misanthrope

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§1 §2 §3 §4

§1 Le genre classique  de la représentation théâtrale sur un registre comique distingue un autre type : la comédie de mœurs. Comme exemples de commentaire de texte le concernant, on choisira des textes extraits de la pièce de Molière Le Misanthrope. Cette pièce constitue un modèle du genre classique où la règle des trois unités de lieu de temps et d'action est scrupuleusement respectée. On commencera par une mise en place des textes à commenter par rapport à la fondation unitaire du genre. Celle-ci étant la représentation du protagonisme de la passion des valeurs chez un personnage face à l’antagonisme de la passion des valeurs chez d'autres personnages, dans une situation de crise, mais sur un registre comique que Molière considère comme "une étrange entreprise", celle de faire rire les  braves gens. Comme on a besoin d'intermédiaires structurels, il s'agit d'une fondation unitaire médiate.

Le commentaire proprement dit consistera à déterminer la thématique de la fragmentation du moment du texte pour examiner la manière dont l'auteur a su traduire les intentions expressives constitutives de la schématique du moment sur un registre comique : peindre les mœurs de l'époque, c'est à dire les habitudes ainsi créées en soulignant le ridicule des personnages plus ou moins influencés par la mode de l'époque, en fonction des caractères.

Dans cette pièce, Molière représente le protagonisme de la passion des valeurs de la sincérité chez un personnage nommé Alceste face à l'antagonisme de la passion de valeurs opposées chez d'autres personnages, à partir du moment où Alceste demande à Célimène de se prononcer ou non en sa faveur, jusqu'au moment où il obtient une réponse. La scène est à Paris en 1666 dans le cadre suivant des relations amoureuses.  

 

 

COMMENTAIRE D'UN PREMIER TEXTE

MISE EN PLACE

Le premier texte est extrait de l'acte I où le protagoniste, refusant toute compromission est en passe de perdre un procès en dépit de son droit ; il se heurte à la passion des valeurs de la vanité d'auteur chez le courtisan Oronte qui lui propose son amitié. Alceste essaie de se dérober en arguant que l'amitié exige beaucoup de circonspection et de mieux se connaître . C'est ici que se situe le texte à commenter (Acte I sc.2)

 

Donnant donnant.

ORONTE

Parbleu! c'est là-dessus parler en homme sage,

Et je vous en estime encore davantage.

Souffrons donc que le temps forme des nœuds si doux

Mais cependant je m'offre entièrement à vous.

S'il faut faire à la cour pour vous quelque ouverture,

On sait qu'auprès du roi je fais quelque figure

Il m'écoute, et dans tout il en use, ma foi,

Le plus honnêtement du monde avecque moi.

Enfin je suis à vous de toutes les manières;

Et, comme votre esprit a de grandes lumières,

Je viens, pour commencer entre nous ce beau nœud,

Vous montrer un sonnet que j'ai fait depuis peu,

Et savoir s'il est bon qu'au public je l'expose

ALCESTE

Monsieur, je suis mal propre à décider la chose,

Veuillez m'en dispenser,

 ORONTE

 Pourquoi?

 ALCESTE

 J'ai le défaut

D'être un peu plus sincère en cela qu'il ne faut.

 ORONTE

 C'est ce que je demande, et j'aurais lieu de plainte

Si, m'exposant à vous pour me parler' sans

feinte,

Vous alliez me trahir et me déguiser rien.

ALCESTE

Puisqu'il vous plait ainsi, monsieur, je le veux bien.

 

THEMATIQUE

de la fragmentation du moment du texte

Pour sceller une telle amitié, Oronte demande à Alceste, en dépit de sa réticence, de lui dire franchement ce qu'il pense du sonnet qu'il vient de composer

Schématiquedu Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspond.

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De enfin je suis

à l'expose

Sous prétexte de mettre à l'épreuve une amitié toute nouvelle, il en vient à ce qui le préoccupe au plus haut degré concernant la publication d'un sonnet de sa composition : il veut avoir l'avis autorisé d'Alceste.

Le ton est insinuant et flatteur d'une habileté consommée.

Il s'agit d'un véritable chantage déguisé Le balancement est calculé exactement donnant donnant .Si je suis à vous de toutes les manières et puisque je reconnais que votre esprit a de grandes lumières

et qu'entre nous existe ce beau nœud, la conclusion va de soi : vous devez accepter de me rendre ce service ; que grâce à votre autorité je puisse l'exposer au public avec quelque chance de succès :

la phrase est de construction savanteune période conclusiveEnfin je suis à vous de toutes les manières;(4+2//6)Une autre période où la protase est brève avec la mise en relief des grandes lumières d'une intelligence exceptionnelleEt, comme votre esprit a de grandes lumières, ;(6//1+5)La protase brève sur un ton bien senti prépare l'importance de l'apodose où la proposition s'exprime sur un rythme binaire où l'interrogation indirecte glisse le service attendu .Je viens, pour commencer entre nous ce beau nœud, ;(2+4//3+3) Vous montrer un sonnet que j'ai fait depuis peu, ;(3+3//6)Et savoir s'il est bon qu'au public je l'expose. (3+3//3+3)Le mètre accuse l'effet avec le martèlement qu'autorise la scansion du dernier vers préparée par les ruptures syncopées des précédents

 

 

Ceci montre bien en quoi consiste le carriérisme :profiter du pouvoir pour obtenir des faveurs qui relèvent du mérite personnel. Oronte ne peut prétendre à la qualité de l'art littéraire alors que manifestement il n'a pas forcément le talent nécessaire et surtout incapable d'y consacrer le temps qu'il faut. Et pourtant il y aspire par le biais de la mondanité. J'ai le défaut

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De Pourquoi à déguiser rien

Oronte veut une explication pour se prononcer sur sa légitimité.

.

Alceste l'avertit de son penchant à trop de sincérité et du risque qu'il prend.

 

Oronte saisit la balle au bond en répondant que c'est précisément ce qu'il recherche en lui : une autorité

incontestable.

Tout est affaire d'intonation. Le pourquoi peut manifester aussi bien la surprise que l'indignation de quelqu'un qui ne peut souffrir qu'on se dérobe à une telle offre

le contre- rejet insiste sur le danger

et l'importance rythmique du groupe attributif sur la nature du danger

J'ai le défaut

D'être un peu plus sincère en cela qu'il ne faut(1+5//3+3). .

On notera la litote un peu plus sincère où se trahit la bienséance à laquelle le personnage ne peut échapper.La réponse d'Oronte est disposée pour un discours avec un rythme savamment étudié.

C'est ce que je demande, et j'aurais lieu de plainte (6//4+2)

Si, m'exposant à vous pour me parler sans feinte, (4+2//4+2

Vous alliez me trahir et me déguiser rien. (6//6)

L'insistance est manifeste dans l'emploi de termes tels que plainte /m'exposant à vous/ parler sans feinte/ me trahir / me déguiser rien.L'utilisation de la formule d'insistance C'est ce que et du conditionnel d'irréalité j'aurais lieude joue la carte de la sincérité.

 

 

             

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Alceste ne peut plus tergiverser

Il relève le défi avec tous les risques que cela comporte pour lui

Le mètre donne le ton faussement poli avec le contraste entre la plénitude du premier hémistiche et le rythme volontairement haché du second où abondent les monosyllabiques.

Puisqu'il vous plait ainsi, monsieur, je le veux bien.(6//2+4)

Ainsi et monsieur se trouvent chargés d'un sens plein de menace contenue

Le comique est sécrété par la conviction du spectateur qu'on a toujours affaire à l'incorrigible Alceste qui, non content d'avoir déjà une fâcheuse affaire sur les bras, est prêt à se jeter dans une nouvelle aventure pleine de traquenards.

 

 INTRODUCTION Dans ce texte, on représente Alceste aux prises avec Oronte le courtisan favori du Roi dont le pouvoir est incontestable. Ce dernier lui demandant son avis sur la question de la qualité artistique qu'on peut attribuer à un sonnet de sa composition. Molière a-t-il réussi à peindre les mœurs de l'époque dans le cadre des salons où s'affrontaient les membres de le bonne société sur des sujets aussi futiles que la composition d'un sonnet.? Le ridicule des mœurs est-il source d'un comique qui apporte le plaisir d'un enseignement dans la connaissance de l'âme humaine et de l'époque concernée ?

 

CONCLUSION

Les deux personnages sont magistralement peints, lorsqu'ils s'opposent : l'un épris de sincérité et l'autre de notoriété acquise par de basses intrigues de cour. La réticence d'Alceste n'empêchera pas le conflit qui est inévitable puisque le misanthrope reste incorrigible et fait passer les exigences de la vérité avant ses intérêts. Le comique des mœurs est assorti d'une parfaite connaissance des travers que l'époque a sécrétés, sans toutefois perdre en modernité dans les effets du carriérismes sur les satisfactions de la vanité humaine en général.

§2 COMMENTAIRE DU SECOND TEXTE

Ce texte est extrait de l'acte III où le Misanthrope va se heurter à la rivalité des autres prétendants et aussi à la malveillance d'une fausse prude qui espère supplanter Célimène dans son cœur en la calomniant. Le petit marquis Clitandre ouvre la scène 1 en attaquant bille en tête : sous prétexte de féliciter son ami Acaste de sa bonne mine et de la satisfaction qu'il affiche, il se propose de miner la confiance du rival pour mieux triompher de lui. Voici la réponse d'Acaste qui dépourvu de toute finesse se méprend sur les véritables intentions de son acolyte.

Un homme parfaitement satisfait de lui-même(Acte III, sc1)

ACASTE

 Parbleu! je ne vois pas, lorsque je m'examine,

Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine.

J'ai du bien, je suis jeune, et sors d'une maison

Qui se peut dire noble avec quelque raison;

Et je crois, par le rang que me donne ma race,

Qu'il est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe.

Pour le cœur dont surtout nous devons faire cas,

On sait, sans vanité, que je n'en manque pas,

Et l'on m'a vu pousser dans le monde une affaire

D'une assez vigoureuse et gaillarde manière.

 

Pour de l'esprit, j'en ai sans doute, et du bon goût

A juger sans étude et raisonner de tout,

A faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre,

Figure de savant sur les bancs du théâtre,

Y décider en chef, et faire du fracas

A tous les beaux endroits qui méritent des Ah!

Je suis assez adroit, j'ai bon air, bonne mine,

Les dents belles surtout, et la taille fort fine.

Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter,

Qu'on serait mal venu de me le disputer.

Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être,

Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du maître.

Je crois qu'avec cela, mon cher marquis, je croi

Qu'on peut, par tout pays, être content de soi.

 

 

 

 

 

 

 

THEMATIQUE

de la fragmentation du moment du texte

Acaste prend prétexte de l'interpellation que semble lui adresser son compère Clitandre pour exprimer toute la satisfaction qu'il éprouve vis à vis de lui-même.

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Dans les deux premiers vers,

il répond à la question abruptement posée sur l'état de son humeur

Manifestement , il ne s'aperçoit pas des intentions malignes de son acolyte et prend au premier degré

l'allusion pourtant perfide

à ses espoirs amoureux contenue dans sans t'éblouir les yeux

Le ton est d'emblée suffisamment assuré pour qu'on voie la fatuité du personnage que rien ne semble pouvoir entamer. Cela est le résultat de l'invocation divine atténuée du Parbleu ; de la prétention à un examen de conscience dont il est incapable ; de la négation absolue de toute velléité d'une opinion contraire qui lui prêterait une âme chagrine (encline à la mauvaise humeur).

Le rythme est étudié en conséquence. La pompe des deux hémistiches équilibrés pour exprimer la vanité la plus éclatante possible et le ton pincé que manifeste le rythme syncopé du second vers

Parbleu! je ne vois pas, lorsque je m'examine,(6//6)

Où prendre aucun sujet d'avoir l'âme chagrine.(2+4//2+4)

Il s'agit d'un personnage falot tout prêt à prendre des vessies pour des lanternes; parfaitement insignifiant, dépourvu complètement d'esprit de finesse. On sent que l'auteur se déchaîne contre ce qu'il méprise franchement

 

   

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspon

dante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De j'ai du bien à que je ne sois en passe

Il ne reste plus qu'à développer les motifs de satisfaction en particulier, celui qui a trait à ses origines

Il a tout lieu d'en être satisfait

Le bien, la jeunesse, la maison, la noblesse, le rangla race, tels sont les éléments d'une condition hors de pair. La suffisance s'affiche avec l'abus des pronoms personnels et du possessif de la première personne, la fausse modestie du se peut dire Je crois et de quelque raison . Deux indépendantes courtes en asyndète et une principale coordonnée pourvue d'une relative longue pour qualifier la maison (façon de désigner la famille avec une nuance aristocratique) et un rythme étudié pour accentuer l'effet et mettre en relief l'attribut noble

J'ai du bien, je suis jeune, et sors d'une maison (4+2//2+4)

Qui se peut dire noble avec quelque raison (5+1//6) L'emploi de l'inversion pour mettre en relief la force de l'apodose et de l'image empruntée au jeu de mail exprimant les espoirs de carrière que tout cela suppose

Où le rythme du vers joue un rôle déterminant mais aussi l'hyperbole de la négation subjonctive de la relative impersonnelle ayant pour antécédent un superlatif.

Et je crois, par le rang que me donne ma race, (3+3//4+2/)

Qu'il est fort peu d'emplois dont je ne sois en passe(2+5//4+2)

 

 

Le racisme ordinaire apparaît avec la suffisance du petit marquis mais il n'est pas réservé à la noblesse : souvenons-nous du souriceau de La Fontaine se vantant d'appartenir à la gent de Messieurs les Rats.( cf le cochet le chat et le souriceau)

Certaines firmes en particulier d'édition voudraient ressusciter l'aristocratie de la Maison pour leur plus grand profit

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De Pour le cœur à gaillarde manière

Il passe maintenant au chapitre du cœur (du courage au sens de l'époque)

Il ne doute pas un seul instant qu' il n'ait lieu d'être autant satisfait. Avec un exemple bien senti

pour le prouver

Le ton reste toujours suffisant la fatuité éclate lorsqu'il affiche une vertu à toute épreuve avec une fausse modestie désarmante Homme de devoir (nous devons faire cas), et une opinion fortement établie en sa faveur(On sait) que manifeste une hyperbole négative (je n'en manque pas)

Le rythme des vers oppose la componction du devoir et la force du cas à l 'assurance du personnage

Pour le cœur dont surtout nous devons faire cas, (3+3/5+1)

On sait, sans vanité, que je n'en manque pas, (2+4//6)

L'exemple reste dans le vague d'une affaire avec l'emploi d'indéfinis; les termes de pousser et de vigoureuse et gaillarde manière ont pour lui seuls une importance de faire valoir avec l'emploi du superlatif assez qui se veut modeste

Au déséquilibre du rythme de mette en relief l'énergie du valeureux personnage

Et l'on m'a vu pousser dans le monde une affaire(2+4//3+3)

D'une assez vigoureuse et gaillarde manière. (6/6)

 

 

 

.

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspon

dante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De pour de l'esprit à

méritent des Ah

on en arrive à l'esprit

Alors que les origines et le courage occupent quatre vers , l'esprit va occuper six vers : c'est dire l'importance qu'il attache à ce chapitre

Il veut passer avant tout pour un bel esprit

La suffisance du personnage éclate lorsqu'il prend pour de l'esprit ce qui n'est que conformisme et pure vanité. Il juge sans étude et raisonne de tout il fait partie de ces gens ont la candeur de croire qu'il suffit d'appartenir au monde des beaux esprits pour pouvoir être classé parmi les esprits cultivés. C'est ce que rend parfaitement le contraste entre les termes d'esprit et de bon goût et les expressions qui en expriment le manque juger sans étude / idolâtre de nouveautés,/ faire figure de savant(au sens de connaisseur) sur les bancs du théâtre,/Y décider en chef, et faire du fracas aux endroits qui méritent des Ah!

Une seule phrase construite pour élargir par rapport à la protase où s'affiche la fatuité de l'homme qui se prend pour un esprit supérieur avec une inversion initiale et un rythme soutenu

Pour de l'esprit, j'en ai sans doute, et du bon goût (4+2/2+4)

une apodose de rythme ternaire d'une belle envolée rythmique où triomphe la variété primesautière avec une clausule monosyllabique tout à fait inattendue qui sonne comme un couac.

A juger sans étude et raisonner de tout,(3+3//6)

A faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre, (2+4//3+3)

Figure de savant sur les bancs du théâtre, (6//6)

Y décider en chef, et faire du fracas(4+2//3+3)

A tous les beaux endroits qui méritent des Ah (6//4+2)

Molière veut juger un type de caractère assez répandu qu'on pourrait qualifier d'insignifiant en ce sens qu'il est prêt à suivre n'importe quel modèle pourvu qu'il en tire matière à vanité. Figaro au siècle suivant osera dire qu'ils savent tout sans avoir jamais rien appris en condamnant ainsi une classe sociale qui avait la prétention de dominer la société sans faire preuve du moindre mérite, se donnant seulement la peine de naître. La bourgeoisie naissait en tant que classe sociale.

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De Je suis assez adroit

A auprès du maître

de l'esprit c'est bien mais plaire est aussi important pour un petit marquis : six vers ne seront pas superflus

Sur ce nouveau chapitre , on se doute qu'il ne peut être inférieur, aussi bien sur le plan physique que sur le plan de l'entregent

Je suis assez adroit, j'ai bon air, bonne mine,(2+4//3+3)

Les dents belles surtout, et la taille fort fine. (6//6)

Voici deux vers qui resteront dans la mémoire de ceux qui sont agacés par le genre du personnage. Ils ont une valeur gnomique par la progression saisissante de l'accumulation par rapport à la simplicité feinte initiale, assortie d'une asyndète et de superlatifs assez surtout fort que complète la répétition de l'épithète bon

Dans le couplet suivant on remarque, annoncée par le complément initial, la construction complétive où je crois ponctué d'un complément causal exclusif sans me flatter, exprime la fausse modestie et le conditionnel une irréalité évidente que le changement de rythme renforce.

Quant à se mettre bien, je crois, sans me flatter, (6//4+2)

Qu'on serait mal venu de me le disputer. (6//6)

Les vers suivants au rythme exactement équilibré veulent clore l'argument comme quelque chose allant de soi où se mêlent conquête féminine et politique

Je me vois dans l'estime autant qu'on y puisse être, . (3+3//6)

Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du maître. . (3+3//6)

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspon

dante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Avec les deux derniers vers, Acaste veut conclure dignement son beau discours

Il élargit le débat à l'univers entier

La construction de la phrase est particulièrement soignée. Elle veut exprimer la fausse modestie du personnage soucieux avant tout de sauver les formes;avec la répétition avantageuse de je crois la politesse affectée de mon cher marquis

et la fatuité conséquente que signale l'emploi recherché de cela.

Le rythme équilibré du dernier vers contraste avec le chiasme du premier

Je crois qu'avec cela, mon cher marquis, je croi(2+4//4+2)

Qu'on peut, par tout pays, être content de soi. (2+4//2+4)

 

 

Acaste veut montrer qu'il n'ignore rien de l' école moderne cartésienne et sait construire un discours.

Mais cela n'empêche pas qu'il s'oppose à l'honnête homme qui est comme il faut, c.à.d. distingué sous le rapport des manières et des agréments de l'esprit, sans excès d'aucune sorte

Le comique est le résultat de la peinture caricaturale du fat mais celle-ci n'est pas gratuite On comprend mieux l'agacement que peut éprouver Alceste devant Acaste et qu'il ne peut pas craindre réellement un tel rival. Si celui-ci amuse Célimène comme il amuse le spectateur, la jeune femme est trop intelligente pour ne pas le juger à sa juste valeur.

Il serait difficile de ne pas voir ici en outre que Molière règle ses comptes avec ces petits marquis qui ont cherché à lui faire du mal .en profitant de la naïveté de sa jeune épouse et en essayant de lui faire du tort sur le plan artistique.

 

NB je croi licence orthographique permise à l'époque.

 

 

§3 COMMENTAIRE DU TROISIEME TEXTE

Ce texte est aussi extrait du troisième acte, Célimène s'est étonnée de voir encore ses deux soupirants dans son salon, lorsqu'elle apprend qu'Arsinoé vient la voir. Elle a le temps de confier aux marquis le peu de sympathie que lui inspire la visiteuse que visiblement elle hait. Arsinoé attaque bille en tête, refusant de s'asseoir, avec une objurgation bien sentie. Célimène ne s'en laisse pas conter. Prenant la balle au rebond, elle la renvoie, saisissant l'occasion que lui offre sa rivale en prétendant qu'elle est seulement inspirée par le souci d'un avis profitable : elle la remercie et aussitôt sous prétexte de lui rendre le même service, elle lui rive son clou en lui servant des vérités touchant la fausse prude. Mais il reste un contentieux, car Arsinoè a été assez perfide pour affirmer qu'elle a eu le courage de prendre sa défense en dépit de la difficulté. Va-t-elle en rester là ? C'est ici que se situe le texte à commenter (AIII,sc4).

 Coup pour coup

CELIMENE Pour moi, contre chacun je pris votre défense,

Et leur assurai fort que c'était médisance;

Mais tous les sentiments combattirent le mien,

Et leur conclusion fut que vous feriez bien

De prendre moins de soins des actions des autres

Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres;

Qu'on doit se regarder  soi-même un fort long temps

 

Avant que de songer à condamner les gens;

Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire

Dans les corrections qu'aux autres on veut faire,

Et qu'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin,

A ceux à qui le Ciel en a commis le soin.

 

.Madame, je vous croie aussi trop raisonnable

Pour ne pas prendre bien cet avis favorable

Et pour l'attribuer qu'aux mouvements

D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts

 ARSINOE

A quoi qu'en reprenant, on soit assujetti,

Je ne m'attendais pas à cette répartie,

Madame, et je vois bien, par ce qu'elle a d'aigreur,

Que mon sincère avis vous a blessée au cœur

 

 

.

 

 

THEMATIQUE

de la fragmentation du moment du texte

Célimène doit abattre un adversaire coriace, une Arsinoè déchaînée contre elle, qui n'hésite pas à employer les armes les plus perfides de la culpabilisation avec l'hypocrisie de la fausse prude.

Schématique du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Il s'agit de trouver l'arme qui convient

Elle choisit de feindre de traiter l'adversaire en amie comme sait le faire Arsinoé dont elle dit vouloir ainsi le bien. on s'attend à quelque perfide de sa part

On notera dans le mètre du vers, l'emploi d'hémistiches pleins pour exprimer l'intention  louable qui préparet la feinte d'une amitié

Pour moi, contre chacun je pris votre défense,6//2+4

Et leur assurai fort que c'était médisance6//3+3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

 

Célimène va river son clou à Arsinoè La conclusion n'est par très flatteuse vis-à vis de sa cousine .Ne peut-on y voir une allusion déguisée à la tartufferie d'Arsinoé qui se prend pour un directeur de conscience sans en avoir vraiment la qualité nécessaire usurpant un rôle déjà bien occupé par une institution?

La phrase d'une belle envolée avec une accumulation rythmique de complétives devient une sorte de catharsis où Célimène  soulage sa bile

 Et leur conclusion fut

·        que vous feriez bien

De prendre moins de soins des actions des autres

Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres;

·        Qu'on doit se regarder soi-même un fort long temps

Avant que de songer à condamner les gens;

·        Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire

Dans les corrections qu'aux autres on

veut faire

·        Et qu'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin

A ceux à qui le Ciel en a commis le soin.

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

 

 

Dans les deux derniers vers, on hésite toutefois à prendre au premier degré le conseil perfide de Célimène de faire confiance à la prêtrise pour corriger les faiblesses de la nature humaine L'expression au besoin est suspecte car elle sous entend qu'on peut aussi s'en passer

. .Si l'on penche pour l'allusion, c'est qu'on peut mettre en doute la sincérité d'un auteur vantant les qualités d'un confesseur d'une Eglise qui est rien moins que tendre à son endroit. Il est excommunié en tant que comédien, il est en butte pour l'instant aux persécutions du parti des dévots défenseurs de la Compagnie du Saint sacrement qui a obtenu du Roi une interdiction de représenter Tartuffe, œuvre qu'il considère comme majeure. Il s'y attaque en effet à la Compagnie qui fait des ravages dans les familles sous prétexte d'édification religieuse. N'est-ce pas la seule façon de triompher de la censure royale et de satisfaire ainsi sa hargne à peu de frais?

   

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De Madame à blessée au cœur

Célimène doit frapper un grand coup

Elle choisit à nouveau de feindre de traiter l'adversaire en amie dont elle dit vouloir ainsi le bien pour ne pas être en reste. Qui aime bien châtie bien : proverbe commode pour justifier les pires vilenies.

 

Les termes sont employés par antiphrase pour faire croire à de bonnes intentions sur le ton de la flatterie exagérée à dessein trop raisonnable/ cet avis favorable/ mouvements /zèle/ m'attache à tous vos intérêts

La construction de la phrase et le rythme du vers contribuent à cet effet à partir d'une apostrophe trop appuyée Madame, une période binaire du complément de finalité et un énoncé trop exclusif pour ne pas être suspect.

Madame, je vous crois aussi trop raisonnable(3+3//6)

Pour ne pas prendre bien cet avis favorable(6//6)

Et pour l'attribuer qu'aux mouvements(6//6)

D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts(3+3//6)

On notera la plénitude des hémistiches qui font contraste avec le rythme coupé des hémistiches qui les encadrent pour mettre en relief l'apostrophe du début et l'enjambement de la fin D'un zèle

 

 

  

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

EXPRESSION DU SENS .

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Arsinoé trouve le moyen de trouver encore la répartie qui va faire mouche

Arsinoé n'est pas dupe et non plus désarçonnée ; plutôt admirative.

Elle se dit satisfaite du résultat obtenu Elle a atteint son but : blesser l'adversaire tout en convenant que celui-ci était de taille à se défendre hardiment.

La surprise admirative précède la perfidie Malgré toute son expérience, elle n'avait pas prévu cette attaque Je ne m'attendais pas à cette répartie

L'apostrophe Madame montre qu'elle est capable de se reprendre Le ton redevient mauvais La lucidité de je vois bien concernant la profondeur des blessures ainsi infligées l'aigreur /vous a blessée au cœur dans une complétive où le rythme oppose perfidement le ton de la bonne compagnie mon sincère avis à la satisfaction sadique de blessée au cœur et de par ce qu'elle a d'aigreur, qui remuent le couteau dans la plaie.

 

Madame, et je vois bien, par ce qu'elle a d'aigreur, (2+4//4+2)

Que mon sincère avis vous a blessée au cœur(6//4+2)

On est amusé par cette querelle entre deux femmes qui ne s'aiment pas et que tout oppose ; mais la comédie y gagne surtout car on s'aperçoit que la motivation profonde de cette querelle est une jalousie féroce de la part d'Arsinoé vis à vis de Célimène. On sent la fausse prude capable, pour conquérir Alceste, des manœuvres les plus perfides auxquelles toutefois celui-ci peut difficilement se laisser prendre, lui qui perce aisément le secret de l'hypocrisie.

 

 

On remarque que l'argumentation s'appuie sur l'opinion qui veut tenir lieu de jugement par sa généralité. C'est ainsi que procède toute polémique. Si tout le monde le dit, c'est que c'est vrai. Célimène aussi bien qu'Arsinoé peuvent se renvoyer la balle indéfiniment On aboutit ainsi à une aporie du genre : il est interdit d'interdire. Une science morale doit être autre chose, cela va sans dire puisqu'elle consiste à fixer un seuil de tolérance pour savoir comment ne pas aller trop loin.

 

 

 §4

COMMENTAIRE DU QUATRIEME TEXTE

Ce texte est extrait du cinquième acte où le misanthrope connaît sa minute de vérité il peut enfin obtenir de Célimène qu'elle se prononce ou non en sa faveur. Les choses ont évolué en effet : la jeune femme a été prise en flagrant délit de médisance à l'endroit de ses soupirants sans exception. Arsinoé a en vain essayé se profiter de la situation pour obtenir d'Alceste la préférence. Alceste seul avoue son impuissance à renoncer à la traîtresse pourvu qu'elle accepte de le suivre dans ce qu'il appelle un désert c'est à dire quelque château à la campagne loin de Paris et de la Cour. C'est là que se situe le texte à commenter. (Acte V sc.4)

 

Minute de vérité.

ALCESTEC'est par là seulement que, dans tous les esprits,

Vous pouvez réparer le mal de vos écrits,

Et qu'après cet éclat, qu'un noble cœur abhorre,

Il peut m'être permis de vous aimer encore.

CÉLIMÈNEMoi, renoncer au monde avant que de vieillir,

Et dans votre désert aller m'ensevelir!

ALCESTE

Eh! s'il faut qu'à mes feux votre flamme réponde,

Que doit vous importer tout le reste du monde?

Vos désirs avec moi ne sont-ils pas contents

CÉLIMÈNELa solitude effraye une âme de vingt ans;

Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte,

Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte.

Si le don de ma main peut contenter vos vœux,

Je pourrai me résoudre à serrer de tels nœuds,

Et l'hymen...

ALCESTE

Non, mon cœur à présent vous déteste,

Et ce refus lui seul fait plus que tout le reste.

Puisque vous n'êtes point, en des liens si doux,

Pour trouver, tout en moi, comme moi tout en vous.

Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage

De vos indignes fers pour jamais me dégage. (Célimène se retire)

 

 

COMMENTAIRE REDIGE

Dans ce texte, pour Alceste et Célimène, c'est la minute de vérité . La jeune femme vient de subir un affront que lui a valu sa médisance poussée à l'extrême. Tout le monde la fuit . Seul Alceste semble bien disposé à son égard et prêt à pardonner. Dans ce dernier affrontement, les caractères vont sans doute s'affirmer mais on doit aussi examiner comment l'auteur a su éviter le piège de transformer sa comédie en tragédie. N'est-ce pas deux philosophies de l'amour qui s'affrontent plutôt que deux êtres en proie à la pure passion amoureuse ?

 

Alceste met le marché en main Telle est la condition sine qua non pour retrouver le chemin de son cœur : Célimène doit accepter de le suivre dans son désert (quelque château en province à la campagne). Mais le ton est rien moins que comminatoire. Les termes qui culpabilisent la jeune femme et noircissent ses fautes réparer le mal qui a été fait dans tous les esprits /cet éclat qu'un noble cœur abhorre sont adoucis par le dernier vers où les termes d'aimer encore restent pleins de tendresse. La mise en relief de la construction révèle l'effort sur soi dont le caractère pénible est l'effet d'un rythme binaire progressif Le mètre du vers y contribue. C'est ainsi qu'on montre qu'on en a gros sur le cœur.

C'est par là seulement

que, dans tous les esprits,(6//6)

Vous pouvez réparer le mal de vos écrits, ,(6//6)

Et qu'après cet éclat, qu'un noble cœur abhorre, (6//4+2)

Il peut m'être permis de vous aimer encore.(6//6)

Curieusement, le débat ne reste plus sur le plan de la passion des simples valeurs mais se déplace sur le plan idéologique de l'amour . Alceste offre un amour qui ne souffre aucun compromis et exige de tout lui sacrifier en . particulier les plaisirs de la mondanité. On conçoit la difficulté du problème qui s'offre à Célimène . Est-elle vraiment prête pour cette épreuve ? Pour actualiser le problème, on peut imaginer un jeune homme proposant un mariage en exigeant que son épouse renonce à toute activité professionnelle comme c'était généralement le cas au XIXème siècle.

.Célimène doit se prononcer On avait vu juste Célimène accuse le choc L'emploi exclamatif de l'infinitif d'indignation avec le pronom tonique de la première personne traduit à merveille la surprise de Célimène que n'avait guère envisagé cette philosophie de vie consistant à s'ensevelir/ renoncer au monde /sacrifier sa jeunesse dans la solitude d'un désert. imposé (votre).

Le rythme est d'abord heurté sous le coup de l'émotion puis uni pour exprimer avec une inversion l'importance des sacrifices demandés

Moi, renoncer au monde avant que de vieillir,(1+3+2//6)

Et dans votre désert aller m'ensevelir! (6+6)

On remarque ra la modernité de l'attitude de Célimène qui n'a pas attendu la vague féministe de notre époque pour revendiquer l'autonomie au sein du couple conjugal.

. Alceste se demande comment on peut refuser l'offre d'un amour aussi absolu.

Alceste ne sait plus quoi en penser Son étonnement est à l'unisson Le ton en devient même ingénu. La réciprocité de l'amour précieux n'est-il pas à ce prix.? C'est ce que traduit l'équilibre du rythme et le mépris qu'attache Alceste au reste du monde.

Eh! s'il faut qu'à mes feux votre flamme réponde, (3+3//3+3)

Que doit vous importer tout le reste du monde? (6+6)

La moitié (au sens plein du terme) de l'amour n'exige t-elle pas la confusion de l'être? C'est ce que rend la forme interro-négative et le rythme déséquilibré du vers.. Ca va de soi.

Vos désirs avec moi ne sont-ils pas contents? (3+3//4+2)

Célimène éprouve le besoin de s'expliquer et même de jeter un pont qui autorise tous les espoirs Un peu interloquée, elle plaide coupable et met en avant sa jeunesse pour s'en excuser et même la faiblesse de son âme Elle rectifie toutefois ce qui pourrait passer pour une fin de non recevoir .Elle n'est pas absolument opposée à cette union .Du moins c'est ce qu'on devine car Alceste va l'interrompre brutalement avant qu'elle ait fini sa phrase. On en est réduit à interpréter le non dit . Le terme de solitude est assimilé pour elle à quelque chose de terrible qui s'oppose à la faiblesse de la jeunesse et réclame une force d'âme qu'elle ne peut avoir Le rythme binaire insiste sur son impuissance devant un tel dessein elle ne sent pas son âme assez grande, assez forte, pour prendre cette résolution

Le rythme suit la pulsion émotive

la perspective terrible du sommet est évoquée de la finalité face à, l'impuissance de l'effort

La solitude effraye une âme de vingt ans;(4+2//6)

Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte, ,(4+2//3+3)

Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte. ,(4+2//6)

La jeune femme sait se faire humble, contrairement à ce qu'elle nous est apparue jusqu'ici : arrogante et tyrannique. Visiblement elle a accusé le choc. Elle veut bien se résoudre à serrer de tels nœuds Toutefois elle ne peut aller au delà du don de la main qui contente des vœux. C'est dire que la concession ne lui fait pas renoncer à une certaine philosophie du mariage à laquelle elle tient par dessus tout.

Le rythme est uni sans effet superflu

Si le don de ma main peut contenter vos vœux,(6//3+3)

Je pourrai me résoudre à serrer de tels nœuds, (6//3+3)

Mais elle n'a pas le loisir d'expliquer comment elle conçoit l'hymen . L'interruption est brutale

Et l'hymen

La philosophie de l'amour telle qu'elle est incarnée en Alceste et Célimène est très instructive de l'histoire des idées et des sentiments. Alceste s'inspire de la tradition qui remonte au philtre qui lie Tristan et Iseult jusqu'à la mort et Célimène préfigure la modernité où chacun conserve son autonomie dans certaines limites assez mal définies pour l'instant. Il va sans dire que beaucoup de compromis plus ou moins boiteux ont jalonné l'histoire du mariage depuis qu'il a été institué. Chacun s'en est accommodé comme il a pu. La perspective reste ouverte. On ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec les mariages mixtes de notre époque où des idéologies religieuses ou simplement ethniques risquent de s'opposer et compromettre la solidité du couple Une leçon doit être tirée par les générations d'aujourd'hui en particulier lors de mariages mixtes : les partenaires devraient lucidement examiner les conséquences dans tous les domaines idéologiques et tenir compte des incompatibilités s'il y en a qui sont des facteurs de désunion..

 Pour Alceste, c'est alors la minute de vérité. Il va en tirer les conclusions qu'il veut définitives, quoi qu'il lui en coûte. Et ce sera à Célimène d'en tirer les conséquences . C'est sous le coup de la colère qu'il rompt avec Célimène à tout jamais en lui opposant sa philosophie du mariage : celle de la "confusion" absolue qui n'admet aucun compromis. Célimène n'a plus qu'à se retirer, sans doute honteuse et mortifiée, mais dans le fond heureuse de se tirer d'un mauvais pas. La leçon a porté. Il reste l'équivoque du non dit. C'est le terme de détester (proprement maudire/ attester les dieux) placé en fin de vers qui donne le ton général. L'outrage et les indignes fers complètent l'opprobre. Le verbe dégage et l'adverbe à jamais montrent à quel point la rupture est consommée. Le non est résolu. Le rythme du vers exprimant la fusion totale qu'il exige est exactement scandé à cet effet avec la répétition appuyée de tout et l'allitération en /ou/.

Pour trouver, tout en moi, comme moi tout en vous.(3+3//3+3)

Lui seul opposé à tout le reste signifie que le point de non retour a été atteint

La comédie frôle la tragédie mais l'auteur a su maintenir l'intérêt de la comédie en faisant d'Alceste un extravagant personnage trop déconcertant pour véritablement provoquer la pitié.

Ce qui frappe, c'est un Alceste qui se montre ici aussi tyrannique et intransigeant que Célimène au début. Mais c'est surtout une Célimène moins arrogante qui subitement devient plus sympathique moins odieuse en choisissant le parti le plus raisonnable qui consiste dans des circonstances difficiles à ne pas se laisser emportée par une décision qui l'aurait menée au désastre. Elle se connaît ; alors qu'Alceste est aveuglé par des principes obsolètes.

Les caractères s'affirment en effet : un Alceste obnubilé par une conception de l'amour périmée et une Célimène qui étonne par son changement inattendu où la coquetterie arrogante fait place à une humilité accommodante qui toutefois fixe les limites qu'on ne peut dépasser dans l'union d'un couple. S'opposent ici deux philosophies de l'amour parmi celles qui au cours des siècles ont subi bien des avatars : l'une qui remonte au philtre qui lie Tristan et Iseult à tout jamais et l'autre qui préfigure la revendication féministe de l'autonomie au sein du couple. Quant à faire du Misanthrope une tragédie, c'est aller un peu vite en besogne, car l'auteur a su éviter le piège en soulignant l'extravagance d'Alceste qui ne mérite guère qu'on s'apitoie sur son échec amoureux et encore moins sur le sort de Célimène. L'happy end c'est ici la catastrophe évitée d'une union impossible.