le cochet

RETOUR AU SOMMAIRE

Pour illustrer le commentaire de texte du genre de l'apologue du deuxième type  on prendra comme exemple Le cochet le chat et le souriceau de La Fontaine, la fondation unitaire du genre étant ce qui détermine l'articulation de la schématique du moment du texte avec la thématique de la fragmentation du moment correspondant. Ici c'est la seconde option consistant à choisir des personnages représentés par des animaux qui est retenue. Il s'agit toujours  de suggérer plutôt que d'exprimer le caractère et les mœurs des personnages en utilisant un certain humour qui équivaut à un clin d'œil au lecteur. Tel est le mode d'intersubjectivité que la fable suppose. Mais l'humour est d'une autre sorte. Le choix des animaux n'est pas indifférent. Ceux-ci doivent suggérer déjà par leur aspect le caractère des personnages qu'ils représentent et permettre  ainsi à l'humour de jouer sur les deux tableaux La fondation est immédiate puisqu'elle n'a pas besoin d'intermédiaires structurel

COMMENTAIRE DE TEXTE DU GENRE DE L'APOLOGUE TYPE 2 Le cochet, le chat et le souriceau

De J.de La Fontaine

Un souriceau tout jeune, et quі n'avait гіеn vu,

Fut presque pris au dépourvu.

Voici comme il conta l'aventure à sa mère :

«J'avais fгаnсhі les monts qui bornent cet Etat,

Et trottais соmmе un jeune гаt

Qui сhегсhе à. se donner саггіèге,

Lorsque deux аnіmаuх m'ont arrêté les уеuх :

L'un doux, bénin et gracieux,

Et l'autre turbulent et рlеіn d'inquiétude ,

Іl а lа voix perçante et rude,

Sur lа tête un mогсеаu de сhаіг, ,

Une sorte de brаs dont іl s'élève еn l'аіг

Соmmе роuг prendre sa volée,

La queue еn panache étalée. »

Or c'était un cochet dont notre souriceau

Fit а sа mèге lе tableau,

Соmmе d'un аnіmаl уеnu de І'Amerique.

 Іl sе battait, dit-il, les flancs avec ses bras,

Faisant tel bruit et tel fracas,

Que mоі, qui, grâce аuх dieux,

De courage mе pique,

En аі pris lа fuite de реuг,

Le maudissant dе très bоn coeur.

 

Sans luі j'aurais fait соnnаіssаnсе

Avec cet animal qui m'а semblé si doux:

Іl est velouté comme nous,

Marqueté, longue queue, unе humЫе contenance,

Un modeste regard, et pourtant l'oeil Iuisant.

Je lе crois fort sympathisant

Аvec Messieurs les rats; саг іl а des oreiIles

En figure  аих nôtres pareilles.

Je l'allais аbогdег, quand d'un son рІеіn d'éclat

L'autre m'а fait prendre lа fuite.

-Моn fils, dit lа souris, се doucet est un chat,

Qui, sous son minois hypocrite,

Contre toute ta parenté

D'un mаlіn vouloir est porté*.

L'autre аnіmаl, tout аu contraire,

Віеn éloigné de nous щаl fаіге,

Servira quelque jour peut-être à nos repas.

Quant аu chat, c'est sur nous qu'iI fonde sa cuisine.

Garde-toi, tant que tu vivras,

De juger des gens sur la mine.

 

 

THEMATIQUE DE LA FRAGMENTATION DES MOMENTS DU TEXTE

La Fontaine rapporte le récit que fait un souriceau inexpérimenté à sa mère sur ses aventures face aux fausses valeurs que représentent  l'hypocrisie d'un chat et la turbulence d'un cochet ainsi que l'avis de la mère sur la question

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Du début à à sa mère

L'auteur présente les faits et son intention de rapporter la manière dont le souriceau en a fait le récit

Un souriceau a failli payer cher son inexpérience ; c'est lui même qui l'a raconté.

L'inexpérence est exprimée par un rythme binaire tout jeune et qui n'avait rien vu et l'annonce est abrupte grâce à un présentatif : voici comme et le parfait du verbe conta

Un alexandrin pour exprimer l'inexpérience

Et un autre pour exprimer l'annonce du récit mais désarticulé

L'octosyllabe étant réservé au drame évité de justesse

Un souriceau tout jeune, et quі n'avait гіеn vu, 6//6

Fut presque pris au dépourvu.4+4

Voici comme il conta l'aventure à sa mère : 2+4//3+3

 

L'allusion est déjà transparente : le souriceau désigne un être jeune à peine sorti de l'enfance 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De j'avais franchi

à m'ont arrêté les yeux

l'auteur rapporte les propos du souriceau qui indique d'abord

les circonstances de sa découverte

Il avait franchi la zone de tous les dangers hors de son territoire et connaissait pour la première fois l'

ivresse de la liberté, le plaisir de découvrir seul le monde,.lorsqu'il fait une étrange rencontre.

On a souvent remarqué l'emphase du ton avec l'emploi des termes comme franchi, les monts, le verbe borner, l'Etat au lieu de termes plus simples. Le verbe trotter montre l'allégresse de l'animal et comme un jeune rat la fierté d'appartenir à une illustre race qui peut se permettre de se donner carrière. Arrêter les yeux a quelque chose de légèrement pédant.

Deux alexandrins, l'un pour exprimer l'emphase 4+2//3+3, l'autre pour rendre la surprise 6//4+2

 encadrent deux octosyllabes pour traduire la vivacité de l'allure 3+5 et 2+4+2 où l'on note l'allitératien  t

Le museau pointu de la souris et ses petit yeux vifs conviennent pour symboliser la fougue de la jeunesse entreprenante. Qui ne se souvient de l'ivresse des premiers moments de liberté hors de la surveillance des parents ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De l'un doux

A en panache étalée

Il rapporte comment le souriceau réagit vis-à vis des deux animaux

l'un est aussi doux que l'autre est turbulent mais l'aspect du second est effrayant à la fois par sa voix et par son aspect .

La douceur est marquée par l'emploi de termes soigneusement choisis doux bénin gracieux assorti d'un rythme ternaire

La turbulence est surtout affaire de deux attributs turbulent et plein d'inquiétude mais la voix perçante et rude les périphrases le morceau de chair sur la tête la sorte de bras dont il s'élève en l'air comme pour prendre sa volée sont aussi des épithètes effrayantes qui font penser à quelque monstre.

Le mètre est utilisé dans un savant désordre

Les alexandrins pour traduire le turbulence et l'horreur de ce bras monstrueux les octosyllabes réservés à des effets plus modestes,

 

L'un doux, bénin et gracieux, 1+1+2+4

 Et l'autre turbulent et рlеіn d'inquiétude ,3+3//6

Іl а lа voix perçante et rude,2+2+2+2

Sur lа tête un mогсеаu de сhаіг, ,3+5

 Une sorte de brаs dont іl s'élève еn l'аіг6//4+2

Соmmе роuг prendre sa volée,5+3

La queue еn panache étalée. »2+3+3

 

 L'allusion est là aussi transparente : d'un côté un hypocrite sachant cacher sa cruauté innée sous les apparences d'une douceur habilement feinte; de l'autre un fanfaron faisant mine de tout casser mais en réalité incapable de ne rien réaliser de tel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Le fabuliste intervient pour expliquer non sans humour quelle sorte d'animal le souriceau décrit ainsi.

Il s'agit d'un cochet qu'il décrit comme un animal extraordinaire.

 L'humour paraît dans l'emploi malicieux de la conjonction transitive et du pronom possessif notre. l'emploi  abusif du terme de  tableau et de l'Amérique comme pays d'origine

Deux alexandrins encadrent un octosyllabe qui met en relief l'énormité de la méprise du souriceau

Or c'était un cochet dont notre souriceau3+3//6

Fit а sа mèге lе tableau,1+4+3

Соmmе d'un аnіmаl vеnu de І'Amerique6// 2+4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De il se battait

A de très bon cœur 

Le fabuliste rapporte comment le souriceau continue son récit avec la description du cochet et l'effet qu'il finit par produire sur lui 

C'est toujours l'effroi qui prédomine à tel point qu'il prend la fuite et qu'il n'a plus comme ressource que de le maudire de loin..

le verbe réfléchi se battre (les flancs avec les bras) exprime le bruit effroyable qui en résulte tel bruit et tel fracas amenant une consécutive attendue. On remarque ra la construction de la phrase avec une protase interrompue par une incise pleine d'humour coïncidant avec la principale et l'apodose avec la consécutive sans compter l'utilisation parallèle du mètre :l'alexandrin  pour le bruit et la mise en relief de la relative du sujet rivalise avec l'octosyllabe qui relance la phrase ou en favorise la chute.

IІ sе battait, dit-il, les flancs avec ses bras,4+2//2+4

Faisant tel bruit et tel fracas,2+2+4

Que mоі, qui, grâce аuх dieux,de courage mе pique*,2+4//4+2

En аі pris lа fuite de реuг,3+3+2

Le maudissant de très bon cœur4+4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De sans lui

A fuite

L'auteur rapporte comment le souriceau confesse  à sa mère la tentation qu'il a eue et les raisons de son échec.

Il a été tenté de faire connaissance avec l'animal qui lui semblait doux pour plusieurs raisons

1.       il le trouvait  accueillant

2.       il admirait son aspect

3.       il lui semblait qu'il appartenait  à la grande famille des rats à cause de sa ressemblance

S'il n'a pas pu le faire ,c'est la faute de l'autre  qui l'a mis en fuite par son bruit effroyable.

L'inversion de la condition sans lui prépare la confession. L'attirance est forte il  trouve les mots qui traduisent son admiration pour le velouté le marqueté, la longue queue et surtout l'humble contenance et le modeste regard qui rassure malgré toutefois un oeil brillant un peu inquiétant. la phrase est longue avec une chute impressionnante pour marquer le danger de la rencontre

Sans luі j'aurais fait соnnаіssаnсе 2+3+3

Avec cet animal qui m'а semblé si doux 6//+4+2

Іl est velouté comme nous,5+3

Marqueté, longue queue, unе humble contenance,3+3//6

Un modeste regard, et pourtant l'oeil luisant6//3+3

deux octosyllabiques : l'un pour marquer la douceur du velouté et l'autre la candeur du souriceau

la phrase suivante contient des mots destinés à traduire la fierté d'appartenir à la même race que l'animal qui est jugé sympathisant de la noble famille de Messieurs les rats . L'inversion du complément aux nôtres  met en relief l'épithète d'oreilles pareilles

Je lе crois fort sympathisant3+6

Аvec Messieurs les rats; саг іl а des oreiIles6//3+3

En figure  аuх nôtres pareilles.3+3+2

C'est l'octosyllabe qui souligne la sympathie dont il croit être l'objet

Je l'al1ais аbогdег, quand d'un son рІеіn d'éclat6//6

L'autre m'а fait prendre lа fuite.4+2+2 est une phrase courte où l'octosyllabique veut traduire le dépit du souriceau  d'avoir ainsi été dérangé.

On a tous plus ou moins vécu l'aventure du souriceau dans notre jeunesse  d'avoir échappé à un danger inconnu à cause de notre inexpérience. La méprise du souriceau fait allusion a la vulnérabilité de l'adolescent manipulé par un aigrefin;  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

De Mon fils à la fin

L'auteur rapporte les conseils avisés de la mère qui donne son avis sur la question

Elle a une vue complètement opposée sur la façon de voir les choses : le chat pour elle est un monstre et au contraire le cochet est complètement inoffensif

Le ton est d'abord affectueux le discours commence par l'apostrophe Mon fils. Mais ensuite, il devient violent pour qualifier le chat Doucet (proprement hypocrite) est accompagné d'un démonstratif péjoratif (ce doucet) et est employé comme sujet au lieu de l'être comme attribut . Le sens des termes est nettement péjoratif : le minois hypocrite le malin vouloir et l'emploi systématique de l'inversion insiste sur la malignité du chat. L'hypocrite c'est proprement le prestidigitateur habile dans l'art de tromper.

Porté sera pris au sens d'animé minois au sens de visage et malin au sens de malfaisant

L'opposition entre les points de vue est soulignée par l'emploi initial de la conjonction tout au contraire et le contraste entre les termes choisis.

Bien éloigné de nous mal faire--servira à nos repas//il fonde sa cuisine

On notera l'emploi du gallicisme de mise en relief assorti d'une inversion C'est sur nous qu'il fonde sa cuisine et de la formule référentielle Quant au  chat dans la proposition indépendante

La versification est mise à profit en particulier le mètre du vers . L'auteur joue de l'octosyllabe  l'alexandrin exprimant les choses importantes.

Mon fils dit la souris ce doucet est un chat 2+4//3+3

Servira quelque jour peut être à nos repas 3+3//2+4

Les octosyllabes réservés aux choses secondaires 

Qui sous son minois hypocrite(8) 

avec une allitération en s

Contre toute ta parenté (8)

avec une allitération en -t

D'un malin vouloir est porté5+3  

avec une allitération en -l

On se souvient de Grippeminaud le bon apôtre qui désigne le chat dans une autre fable bien connue. Allusion transparente à la sagesse d'une personne posée qui ne s'en laisse pas conter : telle est la mère que le jeune homme a la chance de posséder qui l'empêche de s'exposer inconsidérément au danger.

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

EXPRESSION DU SENS

CONNOTATION DE L'EXPRESSION DU SENS

Enfin la souris veut clore le débat avec une  maxime pour l'édification finale de son souriceau

Il s'agit d'une mise en garde

Il ne faut pas juger des gens sur les apparences

Un problème d'exégèse. Un universitaire[1] commente ainsi l'emploi de l'expression "des gens". Il s'agirait d'une construction archaïque. On dirait aujourd'hui : juger les gens

Or, c'est ignorer que le verbe juger a deux formes : l'une transitive et l'autre intransitive

Robert cite comme exemple de le deuxième forme  une phrase de Racine dans Mithridate (I,1)

Juge de ma douleur.

 Pourquoi ne pas admettre que La Fontaine ait sciemment employé le verbe au sens intransitif de porter un jugement quel qu'il soit à propos des gens. Jugement qui établit un juste équilibre entre connaissance et croyance;.

La forme est celle de la maxime : un impératif catégorique où la mine (du breton, min = museau) a un sens très large qui va du comportement à la couleur de la peau en passant par le costume et l'extravagance des mœurs. Une condition sine qua non tant que tu vivras

Le mètre utilisé par le fabuliste est l'octosyllabique qui exprime le mieux l'intention gnomique de l'auteur

Garde-toi, tant que tu vivras  .3+5

De juger des gens sur la mine. 3+2+3

En somme la mère convie son souriceau à mieux juger des gens en levant l'obstacle du culte des valeurs qui empêche la raison du bon sens de se manifester. Cela va très loin puisqu'elle condamne tout racisme toute discrimination fondée sur le facies, sur la façon d'être. Cette fois la mère souris a toute notre sympathie  son jugement est sain pour pouvoir distinguer le vrai du faux en faisant la part de la croyance et de la connaissance. Au souriceau de ne plus se perdre dans le culte idéologique des valeurs racistes, et de se rendre compte que les conditions du bon jugement sont à ce prix. En ce sens, la puissance de bien juger, de distinguer le vrai du faux qui est proprement le bon sens ou la raison, est précisément égale en tous les hommes, comme le pense Descartes.

 

 

On en arrive à l'introduction qui obéit à des règles précises (cf le meunier) . En voici une suggestion:

Dans ce texte, l'auteur rapporte sous forme d'apologue le récit qu'un souriceau fait à sa mère de ses aventures face à l'hypocrisie d'un chat et à la turbulence d'un cochet et l'avis de la mère sur la question. On examinera les qualités expressives du text

Capturé par MemoWeb à partir de http://pagesperso-orange.fr/paul.martin/le_cochet.htm  le 12/08/2008