le meunier

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                    Selon les dires du fabuliste, l'apologue (απο à partir de + λογος) est un don des immortels, c'est à dire qu'il est directement inspiré par  ce qui est au dessus de toute expression dans un récit où s'affrontent le protagonisme d'une certaine valeur et l'antagonisme d'autres valeurs pour illustrer une morale. Le genre fut pratiqué dès la plus haute Antiquité, par Ésope en particulier. Si de nos jours il est désuet, il rencontre toujours le même intérêt parmi les lecteurs de 7  à 77 ans. Ici c'est la première  option puisqu'il consiste à choisir des personnages fortement stylisés.  Pour illustrer le commentaire de texte de ce type  d'apologue on prendra comme exemple Le Meunier son fils et l'âne de La Fontaine, la fondation unitaire du genre étant ce qui détermine l'articulation de la schématique du moment du texte avec la thématique de la fragmentation du moment correspondant. Il s'agit dans tous les cas de suggérer plutôt que d'exprimer le caractère et les mœurs des personnages en utilisant un certain humour qui équivaut à un clin d'œil au lecteur. Tel est le mode d'intersubjectivité que la fable suppose. La fondation est immédiate puisqu'elle n'a pas besoin d'intermédiaires structurels.

 Le meunier son fils et l'âne

« J'ai lu dans quelque endroit qu'un meunier etson fils,

L'un vieillard, l'autre enfant, non pas des plus petits,

Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire,

Allaient vendre leur âne, un certain jour de foire.

Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit!

On lui lia les pieds, on vous le suspendit J

Puis cethomme et son fils le portent comme un lustre .

Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre:!!

Le premièr qui les vit de rire s'éclata :

"Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là?

 Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense'.

Le meunier, à ces mots, connaît son ignorance;

Il met sur pieds sa bête, et la fait détaler..

L'âne, qui goûtait fort l'autre façon d'aller,

Se plaint en son patois. Le meunier n'en a cure * ;

Il fait montèr son fils, il suit, et d 'aventure *

Passent trois bons marchands. Cet objet leur déplut.

Le plus vieux au garçon s'écria tant qu'il put:

" Oh là oh, descendez, que l'on ne vous le dise,

Jeune homme, qui menez laquais à barbe grise!

C'était à vous  de suivre, au vieillard de monter.

-Messieurs, dit le meunier, il vous faut contenter. »

L'enfant met pied à terre, et puis le ,vieillard monte,

Quand trois filles passant, l'une dit: " C'est grand honte

Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,

Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis,

Fait le veau sur son âne, et pense être bien sage.

~ Il n'est, dit le meunier, plus de veaux à mon âge.

Passez votre chemin, la fille, et m'en croyez. »

Après maints quolibets* coup sur coup renvoyés,

L 'homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe.

Au bout de trente pas, une troisième troupe

Trouve encore à glosert L 'un dit: " Ces gens sont fous.

Le baudet n'en peut pfùs; il mourra sous leurs coups!

Hé quoi? charger ainsi cette pauvre bourriquer

N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique?

 Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau.

-Parbleu : dit le meunier, est bien fou du cerveau

Qui prétend contenter tout le monde et son père,

Essayons toutefois si par quelque manière

Nous en viendrons à bout. » Ils descendent tous deux.

L'âne se prélassant marche seul devant eux.

Un quidam * les rencontre, et dit: " Est-ce la mode

Que baudet aille à l'aise, et meunier s'incommode?

Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser?

Je conseille à ces gens de le faire enchâssera.

Ils usent leurs souliers, et conservent leur àne.

Nicolas, au rebours; car; quand il va voir Jeanne,

Il monte sur sa bête; et la chanson le dit.

Beau trio de baudets! Le meunier repartit:

" Je suis âne, il est vrai, j'en conviens, je l'avoue;

 Mais que dorénavant on me blâme, on me loue,

Qu'on dise quelque chose ou qu'on ne dise rien,

J'en veux faire à. ma tête." Il le fit, et fit bien.

 

COMMENTAIRE DE TEXTE CORRESPONDANT AU GENRE DE L'APOLOGUE

 

Thématique de la fragmentation du moment du texte

Récit des aventures d'un meunier et de son fils allant vendre leur âne au marché, face à l'antagonisme de l'opinion, sous forme d'apologue

Schématique

du Moment du texte

Analyse dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Du début

A jour de foire

L'auteur présente le protagoniste du meunier et son comparse de fils.

L'identité du personnage ainsi que son cadre de vie reste vague. Le meunier est un vieillard au sens actuel d'homme mûr et le fils un garçon de quinze ans.

Le temps et le lieu ne sont même pas précisés.

Le vague de l'impression est traduit par l'emploi des indéfinis : quelque endroit/un meunier/l'un, l'autre/un certain jour/quelque endroit /le passé indéfini j'ai lu.. L'imparfait ramène à l'actualité du récit allaient vendre .

La Fontaine connaît les lois du genre qui se rapprochent de celles de bandes dessinées. Eviter la précision qui éloigne de l'impersonnel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De afin qu'il fût

A lustre

Il rapporte le souci du meunier pour  trouver le meilleur moyen de transporter l'animal afin qu'il conserve la meilleure valeur marchande.

Curieusement il choisit la solution la plus extravagante. Le père et le fils portent l'âne suspendu à un bâton. La logique est celle d'un commerçant mais le choix de cette façon ne laisse pas de nous surprendre, du moins dans ce pays. Si d'un côté la position inconfortable de l'âne peut nuire à son bon état, de l'autre le vendeur ne sera-t-il pas trop fatigué pour faire face aux difficultés du négoce ? Dans certains pays on utilise ce moyen pour transporter les animaux à vendre mais il s'agit d'animaux de petite taille tels que des volailles ou des porcelets.

Pour traduire l'étrangeté du choix l'auteur emploie une comparaison  comme un lustre qui illustre l'incongruité de la chose. Le mercantilisme est marqué par une subordonnée finale d'un rythme binaire Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit. La prestesse avec un gallicisme l'emploi pléonastique du pronom vous et celui du pronom on qui permet d'escamoter la personne au profit d'une sorte d'automatisme. On notera aussi l'asyndète de la coordination des indépendantes : on lui lia les pieds, on vous le suspendit. qui vise au même effet.

La Fontaine sait bien que le genre de l'apologue l'autorise à prendre certaines libertés avec la forme du récit proche de la caricature. Il a emprunté l'idée à un fabuliste italien pour profiter de l'aubaine d'une situation saugrenue dont il a sur tirer le meilleur parti.

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De pauvres gens

A détaler

Il nous fait part des affrontements qui ne se font pas attendre

Ce sera d'abord le fait du premier qui les voit et le meunier devra  prendre  position

Celui-ci n'en croit pas

ses yeux. Il ne comprend pas qu'on ait pu faire un choix aussi extravagant. Les invectives pleuvent

Le meunier tout innocemment reconnaît son ignorance et décide de mettre la bête sur pied et de la faire détaler.

On notera d'emblée l'accumulation d'épithètes malsonnantes Pauvres gens /idiots/ couple ignorant et rustre qui ont cela de commun qu'elles ont trait à une faiblesse de l'esprit. Le tout ponctué d'un rire sarcastique que met en relief l'inversion de rire s'éclata avec le sens fort d'un verbe au passé simple. L'étonnement se traduit par une exclamation interrogative Quelle farce, dit-il vont jouer ces gens-là .? ….où percent l'ironie du terme de farce (mauvaise comédie) et l'emploi du démonstratif péjoratif . Et enfin, une comparaison peu flatteuse pour souligner la bêtise du meunier: le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense, formule passée en proverbe.

La simplicité du meunier apparaît avec les incidentes dit-il , à ces mots et aussi l'emploi du terme de connaître dont le sens s'oppose à celui de croire. La simplicité de la construction est frappante à cause de la parfaite symétrie de l'alexandrin. Il met sur pied sa bête et la fait détaler où l'emploi du possessif sa au lieu de la veut montre le sens de la propriété du meunier.

L'auteur a bien vu que l'opinion est particulièrement sévère contre l'extravagance des individus. Comme le dit la chanson , les braves gens n'aiment pas qu'on suive un autre chemin qu'eux. Aux U.S.A on va jusqu'à encourager la délation lorsqu'il s'agit de dénoncer l'extravagance de certains assimilée plus ou moins à la délinquance. C'est dire la force de la pression de l'opinion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De l'âne qui goûtait fort

A il suit

L'auteur fait état de manifestations  de la bête que le meunier doit ou non prendre en compte

 

Il feint de croire que c'est au tour de la bête de se manifester l'âne regrette la façon dont on le transportait. En dépit  ou à cause des protestations inopinées de la bête, le meunier fait monter son fils et il suit.

La feinte est assortie d'un humour très appuyé qui se manifeste par une rupture de ton, .les hyperboles teintées de préciosité qui goûtait fort l'autre façon d'aller/ se plaint contrastant avec l'emploi du terme de patois pour désigner le langage de l'âne.

L'indifférence du meunier pour le sort de l'animal s'exprime par une formule du style burlesque de l'époque n'en a cure (n'en a aucun souci) L'incohérence de la conduite du meunier est malicieusement mise en évidence par la simplicité de la construction qui ferait presque passer inaperçu l'oubli de sa bonne résolution du début de préserver  à  tout prix la valeur marchande de la bête. Il fait monter son fils, il suit

N'est-ce pas une des particularités de l'opinion d'être versatile. ? La roche Tarpéienne est près du Capitole. Le machisme a voulu que la femme soit atteinte de ce mal Souvent femme varie bien fol qui s'y fie ; mais c'est plutôt le propre du genre humain d'être comme le dit Montaigne ondoyant et divers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De et d'aventure

Jusqu'à et puis le vieillard monte

l'auteur raconte alors la rencontre des marchands de la bonne bourgeoisie qui ne manquent pas d'avoir un avis sur la question

C'est le plus vieux qui prend la parole pour avoir plus de poids . Pour lui, il n'y a aucun doute possible ce jeune homme est coupable de manquer de respect aux vieillards en privant son père de la monture à laquelle il a droit. que

Le hasard de la rencontre est souligné par l'absence d'une ponctuation forte entre les deux figures, le contre rejet de Et d'aventure et le rejet conséquent du verbe Passent au présent

.Le mépris du marchand est marqué par une phrase courte où le verbe méprisant est au passé défini et le sujet pourvu d'un démonstratif péjoratif Cet objet leur déplut. La violence du cri exprimée toujours au passé défini est à la mesure de cette indignation s'écria tant qu'il put Le discours qui s'ensuit va confirmer la chose . Une interjection vigoureuse oh! là oh! Un impératif Descendez . Une subordonnée au subjonctif que renforce une ellipse (sans) que l'on ne vous le dise où l'on note l'emploi d'une allitération en l favorable à l'expression d'un ordre. Ensuite une apostrophe qui se veut désobligeante Jeune homme renforcée par l'antithèse du laquais à barbe grise pour désigner le père réduit à la servitude.

Le ton déférent du meunier fait contraste avec l'emploi d'une apostrophe pleine de respect Messieurs! et du terme de contenter qui frise la servilité. Les deux propositions sont soigneusement coordonnées en vue de montrer l'empressement du meunier à obéir et à se faire obéir L'enfant met pied à terre et puis le vieillard monte.

La notabilité utilise volontiers l'opinion pour assurer son confort aux dépens des plus défavorisés. Marx a dénoncé les abus des capitalistes du XIX° siècle. Il a vu dans l'opinion religieuse l'opium du peuple et dans la morale bourgeoise l'hypocrisie d'une opinion qui excusait les vices des riches et était sans indulgence pour ceux des pauvres.

La Fontaine dans certaines de ses fables avait dénoncé des abus de cette sorte en son siècle .On pense à la morale de la fable les animaux malades de la peste  :"selon que vous serez puissant ou misérable les jugements de cour vous rendront blanc ou noir". Le loup prouve par sa harangue qu'il fallait sacrifier l'âne Sa peccadille fut jugé un cas pendable et tous les gens querelleurs , jusqu'aux simples mâtins furent jugés de petits saints.

La servilité du meunier correspond au désir d'un régime qui satisfasse le besoin de pouvoir politique propre à la nature humaine.

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De quand trois filles

 A en croupe

Cest alors le rédit

Il s'agit de la confrontation  avec la jeune génération qui ne voit pas le monde de la même façon? Va-t-il avoir assez de force pour résister à la pression de l'opinion de la jeune génération?

 

 

 

 

 

La jeune fille se montre insolente vis-à-vis du meunier en prétendant que c'est au jeune de monter et au vieillard de suivre Le meunier croyait qu'il aurait la force de maintenir sa résolution Mais la pression est telle qu'il finit par céder. Il fait monter son fils derrière lui au mépris de toute logique commerçante

Cette fois c'est l'envers de la rencontre qui est signalé par l'absence d'une ponctuation forte entre les deux figures qui opposent les deux générations.

L'insolence de la fille utilise les grands moyens : la formule initiale provocante C'est grand honte! Le terme de clocher est des plus affligeants pour signifier la détresse du jeune fils. Et celui de Nigaud pour désigner le père est des plus injurieux  ainsi que la comparaison peu flatteuse comme un évêque assis ou fait le veau (animal que symbolise la niaiserie)  L'accusation la plus blessante est celle de la suffisance et croit être bien sage en un sens opposé à sot. La phrase a le rythme convenable. Elle est longue parfaitement éloquente grâce à une envolée de la protase évoquant la détresse du jeune  homme coïncidant avec le contraste de l'apodose équilibrée évoquant la suffisance du père. C'est grand honte….…..fils / tandis que ….sage

La force de la pression de l'opinion est mise en relief dans le vers après maints quolibets coup sur coup renvoyés avec l'inversion du complément montrant l'entêtement du meunier L'adverbe répétitif maints exprime le harcèlement (Le quolibet étant une façon triviale de parler)  L'impuissance du meunier est traduite avec l'emploi d'un passé défini des verbes crut (avoir tort) et mit (son fils en croupe) On remarquera le sens du verbe croire au passé défini qui donne la vraie nature de l'opinion excluant toute connaissance

La Fontaine connaît son monde. Il sait parfaitement que l'opinion dépend essentiellement du '"bocal" dans lequel on se trouve enfermé. La jeunesse voit le monde autrement que l'adulte et vice versa . C'est ce qu'on a l'habitude de désigner par la cruauté de la jeunesse qui est en réalité un phénomène social. Seule une éthique peut en corriger l'expression sans pouvoir en supprimer la cause.

La culpabilisation n'est pas comme Marx le pensait un défaut propre à la bourgeoise soucieuse de défendre ses privilèges mais est aussi la dialectique favorite d'une jeunesse soucieuse de défendre son honneur. Le bouc émissaire résulte de cette tendance de la nature humaine à utiliser la conscience morale de façon unilatérale alors que celle-ci suppose l'inter subjectivité ce que Kant a exprimé dans la formule Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toi-même

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De au bout de trente pas

A marche seul devant eux

Il s'agit maintenant de l'affrontement d'une troupe du genre écologique, pourrait-on dire aujourd'hui, qui éprouve le besoin de donner son avis .

La troupe prend fait et cause pour le sort de la bête qui selon eux se trouve ainsi gravement maltraitée.

Le meunier est désemparé mais ne désespère pas encore de satisfaire l'opinion. Il choisit de revenir à la solution qu'il avait déjà expérimentée sans s'y tenir.. Ils descendent et laissent la bête seule manifester sa satisfaction sans que le meunier s'en préoccupe davantage. Logique hésitante du meunier qui semble déjà ébranlé par la pression de l'opinion

Le ton de celui qui prend la parole au nom de la troupe est des plus passionnés. Il utilise les invectives les  plus violentes. Pour culpabiliser le meunier que est traité comme un criminel. et exciter la pitié les termes sont choisis pour  incriminer :  fous / n'en peut plus / mourra/leurs coups/ charger /pauvre bourrique /point de pitié /leur vieux domestique. La phrase est toujours exclamative ou faussement interrogative la dernière de la série est particulièrement sarcastique par une formulation excessive  Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau !

La réponse du meunier traduit son désarroi :  le juron affaibli Parbleu: ! les expressions pléonastiques est bien fou du cerveau/ tout le monde et son père. Contenter tout le monde et son père est passé dans le langage proverbial.

L'impératif affaibli Essayons toutefois l'indéfini de quelque manière marquent la volonté désespérée de trouver un biais pour se tirer d'une affaire dont on ne vient pas facilement à bout.

La décision s'exprime avec une certaine lassitude avec deux phrases courtes banalisées par un présent. Ils descendent tous deux. L'âne se prélassant marche seul devant eux . Le terme de prélasser suffit à lui seul à montrer l'indifférence du meunier vis-à-vis de toute manifestation de la bête qui devient presque insolente.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De un quidam les rencontre

A  faire à ma tête

L'auteur n'en a pas fini avec les rencontres du meunier. Voilà un quidam, un individu quelconque, qui a ses idées sur la question.

C'était sans compter avec le quidam au sens d'individu quelconque .qui pense que si l'on a la chance d'avoir une monture c'est pour s'en servir, et économiser ses souliers. La chanson le dit : Nicolas quand il va voir sa belle utilise son âne. Le meunier est excédé par tant d'avatars. Il va prendre une résolution définitive qui va couper court à l'aventure Il a résolu de compter uniquement sur lui-même et sur son jugement

 

 

La nouvelle rencontre se fait attendre. Il y a une ponctuation forte quI l'indique. Le discours est dit sur un ton ironique qui n'est pas mordant mais simplement détaché. Une phrase faussement interrogative  sur le problème de savoir si on doit faire le bonheur ds la bête aux dépens du confort de son propriétaire. L'ironie est le fait d'un contre -rejet Est-ce la mode d'une rime riche mode / s'incommode exprimant l'antithèse et de l'alliance de mots curieuse baudet /aille à l'aise. L'auteur appuie lourdement sur la question qui semble une lapalissade Qui du maître ou de l'âne est fait pour se lasser ? l'ironie devient plus précieuse avec l'emploi du terme d'enchâsser qui a un sens excessif pour la circonstance .du démonstratif péjoratif et de  l'antithèse ils usent leurs souliers et conservent leur âne

L'ellipse Nicolas au rebours veut être saisissante l'explication qui s'ensuit est donnée tout uniment avec le contre-rejet de quand il va voir Jeanne légèrement égrillard et la coordination surajoutée et la chanson le dit. Le discours se termine avec une injure qui rappelle celle du premier Beau trio de baudets! où le mépris est celui d'un intellectuel distingué pour la sottise manifeste.

Lorsque le meunier excédé décide de ne plus compter que sur soi-même, cela ressemble fortement à un acte de contrition. La répétition insistante des trois propositions indépendantes avec asyndète et incise traduit la résignation. je suis âne il est vrai , j'en conviens, je l'avoue.

Le mais est résolu tout autant que l'est l'alternative conditionnelle qu'on dise ou qu'on ne dise rien ainsi que la chute de l'apodose j'en veux faire e à ma tête mise en rejet.

La passion des valeurs qui se manifeste dans l'opinion a des degrés de violence. On a affaire ici à une sorte de dilettante qui est seulement capable d'une ironie méprisante mais pas véritablement mordante. C'est le mépris de l'intellectuel précieux  vis-à-vis du vulgaire.

Le fabuliste a ben vu là aussi que la dialectique polémique de l'opinion est soit laudative soit accusative  et que le silence constitue un langage, en tant qu'absence de parole, que l'opinion publique utilise. Un silence peut être approbateur comme le proverbe "qui ne dit rien consent" voudrait  le faire croire mais il peut être aussi lourd de menaces contenues.

Schématique

du Moment du texte

Analyse dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Il le fit et fit bien

C'est l'auteur qui aura le dernier mot

.Il approuve chaudement la résolution du meunier pour qui il semble avoir beaucoup de sympathie

La chaleur se traduit par la brièveté de la phrase et la répétition insistante du verbe faire qui est une catégorie cardinale des conduites humaines

La Fontaine pose le problème de l'opinion mieux que beaucoup de traités sur le sujet. Ce qui la caractérise c'est son extrémisme. Qu'il s'agisse du premier qui s'emporte contre le meunier extravagant sans rien proposer à la place; du bourgeois qui cherche à  protéger avant tout un style de vie, des jeunes filles fort soucieuses de l'honneur de la jeunesse, de celui qui se préoccupe exclusivement du sort de l'animal ou qui ne voit que l'aspect pratique de la chose ou même du meunier hésitant, tous obéissent à un certain culte des valeurs. Chacun est  préoccupé par les valeurs (proprement ce qui fait qu'on se porte bien) qu'il recherche. On a l'impression de "monades" incapables de communiquer et l'on comprend que l'auteur ait une certaine sympathie pour un meunier qui décide de ne plus se fier qu'à lui-même.

Mais l'apologue a ses limites, celles de la science du temps. La Fontaine accepte de facto de renoncer à toute paix sociale puisque la seule dialectique qu'il préconise est polémique (proprement liée à la guerre). C'est qu'il confond malheureusement, comme c'est trop souvent le cas, l'opinion avec le jugement à cause de la polyvalence de la signification du terme. L'opinion n'est qu'une préférence accordée à une croyance qui suppose un certain culte des valeurs : on parle aussi bien d'opinion politique que d'opinion religieuse. Et elle constitue un obstacle au jugement qui établit un juste équilibre entre connaissance .et croyance. Pour lever l'obstacle il faut acquérir l'autonomie du jugement qui seule permet de vérifier la connaissance et de mesurer la crédibilité de l'opinion et de tendre finalement vers la raison favorable à une véritable communication. Pour avoir notre sympathie il faudrait que le meunier montre moins d'entêtement et plus de capacité à posséder l'autonomie du jugement sans laquelle celui-ci ne peut opérer efficacement.

 

 

 

             

 

 

 

Reste à composer l'introduction et la conclusion. L'introduction doit éviter à la fois la pétition de principe (affirmation abrupte de ce qui est à démontrer) et l'ignorance du sujet, si l'on veut que la critique de l'art littéraire puisse être scientifique. Inutile de chercher à allonger une introduction qui donnerait  alors une impression de remplissage. Sinon il en résulterait ce qu'on appelle la paraphrase (du grec παρα  = à côté et φρασειν = expliquer)

Voici un exemple d'introduction que peut être considérée comme une pétition  de principe : La Fontaine, le plus  grand fabuliste de tous les temps, a écrit les aventures d'un meunier et de son fils  avec une maîtrise consommée qui fait de cette fable un petit chef d'œuvre.

Voici un exemple d'introduction qui peut témoigner d'une ignorance du sujet : La Fontaine a eu des démêlés avec l'opinion qui lui reprochait ses inconduites. La fable le meunier son fils et l'âne est une défense de l'auteur qui veut montrer la faiblesse de l'opinion publique lorsqu'elle se préoccupe de vouloir juger quelqu'un.

Et voici une suggestion de ce que peut être une bonne introduction où l'on détermine la nature de la thématique et on se propose d'apprécier les intentions expressives de la schématique du texte constitutives du genre :

 Il s'agit dans ce texte du récit des aventures d'un meunier et de son fils allant vendre leur âne au marché face à l'antagonisme de l'opinion sous forme d'apologue. On examinera si l'auteur a bien su traduire les intentions expressives constitutives du genre de l'apologue : la stylisation d'une scène où doivent se mêler la fantaisie et la réalité avec le détachement nécessaire pour pouvoir en tirer un sens apologique sans sacrifier pour cela l'intérêt dramatique du récit. On examinera en particulier comment il a réussi la gageure de  tirer parti de l'alexandrin réservé habituellement au genre sérieux. On .appréciera la portée symbolique du récit si le sourire qu'il provoque peut être accompagné de réflexions profondes.

Quant à la conclusion, elle doit répondre aux questions posées dans l'introduction. En voici une suggestion :

Cette fable est incontestablement une réussite. On est sensible au pittoresque d'une scène amusante à la limite de la caricature On est obligé de se moquer de soi-même car on se reconnaît aisément dans la caricature des personnages comme dans ceux de la bande dessinée La gageure a été tenue : l'alexandrin donne l'illusion du sérieux tout en permettant certains effets d'humour du meilleur aloi. Même si la science du temps l'empêche d'apercevoir certains aspects de la question, le fabuliste  ne laisse pas de donner lieu à des réflexions sur l'opinion qu'il a mieux su analyser que beaucoup de traités fort  sérieux. Il a su préparer le terrain  pour des études savantes de l'opinion dont il a saisi toute l'importance.

Le développement du commentaire proprement dit consistera à le découper en autant de paragraphes (ici 9) qu'il y a de figures dans le moment (mouvement) du texte, en suivant horizontalement la ligne du commentaire correspondant et en négligeant bien entendu les titres des colonnes qui resteront implicites. Comme toujours, une aide scolaire n'a pas la prétention de résoudre tous les problèmes. Une aide se négocie: Elle doit en particulier tenir compte du fait que la culture est très variée : elle varie avec l'âge (l'expérience), avec les lectures, le milieu, l'époque, l'intérêt qu'on y porte etc…..Inutile donc de désespérer d'atteindre le niveau du "corrigé". On ne doit pas suivre un conseil à la lettre mais ce qui importe c'est d'en comprendre l'esprit en veillant à la correction de la langue.