouvons tout aimer, il le souffre, il l'ordonne-,

Mais, à vous dire tout, ce Seigneur des seigneurs

Veut le premier amour et les premiers honneurs.

Comme rien n'est égal à sa grandeur suprême,

Il faut ne rien aimer qu'après lui, qu'en lui-même,

Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens et rang,

Exposer pour sa gloire et verser tout son sang.

 

Mais que vous êtes loin de cette ardeur parfaite

Qui vous est nécessaire, et que je vous souhaite!

Je ne puis vous parler que les larmes aux yeux.

Polyeucte, aujourd'hui qu'on nous hait en tous lieux

Qu'on croit servir l'État quand on nous persécute,

Qu'aux plus âpres tourments un chrétien est en butte,

comment en pourrez-vous surmonter les douleurs,

Si vous ne pouvez pas résister à des pleurs?

POLYEUCTE.

Vous ne m'étonnez point; la pitié qui me blesse

Sied bien aux plus grands cœurs, et n'a point de faiblesse.

 

 

 

 

 

THEMATIQUE

de la fragmentation

du moment du texte

Néarque se heurte à Polyeucte qui hésite toujours à s'engager immédiatement, sensible à la douleur de son épouse causée par un malheureux songe .

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

 De Dieu ne veut point à écoute une autre voix

Néarque prend nettement position sur l'obstacle que représente Pauline.

 

 

 

 

Néarque exhorte Polyeucte à rompre le charme et à agir sur le champ. Car Dieu ne supporte aucune hésitation.

Le ton est violent grâce à l'emploi de termes impératifs Rompez (du vocabulaire de l'escrime) laissez pleurer

de l'antithèse entre Dieu symbole de la toute puissance et les expressions où le monde domine/ Qui regarde en arrière,/ douteux en son choix,

Le chiasme rythmique qui encadre le rythme frappant des deux vers intermédiaires donne quelque chose de définitif à cette mise en demeure.

 Rompez ses premiers coups;laissez pleurer Pauline.2+4//4+2

Dieu ne veut point d'un cœur où le monde domine 1+3+2//4+2

Qui regarde en arrière, et, douteux en son choix,3+3//3+3

 Lorsque sa voix l'appelle, écoute une autre voix4+2//2+4

Le tragique tient à l'ignorance de la nature du projet qu'on pressent toutefois redoutable.

 

 

   

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Dans la phrase suivante Polyeucte essaie de prendre ses distances

 

Il fait une objection spontanée Il est outré par l'énormité du sacrifice

La révélation est brutale ; s'agit-il vraiment d'une adhésion sans réserve à la nouvelle foi chrétienne qui justifie tous les abandons?.

La forme est plus exclamative qu'interrogative

 Pour se donner à lui faut-il n'aimer personne?Le rythme (4+2//6)

accentue la montée de la voix On note le ton douloureux du forclusif personne qui s'oppose à l'amour absolu que suppose l'expression se donner à lui, où le pronom de forme tonique convient à la désignation d'une nature divine.

Ce qui révolte Polyeucte, c'est en somme une certaine conception hébraïque de Dieu proche de Yahvé inspiré de l'Ancien Testament "Obéissez à ma voix et je serai votre Dieu et vous serez mon peuple ; et avancez tout le temps que je vous commande et que cela puisse être bon pour vous."

De Nous pouvons tout aimer à premiers honneurs 

La réponse à l'objection ne se fait pas attendre de la part de Néarque

 

Il n'hésite pas à utiliser le contradictoire. Dieu ne peut que recommander l'amour mais il exige la priorité absolue dans l'ordre de l'amour et il ne faut rien aimer qu'en lui-même. On doit lui sacrifier tout s'il l'exige.

La force du ton doit faire passer l'inadmissible. L'universalité de tout aimer est renforcée par les deux termes, il le souffre, il l'ordonne où domine d'une part une bonté infinie. et d'autre part une certaine tyrannie.

Le rythme y contribue

avec l'insistance binaire du second hémistiche dans le premier vers Nous pouvons tout aimer, il le souffre, il l'ordonne-,6//3+3

la savante progression des vers suivants où la protase se termine sur la redondance emphatique ce Seigneur des seigneurs, l'apodose rebondissant à partir de l'enjambement veut dont le sens est très fort sur la répétition de la priorité.

Mais, à vous dire tout, ce Seigneur des seigneurs 6//6

Veut le premier amour et les premiers honneurs.1+5/6

 

 

 

 

Il serait inutile de croire qu'ainsi on puisse démontrer par là la vanité de cette croyance; le croyant a toute latitude pour rétorquer Credo quia absurdum . Je crois parce que c'est absurde.

Le fait qu'on se heurte inévitablement à ce qui est au-dessus de toute expression justifie de telles croyances que la logique est incapable de détruire. Le culte théologique des valeurs fait partie de la faiblesse humaine congénitale

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

 

De Il ne faut verser à tout son sang

Il cherche des arguments encore plus percutants.

Néarque enfonce le clou. Il se complait toujours dans le contradictoire d'un sophisme patent

Dieu tout puissant est tout amour : c'est pourquoi il exige le sacrifice suprême des êtres les plus chers

C'est l'effet de l'emploi insistant du forclusif rien aimer et des limitatifs du verbe Qu'après lui/ qu'en lui-même qui affirme la grandeur suprême de la divinité

On notera aussi la rupture initiale de la construction de l' obligation où il faut est renforcé par un rythme ternaire  . Y contribuent  aussi la redondance de la conjonction et avec une cadence du mètre exactement équilibrée aussi bien que  le  vers final savamment disloqué

Il ne faut

rien aimer qu'après lui, qu'en lui-même,3+3//3+3

Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens et rang,3+3//2+2+2

Exposer pour sa gloire

 et verser tout son sang. 3+3//3+3

Tout cela opposé à un rythme soutenu de la prémisse empreinte de gravité.

Comme rien n'est égal à sa grandeur suprême, 3+3//6

On relèvera toutefois l'anacoluthe du moins en regard de l'usage actuel.

La tournure correcte serait celle-ci

Il faut

ne rien aimer qu'après lui, qu'en lui-même

Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens et rang,. Etc.

L'analogie avec une certaine conception hébraïque de Dieu proche de Yahvé inspiré de l'Ancien Testament se confirme avec le vers savamment composé d'allure gnomique Exposer pour sa gloire et verser tout son sang

et aussi sa prééminence sur toutes les autres divinités Néarque semble être le digne représentant du peuple élu. La vraisemblance n'est pas en défaut pour une époque où l'on a quelque peine à distinguer les chrétiens et les juifs.

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Mais que vous êtes loin à résister à des pleurs?

Néarque changeant brusquement d'attitude semble abandonner tout espoir de convaincre son ami et se contente de porter un jugement sur sa conduite.

Il lui adresse maintenant une objurgation (proprement réprimande). Il a eu tort de le croire capable d'assumer une telle tâche En réalité, il est loin d'avoir les qualités nécessaires

Aucun doute il veut ainsi piquer l'amour propre de son ami ; à moins qu'il ne s'agisse de jouer de la corde sensible de l'amitié. Moyen infaillible d'émouvoir un public sensible à la tragédie.

Sous une forme exclamative, il traduit la déception de ne pas trouver en lui l'ardeur parfaite nécessaire et souhaitable par la rupture de l'envolée de la phrase que renforcent le démonstratif emphatique , la place de loin en fin d'hémistiche et le rythme binaire des deux relatives

Mais que vous êtes loin de cette ardeur parfaite 6//6

Qui vous est nécessaire, et que je vous souhaite!3+3//6

La déception va jusqu'aux larmes ce que traduit l'exclusif que renforcé par la plénitude d'un vers fortement rythmé

Je ne puis vous parler que les larmes aux yeux.6//6

.

La psychologie du prosélytisme correspond à la réalité, qu'il s'agisse du kamikaze ou du jeune Palestinien. Pour obtenir le sacrifice suprême, on touche la corde sensible qui est la vanité aussi bien que celle de la solidarité dont l'amitié est une forme privilégiée car elle fait appel à la fidélité.

 

   

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

 

Objurgation qui de vient adjuration : il faut s'abstenir plutôt que de s'engager dans une direction sans issue et connaître la honte de son impuissance.

L'anaphore de la protase qui suit l'apostrophe de Polyeucte Polyeucte, aujourd'hui qu'on nous hait en tous lieux3+3//3+3

Qu'on croit servir l'État quand on nous persécute,2+2+2//6

Qu'aux plus âpres tourments un chrétien est en butte, 6//3+1+2

Prépare la chute de l'apodose

Comment en pourrez-vous surmonter les douleurs,

Ceci permet de mettre en relief la perplexité de l'interrogation de l'apodose où l'on remarque le retour à une logique implacable abandonnant le terrain théologique. pour opposer surmonter à résister de la conditionnelle

Comment en pourrez-vous surmonter les douleurs,6/3+3

 Si vous ne pouvez pas résister à des pleurs? 6/3+3

 Le ton monte vers l'apodose interrogative avec le rythme des deux derniers vers dont la symétrie est parfaite par rapport à une protase plutôt hachée.

 

Les allusions sont transparentes par rapport à l'histoire des persécutions subies par les Chrétiens sous le règne de Décius bien avant Dioclétien : la haine, la bonne conscience des persécuteurs, la cruauté assouvie. Une analogie avec la persécution subie par les Juifs sous le régime nazi s'impose.

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Vous ne m'étonnez point à la fin

Polyeucte rétorque.

Loin d'être accablé par cette semonce il a un regain d'énergie

Le terme d'étonner doit être pris en son sens le plus fort frappé par la foudre anéanti Le retournement de la situation est exprimé par l'antithèse entre la pitié de Néarque et grands cœurs sans faiblesse qui sied bien à Polyeucte.

Le ton est digne grâce à la cadence du rythme des deux vers, reflétant l'assurance tranquille.

Vous ne m'étonnez point; la pitié qui me blesse 6//3+3

Sied bien aux plus grands cœurs, et n'a point de faiblesse.2+4//3+3

 

Sans doute la science politique de la démocratie doit admettre le culte théologique des valeurs du moment que la condition humaine se heurte au mystère de ce qui est au-dessus de toute expression. Mais elle doit aussi se garder de tout fanatisme religieux où le terrorisme puise toute son horreur. On notera le sens étymologique de fanatisme qui est proprement excès relatifs au temple Elle se gardera .de tout théocratisme qui se manifeste

Soit par le mépris de l'éthique qui préside à l'optimisation du régime par le peuple. Tel est le cas de ces religions qui autorisent des pratiques criminelles (certaines sectes furent ainsi amenées à résipiscence aux U.S.A et ailleurs) ou recommandent des pratiques qui détruisent la vie au lieu de la préserver (le pape refusant l'usage du préservatif alors qu'il est actuellement le seul moyen de se protéger du sida)

Soit par la substitution d'un dogmatisme à l'éthique, ce qui a pour effet de paralyser cette optimisation.. Polyeucte est ici aussi intolérant et sectaire en voulant détruire les idoles de la religion instituée que Décius persécutant les Chrétiens en son nom.

Ainsi se justifie la laïcité de l' Etat dans une démocratie soucieuse de paix sociale.

 

 

 

INTRODUCTION PROPOSEE

Polyeucte est toujours aux prises avec son ami Néarque. Troublé par un malheureux songe de Pauline, il reste indécis sur la nécessité d'exécuter sans délai un certain projet qui leur tient à cœur. Car Néarque n'a pas réussi à l'ébranler en lui représentant le danger de remettre à demain ce qu'on peut faire le jour même. Néarque doit trouver un meilleur moyen d'ébranler Polyeucte qui hésite toujours à s'engager immédiatement. On examinera dans ce texte si l'auteur a su magnifier les exploits d'un héros. exploiter le puissant ressort de l'émotion tragique qui doit être forte, reposant sur la terreur et la pitié mais sans être trop violente au point de devenir une douleur. A-t-il su  respecter une certaine bienséance qui va jusqu'à s'efforcer de ne pas choquer les mœurs du contemporain de l'auteur : son idéal philosophique, moral, religieux, l'idéal mondain de l'honnête homme.

 

CONCLUSION CONSEQUENTE

Polyeucte apparaît comme le héros sans peur et sans reproche qu'on attend de lui. Corneille a su provoquer la pitié en le montrant déchiré entre l'amour terrestre et l'amour divin, la terreur en montrant les risques auxquels il s'expose avec un courage tranquille qui peut faire notre admiration mais aussi et surtout notre appréhension devant une telle détermination sans frein qui mène au fanatisme religieux. La bienséance est respectée car le héros se conduit en honnête homme soucieux de préserver au moins les apparences. La vraisemblance est parfaite l'affrontement des deux amis correspond à la réalité des sentiment qui peuvent les agiter et qui ont une portée universelle où la science politique de la démocratie y trouve même son compte.

 §3

Le second texte à commenter est extrait de l'acte IV où le protagoniste dans sa prison doit s'opposer à son épouse Pauline puis à Sévère à qui il l'a offerte.

Interloqué par tant d 'aveuglement et en butte à la résolution de Pauline de défendre son époux contre lui qu'elle accuse de vouloir sa perte, Sévère décide de tout mettre en œuvre pour contenter Pauline sans rien sacrifier de son honneur. Dans  la scène 3, Polyeucte vient de souhaiter à Pauline le bonheur de devenir chrétienne en le suivant dans sa conversion. C'est là que le texte se situe.

Une passe d'armes entre les époux(IV,3)

PAULINE.

Quittez cette chimère, et m'aimez.

POLYEUCTE.

C'est peu d'aller au ciel, je vous y veux conduire.

PAULINE.

Imaginations!

POLYEUCTE.

Célestes vérités!

PAULINE.

Étrange aveuglement

POLYEUCTE.

Éternelles clartés!

 

 

PAULINE.

Tu préfères la mort à l'amour de Pauline

POLYEUCTE.

Vous préférez le monde à la bonté divine!

PAULINE.

Va, cruel, va mourir; tu ne m'aimas jamais

POLYEUCTE.

Vivez heureuse au monde, et me laissez en paix.

 

 

 

 

THEMATIQUE DE LA FRAGMENTATON DU MOMENT DU TEXTE

Les deux époux engagent une passe d'armes stichomythique sur la priorité à accorder à l'amour divin sur l'amour terrestre

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Dans les deux premiers vers l'opposition est sur le véritable sens de l'amour

Pour l'une ce qui compte c'est l'amour terrestre

Pour l'autre c'est l'amour divin qui enveloppe toutes les formes d'amour Polyeucte tempère  ce qu'il considère comme un faiblesse pour marquer la priorité absolue de l'amour divin sur l'amour terrestre

.

Le ton résolu de Pauline qui ne veut pas capituler devant ce qu'elle pense être un abus de pouvoir se résume dans le sens fort de chimère (proprement produit de l'imagination) objet du verbe impératif Quittez cette chimère.

L'autre impératif coordonné  devient tendre, et m'aimez.

Polyeucte sensible à l'invitation fait écho

.Je vous aime

C'est ce que le mètre souligne Quittez cette chimère, et m'aimez.

Je vous aime2+4//3+3

La rectification prioritaire s'exprime par un vers exactement balancé dans l'opposition comparative Beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que moi-même.6//6

La syntaxe contribue à souligner l'opposition absolue par celle de l'énoncé et de la détermination

Beaucoup moins /mais bien plus|

 mon Dieu /que moi-même.

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Les deux vers suivants opposent les conséquences

Pour l'une il s'agit d'un abandon pour l'autre d'un aveuglement que veut exprimer la référence à la même valeur, celle de l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre

Les termes employés se proposent de montrer que les deux époux sont incapables de se rejoindre daigner

(proprement juger digne) de ce sacrifice à Dieu s'oppose à la cruauté terrestre de l'abandon

La syntaxe oppose la différence de valeur des impératifs, l'un négatif. et l'autre positif.

C'est ce que souligne aussi la rupture du parallélisme du mètre

PAULINE Au nom de cet amour, ne m'abandonnez pas.6//6

POLYEUCTE. Au nom de cet amour, daignez suivre mes pas.6//2+2+2

 

 

 

Le couple suivant a trait au mobile qui les guide

Pour l'une il s'agit d'une entreprise de séduction pour l'autre d'une rédemption avec la même intention chez Polyeucte de répondre du tac au tac

.

Le terme de séduction est employé en son sens étymologique de (écarter du droit chemin)mais c'est le rythme et la rupture du parallélisme qui joue le rôle essentiel dans l'opposition entre les termes quitter séduire / ciel conduire

avec le même phénomène d'écho

 PAULINE. C'est peu de me quitter, tu veux donc me séduire?6//6

POLYEUCTE. C'est peu d'aller au ciel, je vous y veux conduire.

4+2//6

 

 

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Le couple de vers suivants consiste en une qualification opposée des conduites

Pour l'une  le produit d'une imagination aveugle

pour l'autre d'une vérité transcendante.

Ce sont des exclamations qui servent à exprimer ce qui est au-dessus de toute expression

Le rythme équilibré des hémistiches convient à cette opposition radicale dans les termes où la qualification de folie par Pauline

Imaginations. Étrange aveuglement

devient pour l'adversaire illumination //Célestes vérités!

 Éternelles clartés C'est la plénitude du mètre 6+6qui donne le ton passionné de part et d'autre 

PL Imaginations!

PY Célestes vérités!

PL Étrange aveuglement

PY Éternelles clartés!

 

On voit ici le dialogue de sourds qui s'installe inévitable ment entre les adeptes de croyances différentes concernant ce qui est au-dessus de toute expression et qui justifie les pires violences. Pauline et son époux ne sont pas sur la même longueur d'onde et par conséquent sont incapables de se rejoindre, à moins qu'une conversion opère d'un côté ou de l'autre.

L'avant dernier couple fait état plus justement de préférence

l'une s'étonne qu'on préfère la mort au bonheur de l'amour terrestre, l'autre qu'on préfère le monde au bonheur de la bonté divine

On opposera le tutoiement amoureux de Pauline au vouvoiement détaché de Polyeucte et le parallélisme de l'antithèse de la mort et de  l'amour chez la jeune femme et du monde à la bonté divine chez le jeune homme.

Parallélisme que souligne l'exact balancement du mètre

 Les deux époux continuent à se faire écho

 PAULINE.

Tu préfères la mort à l'amour de Pauline4+2//6

POLYEUCTE.

Vous préférez le monde à la bonté divine4+2//6

 

 

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Le dernier couple consacre une option qui semble définitive

la rupture paraît inexpiable

 

C'est l'effet de termes particulièrement violents sur le mode impératif Pauline traitant son époux de cruel souhaitant le voir

mourir le tout assorti du forclusif tu ne m'aimas jamais au parfait   et d'un vers  très étudié dans le même sens

Va, cruel, va mourir; tu ne m'aimas- jamais.1+2+1+2 // 6

 

et Polyeucte jouant l'indifférence du parfait détachement où le mètre est tout aussi étudié dans ce sens.

. Vivez heureuse au monde, et me laissez en paix.2+2+2//4+2

Nous sommes au sommet de la courbe dramatique où tout devient possible. Le destin des deux époux tient à un fil qui peut se rompre à tout moment à moins d'un coup de théâtre.

.

 

 

         

 §4

Le 3ème texte à commenter est extrait du cinquième acte où l'on voit Félix confier à Albin plutôt réticent qu'il suspecte Sévère de cacher son jeu en intercédant en faveur de son rival. Rien n'y fait, ni les pauvres ruses de Félix ni les supplications ultimes de Pauline n'empêcheront Polyeucte d'être mis à mort par le gouverneur qui toutefois redoute le pire de la part d'une fille qui ne peut se résigner à voir son époux sacrifié. C'est là que se situe le texte (sc5).

Le défi d'une fille à son père sous couvert de religion

PAULINE.

Père barbare, achève, achève ton ouvrage;

Cette seconde hostie est digne de ta rage;

joins ta fille à ton gendre; ose, que tardes-tu? 

Tu vois le même crime, ou la même vertu

Ta barbarie en elle a les mêmes matières

Mon époux en mourant m'a laissé ses lumières;

Son sang, dont tes bourreaux viennent de me couvrir,

M'a dessillés les yeux et me les vient d'ouvrir.

Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée :

De ce bienheureux sang tu me vois baptisée,

Je suis chrétienne enfin, n'est-ce point assez dit?

 

 

Conserve en me perdant ton rang et ton crédit;

Redoute l'empereur, appréhende Sévère :

Si tu ne veux périr, ma perte est nécessaire,

Polyeucte m'appelle à cet heureux trépas;

je vois Néarque et lui qui me tendent les bras.

Mène, mène-moi voir tes dieux que je déteste;

Ils n'en ont brisé qu'un, je briserai le reste;

On m'y verra braver tout ce que vous craignezCes foudres impuissants qu'en leurs mains vous peignez, -

Et saintement rebelle aux lois de ma naissance,

Une fois envers toi manquer d'obéissance.

Ce n'est point ma douleur que par là je fais voir;

C'est la grâce qui parle, et non le désespoir.

 

THEMATIQUE

de la fragmentation

du moment du texte

La mort de Polyeucte incite Pauline à lancer un défi à son père au sujet de la situation nouvelle que va créer sa conversion à la religion de la nouvelle secte chrétienne

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Dans les trois premiers vers le défi est ainsi formulé: Ira-t-il jusqu'au bout de son intransigeance en sacrifiant sa fille à son ambition ?

Pauline se livre à une véritable provocation C'est l'exécration qui va tout dominer

La provocation utilise naturellement l'impératif avec des verbes particulièrement violents achève(répété)Joins/ose l'ironie sarcastique de ton ouvrage de digne et de que tardes-tu? La haine éclate dans Père barbare (mis en apostrophe) hostie (victime) rage et dans un tutoiement qui a perdu toute tendresse pour devenir purement méprisant et agressif

Le rythme est d'abord ample

Père barbare, achève, achève

ton ouvrage;4+2//3+3

Cette seconde hostie est digne de ta rage;6//1+5

 puis haché

Joins ta fille à ton gendre; ose, que tardes-tu?  1+2+3//2+4

La conversion subite de Pauline n'apparaît que dans le terme d'hostie qui conserve le sens religieux du rite catholique. Félix peut encore être interloqué mais l'explication ne va pas tarder

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Et de tu vois le même crime à ouvrir voici l'explication

C'est le rayonnement mystique du martyre de Polyeucte qui est l'œuvre de cette conversion subite

Le ton est celui d'une mystique qui apparaît dans les termes où percent la parfaite communion avec son époux ses lumières son sang le même crime, ou la même vertu les mêmes matières

dans l'emploi du possessif affectueux me mon de la 1ère personne pour désigner l'époux

La communion dans le sort commun qu'il leur réserve se reflète dans la rupture du mètre et la répétition de la similitude du crime et surtout de la haine.

Tu vois le même crime, ou la même vertu2+4//6

Ta barbarie en elle a les mêmes matières4+2+//1+5

L'illumination subite qu'elle méprisait autrefois.

s'oppose à la barbarie du père et de ses bourreaux que flétrit le tutoiement péjoratif

avec l'élargissement de la phrase

Mon époux en mourant m'a laissé ses lumières; 3+3//3+3

Son sang, dont tes bourreaux viennent de me couvrir,2+4//6

M'a dessillés les yeux et me les vient d'ouvrir.4+2//6

pour insister sur le terme très fort de dessiller renforcé par une sorte de pléonasme

 

 

             

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De je vois à me tendent les bras  l'explication est suivie d'un éclaircissement

Pauline s'affirme chrétienne dans une profession de foi qui oblige Félix à prendre position en dépit de tout. Elle veut dicter à son père sa conduite future où il doit sacrifier sa fille à son ambition ;  son vœu le plus cher étant de rejoindre son mari et Néarque dans le martyre.

Le ton reste provocateur.. Le début de la phrase Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée2+2+2//6

 avec l'élargissement de son mètre et la progression dans le sens des verbes utilisés que couronne le terme très fort de désabusé . annonce que la conversion est totale et sans retour. Avec l'inversion du complément d'origine De ce bienheureux sang tu me vois baptisée,6//3+3 et la précision presque superfétatoire qui clôt l'explication Je suis chrétienne enfin, n'est-ce point assez dit?2+4//6 bienheureux et chrétienne occupent une place de choix,. la déclaration se veut définitive.

L'exhortation à son père est sarcastique. L'impératif d'abord où perce un solide mépris renforcé par l'antithèse des termes et la symétrie du mètre

Conserve en me perdant ton rang et ton crédit;3+3//2+4

Redoute l'empereur, appréhende Sévère : 3+3//4+2

Une conditionnelle remplit le même rôle

Si tu ne veux périr, ma perte est nécessaire, 6//2+1+3

Tandis que les deux vers suivants par contraste reviennent au mysticisme qui l'habite où les termes d'appeler et de voir et de tendre expriment l'extase religieuse que souligne le mètre du vers en mettant en relief l'alliance curieuse de mots cet heureux trépas;

 Polyeucte m'appelle à cet heureux trépas;3+3//6

je vois Néarque et lui qui me tendent les bras. 2+2+2//4+2

 

On s'est souvent mépris sur l'intérêt de la pièce qui selon certains commentateurs résiderait aujourd'hui dans son caractère religieux mystique contrairement à l'opinion du XVII et du XVIII siècles où l'on voyait surtout la présentation d'un tableau d'histoire.

C'était sans doute faire bon marché de la dimension épique de la tragédie de cette époque. Car Polyeucte a le rayonnement d'un héros comme le sont les autres protagoniste cornéliens Horace Le Cid Cinna.

Mais ce n'est pas parce que sa seule originalité est de nature religieuse qu'il faut y voir un rayonnement mystique car c'est alors faire bon marché des vrais mobiles qui poussent Pauline à défier son père en se faisant chrétienne.

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De mène, mène-moi à désespoir

elle défie son père d'essayer de la briser.

Elle le provoque en lui dévoilant ses projets au cas où il la forcerait à obéir au culte qu'elle a rejeté définitivement. Elle est prête à tout braver pour satisfaire le Dieu des Chrétiens.

L'impératif est toujours l'instrument de la provocation avec l'usage de la répétition et de la scansion, du vers

Mène, mène-moi voir tes dieux que je déteste; 2+3+1//2+4

. La phrase se continue avec une protase qui faisant contraste avec l'apodose oppose la futilité des dieux romains et la grandeur de la cause qu'elle a embrassée

On m'y verra

braver

 tout ce que vous craignez,

Ces foudres' impuissants

qu'en leurs mains vous peignez, -

 Et saintement rebelle aux lois de ma naissance,

Une fois envers toi manquer d'obéissance

Le tutoiement ne désarme pas et le terme qui désigne les dieux méprisés Ces foudres' impuissants s'oppose à la formule où l'alliance de mots saintement rebelle est bien trouvée

Ce serait donc une erreur de méconnaître en faveur d'une mystique religieuse, le côté humain que Corneille n'a pas manqué de présenter Sans doute Polyeucte est il un saint marqué par la grâce divine mais son rayonnement mystique ne doit pas être exagéré car Pauline obéit à la haine sous couvert d'une religion qui ne change fondamentalement rien dans la nature humaine. Sans méconnaître les dangers potentiels d'un risque de fanatisme, le mobile qui l'inspire n'a pas la pureté et la générosité de la grâce divine qui habite Polyeucte

 

 

 

 

 

 

Une précision s'impose à son esprit pour éviter tout malentendu

Erreur de croire qu'elle agit ainsi par désespoir La grâce divine seule agit en elle.

La dénégation s'oppose résolument à la correction comme le mètre des deux vers

Ce n'est point ma douleur que par là je fais voir;3+3//6

C'est la grâce qui parle, et non le désespoir.1+3+2//6

 

Cette correction confirme les doutes qu'on peut avoir sur la sincérité de la conversion

 

 

 §5

Ce dernier texte est extrait aussi de l'acte V. Polyeucte mort continue à agir sur un Sévère qui, mortifié d'avoir été suspecté des plus noirs desseins sur son rival, se déchaîne contre un Félix qui n'en peut mais et ne trouve d'autre moyen que de se réfugier dans la religion de la nouvelle secte. C'est alors que Sévère interloqué doit intervenir pour arbitrer une situation inattendue.

L'arbitrage de Sévère.

                       

 

Qui ne serait touché d'un si tendre spectacle ?

De pareils changements ne vont point sans miracle.

Sans doute vos chrétiens*, qu'on persécute en vain,

Ont quelque chose en eux qui surpasse l'humain

Ils mènent une vie avec tant d'innocence

Que le ciel leur en doit quelque reconnaissance

Se relever plus forts, plus, ils sont abattus,

N'est pas aussi l'effet des communes vertus.

Je les aimai toujours, quoi qu'on m'en ait pu dire;

Je n'en vois point mourir que mon cœur n'en soupire;

Et peut-être qu'un jour je les connaîtrais mieux.

J'approuve cependant que chacun  ait ses dieux,

Qu'il les serve à sa mode et sans peur de la peine.

Si vous êtes chrétien ne craignez plus ma haine;

Je les aime, Félix, et de leur protecteur

je n'en veux pas sur vous faire un persécuteur.

Gardez votre pouvoir, reprenez-en la marque;

Servez bien votre Dieu, servez notre monarque

Je perdrai mon crédit envers Sa Majesté,

Ou vous verrez finir cette sévérité :

Par cette injuste haine il se fait trop d'outrage".

 

*Ne pas confondre chrétien (disciple du Christ) et catholique(proprement universel). Ce dernier terme étant largement abusif pour désigner le dogme d'une religion qui ne peut prétendre à l'universalité que seule une scientificité universitaire peut atteindre d'une façon exclusivement pragmatique (proprement par l'expérience de l'action).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En voici le commentaire rédigé.

 

Sévère va relever le défi par un arbitrage qui concerne les Chrétiens en général et aussi Félix qui s'est dangereusement compromis. On examinera dans ce texte si l'auteur a su tempérer le fanatisme religieux que les exploits d'un héros mystique n'ont pas manqué d'engendrer, avec l'intervention salutaire de Sévère qu'on a considéré trop souvent comme le parfait amant sorti tout droit des salons précieux de l'époque. A-il su exploiter le puissant ressort de l'émotion tragique qui doit être forte, reposant sur la terreur et la pitié mais sans être trop violente au point de devenir une douleur ? A-t-il su respecter dans une période historique troublée, sans trop se compromettre, une certaine bienséance qui va jusqu'à s'efforcer de ne pas choquer les mœurs du contemporain de l'auteur : son idéal philosophique, moral, religieux, l'idéal mondain de l'honnête homme?

 

 Jusqu'à connaîtrais mieux, Sévère précise d'abord en quoi son opinion personnelle se trouve impliquée par une conviction intime ; il résume le sentiment général vis-à-vis des Chrétiens sur un ton méditatif Qui ne serait touché d'un si tendre spectacle ?6//6 De pareils changements ne vont point sans miracle 6//6. Lui-même a toujours éprouvé quelque sympathie pour les Chrétiens au point de souffrir de leur mort et d'être même attiré par leur foi. Le parfait du verbe aimer s'oppose à la restriction de la rumeur contraire Je les aimai toujours, quoi qu'on m'en ait pu dire ; l'éloquence du rythme est savamment calculée pour exprimer la compassion pour les martyrs avec une rime léonine mourir /soupire Je n'en vois point mourir que mon cœur n'en soupire;4+2//3+3. La précaution oratoire de sa confession au conditionnel avec un mètre équilibré donne un ton pathétique au discours. Et peut-être qu'un jour je les connaîtrais mieux.6//6. Il n'y a aucun doute que l'auteur était au fait de l'impopularité des persécutions de l'empereur Décius pour faire tenir à Sévère, son favori, de tels propos qui autrement paraîtraient invraisemblables

                        Jusqu'à persécuteur, Sévère en arrive à la prise de position requise de la part d'un ambassadeur. Dans la conjoncture, il fait preuve d'une grande longanimité en matière de tolérance et promet à Félix d'intervenir en sa faveur auprès de l'empereur. La phrase est digne grâce au chiasme rythmique

 J'approuve cependant que chacun ait ses dieux,6//4+2

Qu'il les serve à sa mode et sans peur de la peine. 3+3//6

Le ton devient curieusement affectueux lorsqu'il s'adresse à Félix : la condition conjoncturelle est assortie d'un impératif résolu qui proscrit toute haine. Le mètre est exactement équilibré. Si vous êtes chrétien ne craignez plus ma haine;4+2//4+2

La confirmation emphatique doublée d'une apostrophe amicale en est la garantie Je les aime, Félix. Et l'inversion en contre rejet est frappante qui prépare l'antithèse protecteur/ persécuteur.

Et de leur protecteur je n'en veux pas sur vous faire un persécuteur. Corneille en 1643 se souvenait du massacre de la St Barthélemy fomenté en 1572 par les Catholiques où 3000 Huguenots (Protestants ) périrent à Paris et surtout était le témoin d'une guerre de 30 ans (1618–48) où des nations variées luttaient pour des raisons variées à la fois religieuses territoriales et commerciales. Ses campagnes destructives couvraient la majeure partie de l'Europe dont la carte à la fin de la guerre fut radicalement changée. La guerre commença officiellement quand le futur empereur du Saint Empire germanique Ferdinand II, tenta en tant que roi de Bohème, d'imposer l'absolutisme catholique romain sur son domaine et que les Nobles protestants de Bohème et d'Autriche se dressèrent contre son entreprise.

 

 

 

Curieusement Sévère par le truchement de l'auteur développe une science politique hors du commun pour l'époque et prépare ainsi l'avènement de la démocratie et de la laïcité de l'Etat sans laquelle il n'y a pas de paix sociale possible. Encore une preuve que la science politique de la démocratie ne jaillit pas spontanément au cours d'une révolution comme Minerve du cerveau de Jupiter, mais au contraire peut germer au cours des siècles dans les régimes les plus divers. Sévère toutefois fait preuve d'une certaine naïveté lorsqu'il croit pouvoir établir une tolérance religieuse en conservant une religion d'Etat.

Et voici les mesures qu'il préconise et qu'il promet de mettre en œuvre. Il rétablit Félix dans sa charge de gouverneur sans aucune acception de religion. Il se fait fort d'obtenir tout cela de l'empereur avec un certain machiavélisme puisqu'il touchera la corde sensible de sa vanité de souverain. Le ton est majestueux grâce à des impératifs et à des termes soigneusement choisis dans ce sens pouvoir, marque, crédit, Sa Majesté, outrage et l'emploi d'un futur emphatique opposé au présent intemporel d'un verbe déponent. Le rythme est aussi soigneusement calculé pour donner une impression de gravité avec la pause que crée la plénitude de certains hémistiches

 Gardez votre pouvoir, reprenez-en la marque; 2+4//4+2

Servez bien votre Dieu, servez notre monarque3+3//2+4

Je perdrai mon crédit envers Sa Majesté,3+3//6

Ou vous verrez finir cette sévérité :4+2//6

Par cette injuste haine il se fait trop d'outrage.6//3+3

Quant au personnage de Sévère, il ignore la grâce, même s'il est attiré par la nouvelle religion. Il est même difficile de démêler ce qui le fait agir. Est ce l'amour et la science du pouvoir ou tout simplement l'espoir de retrouver l'amour de Pauline qu'il n'a pas cessé d'aimer? Va je ne te hais point pourrait lui dire un jour Pauline comme Chimène à Rodrigue

On pourrait même aller plus loin. Ne fait-il pas d'une pierre deux coups car il réussit ainsi à montrer qu'on peut être croyant tout en se gardant de tout fanatisme que des zélateurs extrémistes peuvent malheureusement engendrer? Il suffit pour cela de raison garder pour un jugement sain, débarrassé de tout dogmatisme qui exclut toute optimisation du régime par le peuple que seule une démocratie digne de ce nom peut permettre. C'est une affaire d'opportunité : on n'est pas en tant que citoyen ce qu'on est au temple.

 

On aurait tort de croire que le personnage de Sévère apparaisse comme le personnage falot nécessité par le dénouement. Il est au contraire particulièrement attachant, capable de négocier calmement et humainement une situation particulièrement tragique et d'annoncer l'avènement d'une période meilleure après des évènements qui risquaient de détruire toute civilisation. On comprend qu'il ait pu gagner la sympathie des spectateurs du XVIIIème siècle épris de tolérance et d'humanisme. Sa dignité d'ambassadeur est mise en valeur par une utilisation de l'alexandrin qui dénote une parfaite maîtrise de l'art de l'auteur. Rien ne justifie des commentaires du genre "Pauline est touchée par la grâce qui rend Félix incapable de se défendre et qui frappe Sévère renonçant à toute vengeance"(in L'œuvre de Corneille p. 57 chez Hachette 1955)

 

Capturé par MemoWeb à partir de http://pagesperso-orange.fr/paul.martin/polyeucte.htm  le 12/08/2008