mes joies

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Le commentaire du texte extrait des MEMOIRES D'OUTRE TOMBE (rédigés de 1809 à 1841) nécessite la mise en place du texte à commenter par rapport à la fondation unitaire du genre : évoquer les souvenirs des valeurs éprouvées durant l'existence. Comme il s'agit d'une fondation médiate, on a besoin d'un intermédiaire structurel.

On pourra déterminer ensuite la thématique de la fragmentation du moment du texte pour examiner si l'auteur a bien su traduire les intentions expressives constitutives de la schématique du moment correspondante.

Le genre des Mémoires tente les écrivains qui font partie par la force des choses des "grandeurs d'établissement", le public à tort ou à raison leur prêtant un destin exceptionnel comme s'ils étaient chargés d'une mission. Le danger est grand pour l'auteur ainsi sollicité de perdre de vue l'exigence de sincérité sans laquelle un tel genre risque de devenir sans aucun intérêt littéraire. Exigence impossible à réaliser diront certains. Oui sans doute stricto sensu, mais on peut espérer du moins en approcher. Pour ne pas décevoir l'attente du public, l'auteur se doit de prendre le maximum de précautions pour éviter deux écueils : la tendance à l'exhibitionnisme et la tendance contraire à une réserve timorée décourageante. La possibilité de la sincérité est à ce prix. Le résultat est atteint si le lecteur affamé de sensationnel est déçu et si au contraire les attentes du lecteur soucieux de se reconnaître en lui, par la grâce de son art littéraire, sont satisfaites.

 

 

MISE EN PLACE DU TEXTE

 

Ce texte est extrait du Livre troisième consacré à l'adolescence (séjour à Combourg près de Dinan)--section 13--

 

Texte de CHATEAUBRIAND (1768-1848) extrait des Mémoire d'Outre-tombe

 

 

MES JOIES DE L'AUTOMNE

Plus la saison était triste, plus elle était en rapport avec moi ; le temps des frimas, en rendant les communications moins faciles, isole les habitants des campagnes : on se sent mieux à l'abri des hommes .Un caractère moral s'attache aux scènes de l'automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s'affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées.

Je voyais avec un plaisir indicible le retour de la saison des tempêtes, le passage des cygnes et des ramiers, le rassemblement des corneilles dans la prairie de l'étang, et leur perchée à l'entrée de la nuit sur les plus hauts chênes du grand Mail. Lorsque le soir élevait une vapeur bleuâtre au carrefour des forêts, que les complaintes ou les lais du vent gémissaient dans les mousses flétries, j'entrais en pleine possession des sympathies de ma nature. Rencontrais-je quelque laboureur au bout d'un guéret ? je m'arrêtais pour regarder cet homme germé à l'ombre des épis parmi lesquels il devait être moissonné, et qui, retournant la terre de sa tombe avec le soc de la charrue, mêlait ses sueurs brûlantes aux pluies glacées de l'automne : le sillon qu'il creusait était le monument destiné à lui survivre.

 

COMMENTAIRE DU TEXTE PROPREMENT DIT

 

Thématique de la fragmentation du moment du texte

L'auteur évoque le souvenir des joies que lui procurait l'automne dans sa jeunesse.

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

L'auteur indique le prix qu'il attachait alors à l'automne.

(Première phrase)

 

 

 

 

Cette saison établissait une communion avec la nature et était favorable au recueillement dans la solitude, du moment qu'elle rendait les communications plus difficiles.

La coordination "gradative" entre les deux indépendantes à l'imparfait veut exprimer l'intimité de la communion

Plus la saison était triste,

plus elle était en rapport avec moi;

Si le terme de frimas révèle la préciosité du ton, l'explication se fait sur le ton de la confidence grâce à la brièveté de l'apodose et à l'emploi du présent.

"Le temps des frimas, en rendant les communications moins faciles, isole les habitants des campagnes :

on se sent mieux à l'abri des hommes"

On a remarqué la parenté de Chateaubriand avec Rousseau et sa propension à fuir les humains mais il y a une différence entre eux deux : chez l'un, c'est maladif, chez l'autre c'est simplement une attitude complaisante d'une mode naissante, celle du romantisme

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Chateaubriand nous confie sa prédilection

(Seconde phrase)

Il se complait dans l'ambivalence d'une délectation morose : celle de notre destin que l'automne nous permet d mieux savourer

On note un souci d'établir un rapport mystérieux de nature symbolique entre des couples de termes :feuilles/ans; fleurs/heures; nuages/illusions; lumière /intelligence; soleil/amours; fleuves/vie; et: aussi .l'accumulation des termes ayant en commun un sens de déclin irrémédiable tombent/fanent /fuient/s'affaiblit/refroidi /se glacent. pour marquer la précarité de notre destin dont l'adolescent a une prémonition. La phrase en outre dans sa construction a quelque chose de morbide en même temps qu'elle reflète le plaisir de découvrir le mystère. Les relatives de la protase s'enchaînent en cascade, grâce à la disjonction du groupe sujet constitutif des métaphores soulignées par des démonstratifs emphatiques et l'apodose tombe comme une révélation savamment préparée. .

Un caractère moral s'attache aux scènes de l'automne :

ces feuilles qui tombent comme nos ans,

ces fleurs qui se fanent comme nos heures,

ces nuages qui fuient comme nos illusions,

cette lumière qui s'affaiblit comme notre intelligence,

ce soleil qui se refroidit comme nos amours,

ces fleuves qui se glacent comme notre vie,

ont des rapports secrets avec nos destinées.

On a reproché à l'auteur son goût immodéré pour la "rhétorique". Mais dans ce passage , on peut admirer la manière dont il sait en tirer parti car le style ne manque pas d'une certaine grandeur émouvante communicative.

On a souvent considéré que René dans le roman éponyme (1802) était le précurseur du héros romantique. Or, Chateaubriand dans ses Mémoires s'identifie à René dont il épouse les mêmes goûts pour les délectations moroses de l'ennui sans cause et avec la même ostentation.

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

Il évoque

Capturé par MemoWeb à partir de http://pagesperso-orange.fr/paul.martin/mes_joies.htm  le 12/08/2008