iphigénie

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§1 §2 §3 §4 §5

§1 Dans le genre littéraire de la représentation classique  tragique, on distinguera un autre type :le type racinien. Comme exemples de commentaire de texte le concernant, on choisira des textes extraits de la pièce d'Iphigénie écrite par Racine en 1674, vingt ans après Polyeucte de Corneille . L'auteur est né à Paris en 1639, ville qu'il habita à partir de1659 et où il écrivit ses pièces les plus connues. La fondation unitaire du genre reste toujours la représentation du protagonisme de la passion des valeurs chez un personnage face à l'antagonisme de la passion des valeurs chez d'autres personnages, dans une situation de crise mais à un niveau plus humain où l'homme a ses faiblesses et ne se laisse pas enfermé dans le fanatisme de l'homme de devoir. Le drame se trouve toujours assujetti à des règles strictes: les unités de lieu de temps et d'action qui ont justifié l'appellation de littérature classique. Il est aussi tributaire d'un goût de l'époque pour la préciosité.

Comme on a besoin d'intermédiaires structurels, la mise en place tiendra compte d'une fondation unitaire médiate. Le commentaire proprement dit consistera à déterminer la thématique de la fragmentation du moment du texte pour examiner la manière dont l'auteur a su articuler la schématique du moment et traduire les intentions expressives constitutives du genre sur un registre tragique. L'auteur qui représente le jeune génération, plutôt que d'obéir à l'ordre des doctes sensibles à la grandeur épique des personnages, préfère l'ordre des mondains qui ne jugent pas d'après des règle préétablies mais selon le plaisir que procure le spectacle.  Sans doute l'émotion tragique doit être forte, reposer sur la terreur et la pitié mais elle ne doit pas être trop violente au point de devenir une douleur.  C'est là qu'intervient toujours la nécessité de respecter une certaine bienséance qui va jusqu'à s'efforcer de ne pas choquer les mœurs du contemporain de l'auteur : son idéal philosophique, moral, religieux, et maintenant l'idéal mondain de l'honnête homme de la bourgeoisie, celui de la convenance mondaine et de la délicatesse. On respecte les règles mais on les interprète différemment d'une manière moins étroite. On se soucie surtout de respecter la bienséance morale, le naturel et la vraisemblance dans les caractères et l'action, et de sauver les personnages touchants sans lesquels il n'y a pas de vraie tragédie.

L'auteur a choisi le cadre mythologique du merveilleux pour développer le  protagonisme  Encore faut-il s'entendre sur le sens de mythe qui vient du grec μυθος=parole/discours. Comme il n'est pas facile de trouver le sens étymologique, on fera appel à une définition de P.Valèry toujours soucieux d'exactitude : "mythe est le nom de tout ce qui n'existe et ne subsiste qu'ayant la parole pour cause"(Variété II p.230). Autrement dit, le mythe étymologiquement, c'est ce qui n'a aucune existence en dehors d'une parole prononcée.

L'histoire du terme montre qu'on est loin de s'entendre sur son vrai sens. A l'instar de Cassirer qui dans son livre Le Mythe de l'Etat a examiné le problème avec beaucoup de pertinence on récusera l'opinion simpliste d'un mythe qui serait le résultat d'une "stupidité originaire"fondamentalement dépourvue de valeur et de sens. Mythe signifiant pour un très grand nombre de gens, pensée confuse ou erreur : toute idée fausse est traitée de mythe. Il faudrait alors admettre que toutes les cultures  se manifestant dans les mythologies abondantes des différents peuples ne sont que des déguisements vides de sens.

 

             On rejettera aussi bien la définition traditionnelle du  mythe qui ignore toute étymologie : une histoire d'origine inconnue et au moins partiellement traditionnelle, qui relate des évènements actuels pour expliquer quelque pratique, croyance, institution ou phénomène naturel et qui est spécialement associée avec des croyances et des rites religieux. Il nous reste la possibilité de faire un examen terminologique pour trouver une définition du  mythe qui ne s'éloigne pas de son sens étymologique.

  Selon Lalande, on  peut distinguer trois sens du MYTHE,

A.        Récit fabuleux, d'origine populaire et non réfléchie, dans lequel des agents impersonnels, le plus souvent les forces de la nature, sont représentés sous formes d'êtres personnels, dont les actions ou les aventures ont un sens symbolique. « Les mythes solaires. Les mythes du printemps. » Se dit aussi des récits fabuleux, qui tendent à expliquer les caractères de ce qui est actuellement donné : « Le mythe de l'âge d'or, du Paradis perdu. »

B. Exposition d'une idée ou d'une doctrine sous une forme volontairement poétique et narrative où l'imagination se donne carrière, et mêle ses fantaisies aux vérités sous-jacentes. « Le mythe de la Caverne. »

c. Image d'un avenir fictif (et même le plus souvent irréalisable) qui exprime les sentiments d'une collectivité et sert à entraîner l'action. - Cette acception a été créée par Georges Sorel, dans l'introduction à ses   Réflexions sur la Violence (1907). Les mythes héroïques « Le mythe de la grève générale. » - On peut parler indéfiniment de révolte sans provoquer jamais aucun mouvement révolutionnaire, tant qu'il n'y a pas de mythes acceptés par les masses. , Ibid.,.p45.

  La première définition pèche par la confusion des notions de  signification et de désignation du mythe dans celle de sens. La seconde  définition est abusive dans la mesure où le mythe perd sa nature primitive pour devenir une dialectique de la pensée. Dans la troisième, le mythe devenant le moteur d'un mouvement de foule perd son ingénuité primitive au profit d'une utilisation révolutionnaire. C'est pourquoi il est préférable conformément au sens étymologique de voir dans le mythe quelque chose qui, n'ayant  aucune existence en dehors d'une parole prononcée, a besoin d'une herméneutique pour l'interpréter : c'est à dire une mythologie qui se manifeste dans un culte mythologique des valeurs.

                    En tout cas on ne peut pas ignorer que les mythes relatant le cadre des évènements, les conditions et actes de dieux, ou d'êtres surhumains qui sont en dehors de  la vie ordinaire des hommes  et cependant fondamentaux par rapport à celle-ci constituent une mythologie. Soit qu'on en fasse une allégorie narrative --  un corps de mythes relatifs à des dieux, demi-dieux ou héros légendaires  concernant un peuple—une branche de connaissances qui étudie le mythe— une croyance populaire qui s'est développée autour de quelqu'un ou de quelque chose, on oublie le sens étymologique d'une herméneutique qui se manifestant dans un culte mythologique des valeurs prétend combler le vide qui s'offre ainsi à la condition humaine.

                 On pourrait penser en effet que ces évènements extraordinaires sont établis en un temps différent du temps historique, souvent au commencement de la création ou aux premiers âges de la préhistoire. Ils fournissent alors des modèles pour la conduite humaine, les institutions ou les conditions universelles. Mais les images du mythe sont partagées par d'autres sortes de texte que la mythologie. Les contes étiologiques expliquent les origines ou les causes des aspects variés de la nature de la société ou de la vie humaine. Les contes féeriques traitent d'êtres et d'évènements extraordinaires mais manquent de l'autorité du mythe. Les sagas et les épopées se réclament de l'autorité et de la vérité du mythe mais réfléchissent des faits historiques spécifiques.

              Parce qu'on pense qu'ils sont le sanctuaire de la vérité et de la connaissance, les mythes sont supposés aider à la maîtrise de l'univers ou rendre les activités de l'homme efficaces avec eux. Les mythes cosmogoniques en particulier qui relatent les origines du  monde sont liés dans beaucoup de cultures avec l'intronisation des rois ou d'autres évènements dont dépend le bien être du monde. Etroitement liés aux comptes rendus de l'origine du monde, sont les mythes relatant l'origine de l'homme ou des institutions de la société. Les mythes eschatologiques traitent de la fin du monde, tandis que les autres expliquent la relation entre l'éternité et l'actualité du monde. Les mythes parfois remontent à  des héros culturels qui ont contribué à rendre la terre habitable pour l'homme ou à des êtres surhumains qui ont rendu  l'existence terrestre possible. Les mythes expliquent comment la mort et le mal furent introduits dans la vie, ou ils peuvent dire comment la connaissance fondamentale fut oubliée et  recouvrée. Ils fournissent des modèles pour la conduite humaine, les institutions ou les conditions universelles. Ce n'est pas parce qu'on détruit des idoles qu'on supprime du même coup tout culte mythologique des valeurs : pour preuve, les superstitions variées qui continuent à sévir dans notre état de civilisation concernant le mythe du monarque, de l'homme providentiel, du culte de la personnalité ; celui du savoir inné, de l'homéopathie à l'astrologie de l'horoscope  en passant par  le don de voyance attribuée à certaines personnes.

                   Racine en choisissant un cadre mythologique pour sa pièce  d'Iphigénie, suppose que les spectateurs du XVIIème sont instruits de la civilisation des Grecs qui ainsi cherchant à échapper à leur condition en s'identifiant à des héros connaissent les mêmes problèmes qu'eux mais amplifiés à une dimension cosmique dans une époque  où le destin des hommes est soumis à la volonté de dieux qui leur ressemblent, où le ciel et la terre se trouvent si mêlés qu'on a de la peine à s'y reconnaître. Mais aussi il faut supposer que ces mêmes spectateurs sont capables de la comprendre et d'y entrer dans la mesure où ils ne sont pas étrangers à une telle expérience.

 

On illustrera ainsi le cadre mythologique des ancêtres d’Iphigénie

Dans la légende grecque fils de Pélops de Mycènes et de sa femme Hippodamie, Atrée était le frère aîné  de Thyeste et roi de Mycènes. L'histoire de sa famille — les Atrides— est virtuellement sans rivale dans l'Antiquité pour sa complexité et sa corruption.Une malédiction, dit-on prononcée par Myrtile, un rival qui fut tué par Pélops, accabla les descendants de Pélops. Ses fils Alcathe, Atrée et Thyeste furent à l'origine d'une  sanglante rivalité, avec le meurtre de leur demi-frère Chrysippe , fils de l'union de Pélops avec une nymphe. Après le crime les trois frères s'enfuirent de leur ville natale de Pise: Alcate alla à Mégare ; Atrée et Thyeste s'établirent à Mycènes où Atrée devint roi. Mais Thyeste, soit qu'il contesta le droit au pouvoir d'Atrée, soit qu'il séduisit la femme d'Atrée Europe, fut chassé de Mycènes. Pour se venger, Thyeste envoya Plisthenes (fils d'Atrée que Thyeste avait élevé comme son propre fils), mais le garçon fut lui–même tué, son père ne l'ayant pas reconnu. Quand Atrée apprit l'identité du garçon, il rappela Thyeste à Mycènes sous prétexte de  réconciliation. A un banquet Atrée servit à Thyeste la chair de son propre fils que Thyeste avait tué en vengeance de la mort de Plisthènes. On raconte que le soleil arrêta sa course pour ne pas éclaires cette terrible scène. Thyeste s'enfuit d'horreur à Sicyon où il féconda sa propre fille Pélops dans l'espoir d'élever un fils de plus pour se venger. Atrée ensuite épousa Pélopia et celle-ci eut un fils  Aegisthe. Atrée croyait que cet enfant était le sien mais en fait il était le fils de Thyeste. Plus tard Agamemnon et Ménélas — fils d'Atrée et d'Europe— retrouvèrent Thyeste et l'emprisonnèrent à Mycènes. Aegisthe fut envoyé  pour tuer Thyeste mais ils se reconnurent, à cause de l'épée que Pélops avait enlevée à son père et donnée à son fils. Le père et le fils tuèrent Atrée, s'emparèrent du trône et exilèrent Agamemnon et Ménélas. C'est dans un tel contexte qu'il faut comprendre le sacrifice d'une jeune fille appartenant à la lignée maudite des Atrides.

Dans le dernier commentaire il est question de Mégère qui est une des Furies  aussi appelées Euménides par euphémisme (les bonnes âmes) par crainte de leur pouvoir maléfique. Dans la mythologie grecque un des groupes de divinités de la vengeance, elles étaient probablement des malédictions personnifiées mais furent originellement conçues comme fantômes de personnes assassinées. Selon la tradition, elles étaient les filles de Gée (la terre) et issues du sang de son épouse mutilée Uranus. Euripide fut le premier à parler de trois Furies. On les nomma plus tard Alecto (“toujours en colère”), Tisiphone (“vengeresse”), et Mégère (“Jalouse”). Elle vivaient dans le monde souterrain et remontaient sur terre pour poursuivre            leurs     victimes.

 .  

 On illustrera ensuite le cadre géographique de l'action. L'auteur situe l'action à Aulis, dans la tente d'Agamemnon, roi de Mycènes appartenant à la fameuse famille des Atrides

 

   Racine représente le protagonisme d'une jeune Iphigénie qui a la passion des valeurs filiales face à d'autres personnages qui ont la passion des valeurs du pouvoir, comme Ulysse et Agamemnon, des valeurs amoureuses comme Achille, des valeurs de l'amour maternel comme Clytemnestre  ou  la passion de la rivalité amoureuse comme Eriphile (personnage ajouté pour les besoins de la cause). On illustrera ainsi le cadre des liens affectifs des personnages mêlés à l'action de manière à pouvoir les situer dans le cadre généalogique précédent  

(1)On sait qu'Homère décrit Ulysse roi d'Ithaque, comme un homme d'une sagesse et d'une habileté exemplaires, plein de ressources, de courage et d'endurance. Dans l'Iliade il apparaît comme l'homme le mieux capable de résoudre les crises dans  les relations personnelles entre Grecs, et il joue un rôle proéminent en achevant la réconciliation entre Agamemnon et Achille. Son  courage et son habileté dans la combat sont démontrés maintes fois, et sa volonté est manifeste particulièrement au cours de l'expédition de nuit avec Diomède  contre les Troyens.

(2)C'est une princesse de naissance inconnue, captive d'Achille, toujours bien informée de la situation; chacun s'exprimant devant elle sans méfiance. Racine a écrit que sans  elle, il n'aurait pas osé écrire sa pièce.

(3)Dans la mythologie grecque Achille est le fils du mortel Pélée, roi des Myrmidons, et de la nymphe Thétis. Il fut le plus brave  le plus beau et le plus grand des guerriers de l'armée d'Agamemnon dans la guerre de Troie. Selon Homère, il fut élevé avec son cousin et inséparable compagnon Patrocle.

 L'action commence au moment où l'armée grecque est  réunie dans le port d'Aulis sous le commandement d'Agamemnon pour venger l'affront qu'a reçu son frère Ménélas, dont l'épouse a été emmenée à Troie après avoir été ravie par Pâris, fils de Priam. Mais par la faute des dieux, les vents ne sont pas favorables à  la flotte qui doit rester au port dans l'attente d'une meilleure conjoncture. L'action distribuée en cinq actes se terminera lorsque  la volonté des dieux et leurs exigences seront satisfaites, selon la légende..

 §2

MISE EN PLACE DU PREMIER TEXTE A COMMENTER (I,1)

Agamemnon vient de raconter à son confident comment il a été amené à condamner les dieux, et à se résoudre à congédier l'armée. Iphigénie est en butte à une malédiction des dieux décidés à la sacrifier pour apaiser la colère de Diane qui réclame une fille du sang d'Hélène, condition nécessaire pour obtenir les vents favorables à l’expédition contre Troie.. C'est là que se situe le texte à  commenter.

 

La confidence d'Agamemnon sur un revirement obtenu sous influence

,

Ulysse en apparence approuvant mes discours

 De ce premier torrent laissa passer le cours.

Mais bientôt rappelant sa cruelle industrie,

Il me représenta l'honneur et la patrie,

Tout ce peuple, ces rois, à mes ordres soumis,

Et l'empire d'Asie à la Grèce promis :

De quel front immolant tout l'État à ma fille,

Roi sans gloire, j'irais vieillir dans ma famille!

Moi-même (je l'avoue avec quelque pudeur),

Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur,

Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce

Chatouillaient de mon coeur l'orgueilleuse faiblesses

Pour comble de malheur, les dieux toutes les nuits,

Dès qu'un léger sommeil suspendait mes ennuis,

Vengeant de leurs autels le sanglant privilège',

Me venaient reprocher ma pitié sacrilège',

Et présentant la foudre à mon esprit confus',

Le bras déjà levé, menaçaient mes refus.

Je me rendis, Arcas; et vaincu par Ulysse,

De ma fille, en pleurant, j'ordonnai le supplie

 

 

THEMATIQUE

de la fragmentation

du moment du texte

Racine représente Agamemnon racontant à Arcas comment il a dû faire face à Ulysse au sujet de sa fille.

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Ulysse à  dans ma famille!

Il décrit l'attitude d'Ulysse

Ulysse passé maître dans l'art de la feinte sait paraître conciliant mais c'est pour mieux circonvenir l'adversaire

Une indépendante avec une inversion suggestive pour énoncer  l'apparence d'une approbation trompeuse et pour montrer qu'Ulysse ne se laisse pas prendre  au discours volubile d'Agamemnon

Ulysse en apparence approuvant mes discours (6//3+3)

 De ce premier torrent laissa passer le cours. (6//4+2)

La phrase suivante rebondit avec une coordination adversative et l'opposition entre la brièveté de la protase et le volume de l'apodose ainsi que l'ampleur de l'accumulation des objets dans un ordre croissant.

Mais bientôt rappelant sa cruelle industrie,| (6//6)

Il me représenta

 l'honneur et la patrie, (6//2+4)

 

Tout ce peuple, ces rois, à mes ordres soumis, (4+2//4+2)

 

Et l'empire d'Asie à la Grèce promis : (6//4+2)

 

De quel front immolant tout l'État à ma fille, (3+3//3+3)

 

Roi sans gloire, j'irais vieillir dans ma famille! (4+2//2+4)

 

On notera les inversions pour mettre en relief le détail important, à mes ordres| à la Grèce| Roi sans gloire et la contribution du rythme du vers opposant la symétrie à la variété du mètre.

 

 

 

 

 

L'ingénieux Ulysse est bien ici conforme au héros de la légende

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De moi-même à l'orgueilleuse faiblesse il  confie à Arcas les sentiments que provoque en lui le discours d'Ulysse.

Il est partagé entre la honte et la vanité mais la corde sensible de la vanité vibre intensément. Ulysse a déjà gagné la partie.

Une alliance de mots curieuse traduit le partage1'orgueilleuse faiblesse  l'inversion de mon cœur

et aussi l'aveu contrit parenthétique (je l'avoue avec quelque pudeur),

Mais ce qui domine, c'est l'orgueil marqué par l'abondance des possessifs   Moi~même/ mon pouvoir/ ma grandeur, l'emploi de formules laudatives

Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce

Le terme de  Chatouillaient est presque trivial et manifeste un goût immodéré pour le pouvoir. De même

le rythme rend le ton presque primesautier qui est choquant dans de telles circonstances.

Moi~même, (je l'avoue avec quelque pudeur) ,3//3+6

Charmé de mon pouvoir et plein de ma grandeur, 2+4//2+4

Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce6/6

Chatouillaient de mon cœur 1'orgueilleuse faiblesse.3+3//6

Le personnage est rien moins que sympathique

 

 

 

Racine est toujours fidèle à la tradition mythologique mais sans rien sacrifier de la réalité humaine psychologique

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De pour comble de malheur à mes refus

Il confie à Arcas dans quel état d'âme il se trouvait alors.

Il était assiégé par des cauchemars affreux où les dieux lui reprochaient sa pitié sacrilège.

Le ton est celui d'un homme à bout de nerfs. La phrase exclamative est construite dans ce sens avec une disjonction expressive du sujet par rapport au verbe à partir d'une inversion soulignant l'acharnement dont il est victime

Pour comble de malheur,

 les Dieux toutes les nuits,6//6

{Dès qu'un léger sommeil suspendait mes ennuis 6//4+2Vengeant de leurs autels le sanglant privilège2+4//6)}

Me venaient reprocher ma pitié sacrilège!3+3//3+3

Le mètre opposant la rupture du rythme à  la plénitude des hémistiches dans le même but. La phrase suivante brève, elliptique, utilise  une inversion soulignant le caractère insupportable d'une menace des dieux

Et présentant la foudre à mon esprit confus,

Le bras déjà levé, menaçaient mes refus.

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Dans les deux derniers vers Agamemnon lui apprend à  quel résultat a finalement abouti  la harangue.

Il s'est rendu et s'est résigné au sacrifice de sa fille. La sincérité de sa douleur pouvant être mise en doute à cause d'une certaine jubilation intérieure qu'il cache soigneusement. La faiblesse du personnage éclate et laisse présager  le pire.

Le ton résigné est l'effet de l'emploi de termes comme rendis, vaincu, du parfait verbal, du passif vaincu par Ulysse, de l'apostrophe Arcas qui cherche une excuse

et d'inversions suspensives pour souligner l'horreur de la situation qu'exprime le terme de supplice.

Le mètre syncopé  est particulièrement éloquent pour exprimer les sanglots aussi bien que l'allitération pleurant/ supplice.

Je me rendis, Arcas ; et vaincu par Ulysse,4+2//3+3

 De ma fille, en pleurant, j'ordonnai le supplice.3+3//3+3

Toutefois ma fille et en pleurant, sonnent faux comme s'il s'agissait de larmes de crocodile.

 

 

 INTRODUCTION

Dans ce texte, Agamemnon raconte à Arcas comment Ulysse s'y est pris pour le convaincre d'immoler sa fille. Le fait de préférer à l’ordre des Doctes et à la grandeur épique des personnages, l’ordre des mondains qui ne jugent pas d'après des règle préétablies mais selon le plaisir que procure le spectacle, nuit-il à l'émotion tragique qui doit être forte, reposant sur la terreur et la pitié, sans être trop violente au point de devenir une douleur ?.  Il s’agit de savoir si l’auteur s’est soucié, à l’intérieur d’un cadre où règne le culte mythologique des valeurs, de respecter malgré tout le naturel et la vraisemblance dans les caractères et l'action, et de sauver les personnages touchants sans lesquels il n'y a pas de vraie tragédie ? A-t-il pu respecter une certaine bienséance pour ne pas choquer les mœurs du contemporain de l'auteur : son idéal philosophique, moral, religieux, constituant l'idéal mondain de l'honnête homme de la bourgeoisie, celui de la convenance mondaine et de la délicatesse ?

CONCLUSION CONSEQUENTE

On se rend compte que quelque chose a changé dans l’approche de la tragédie. Les personnages représentés sont soumis  au culte mythologique des valeurs où ce sont les dieux qui gouvernent le destin des hommes. Mais Calchas, le devin grec, a beau dicter les conditions que réclament les dieux pour le départ de la flotte grecque pour Troie, les personnages restent très humains, trop humains ; car Racine ne laisse pas de  peindre un père aussi faible qu’Agamemnon prêt à sacrifier sa fille à son ambition et l’ingénieux Ulysse capable d’exercer toute son industrie pour le triomphe de la cause. La tension dramatique est à son comble : la victime désignée, pitoyable et touchante peut difficilement échapper à un destin que les hommes gouvernent autant que les dieux.  

§3

Le second texte à commenter est extrait de l’acte II  sc.2.

 

MISE EN PLACE DU TEXTE A COMMENTER

  La ruse d’Agamemnon a échoué qui devait empêcher Iphigénie d’arriver à Aulis sous prétexte qu’Achille épris d’Eriphile différait son mariage. Clytemnestre et Iphigénie accompagnées d’Eriphile sont arrivées dans le camp et Iphigénie vient de s’étonner de la froideur de l’accueil de son père. C’est là que se situe le texte à expliquer.

Les interrogations d’Iphigénie

IPHIGÉNIE

 

Hé! mon père, oubliez votre rang à ma vue.

Je prévois la rigueur d'un long éloignement.

N'osez-vous sans rougir être père un moment ?

Vous n'avez devant vous qu'une jeune princesse'

A qui j'avais pour moi vanté votre tendresse.

Cent fois lui promettant mes soins, votre bonté,

J'ai fait gloire  à ses yeux de ma félicité.

Que va-t-elle penser de votre indifférence?

Ai-je flatté ses voeux d'une fausse espérance?

N'éclaircirez-vous point ce front chargé d'ennuis'?

 

AGAMEMNON

 

Ah! ma fille!

 

IPHIGÉNIE

 

Seigneur, poursuivez.

 

AGAMEMNON

Je ne puis.

 

IPHIGÉNIE

 

Périsse le Troyen auteur de nos alarmes'!

 

AGAMEMNON

 

Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes.

 

IPHIGÉNIE

 

Les dieux daignent  surtout prendre soin de vos jours!

 

AGAMEMNON

 

Les dieux depuis un temps me sont cruels  et sourds.

 

 

IPHIGÉNIE

 

Calchas, dit-on, prépare un pompeux  sacrifice.

 

AGAMEMNON

 

Puissé-je auparavant fléchir leur injustice!

 

 

IPHIGÉNIE

 

L'offrira-t-on bientôt ?

 

AGAMEMNON

Plus tôt que je ne veux.

 

IPHIGÉNIE

 

Me sera-t-il permis de me joindre à vos voeux'?

Verra-t-on à l'autel votre heureuse  famille?

 

AGAMEMNON

Hélas!

 

IPHIGÉNIE

 

Vous vous taisez?

 

AGAMEMNON

 

Vous y serez, ma fille.

Adieu.

 

 

   

THEMATIQUE

de la fragmentation

du moment du texte

Racine représente Iphigénie se heurtant à la froideur de l'accueil que lui réserve son père

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

Correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Hé! mon père à ce front chargé d'ennuis' elle en est réduite à faire des suppositions.

Elle prévoit les effets  d’une longue séparation

 

 Elle exhorte son père à plus de simplicité tout  en reconnaissant la difficulté qu’elle s’efforce de comprendre.

L’interjection Hè et l’impératif sont les marques de l’exhortation.

 Le ton reste celui d’une jeune princesse  oubliez votre rang à ma vue

Le rythme du vers par son élargissement permet d’opposer la vigueur de l’exhortation à  la difficulté que représente la longueur de la séparation

Hé! mon père, oubliez votre rang à ma vue.(3+3//3+3)

Je prévois la rigueur d'un long éloignement. .(3//3+6)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

Correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De N'osez-vous sans rougir

 à  Ah! ma fille!

 

Elle s’interroge plus longuement sur  la présence d’Eriphile qui justifierait l’attitude prudente de son père

 

Rien ne justifie cette méfiance vis-à-vis d’Eriphile avec qui elle est liée par des liens d’amitié très forts. Elle essaie de faire vibrer la fibre paternelle en montrant que le père contribue à détruire cette amitié en donnant d’elle une image peu flatteuse.

Elle n’obtient qu’un  soupir Ah! ma fille!

 

Pour cela elle emploie la forme interro-négative quasi exclamative

N'osez-vous sans rougir

la formule restrictive assortie d’une inversion  de la présence

 Vous n'avez devant vous qu'une jeune princesse

Et enfin   la relative explicative

A qui j'avais pour moi vanté votre tendresse

 

On remarquera dans la  phrase suivante où le superlatif est placé en tête, un chiasme rythmique.

Cent fois lui promettant mes soins, votre bonté,(6//2+4)

J'ai fait gloire  à ses yeux de ma félicité ,(2+4/6)

l’abondance des possessifs.

pour moi mes soins., ma félicité. votre tendresse votre bonté ses yeux

 qui traduisent la force de l’amitié qui la lie à la jeune fille et son intimité.

Les questions formulées avec insistance sont  destinées à piquer l’amour propre contrastant avec l’alliance des termes  vanté votre tendresse avec l’emploi d’un mètre approprié pour traduire l’émotion grandissante.

Que va-t-elle penser de votre indifférence? (6//6)

Ai-je flatté ses voeux d'une fausse espérance? (4+2//6)

N'éclaircirez-vous point ce front chargé d'ennuis'? (6//2+2+2)

 les termes indifférence  fausse espérance front chargé d'ennuis( au sens fort de graves soucis) sont mis en relief en fin de vers pour insister sur la déception de se voir ainsi accusé d’imposture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’adolescente se manifeste pleinement dans la priorité qu’elle accorde à des aspects secondaires plutôt qu’à l’essentiel.

   

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

Correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Seigneur, poursuivez à cruels  et sourds.

 

Iphigénie demande des éclaircissements

Elle n’obtient qu’une pure négation et des dérobades à l’imprécation ou à l’invocation où elle en est réduite.

Allusions que la jeune fille ne peut saisir mais que le spectateur comprend parfaitement. Ce qui crée une tension dramatique intense.

 

 L’instance Seigneur, poursuivez  emploie l’impératif et une apostrophe suppliante.

 la négation est pure Je ne puis

l’imprécation est au subjonctif exclamatif ainsi que l’invocation

 Périsse le Troyen auteur de nos alarmes'! Les dieux daignent  surtout prendre soin de vos jours!

Les dérobades contiennent des allusions sibyllines  Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes.(2+4//3+3)

Où le terme de larmes est ambigu

 Les dieux depuis un temps me sont cruels  et sourds .(2+4//2+2+2).où le sens permet toutes les suppositions les plus terribles

Et dans les deux cas le  rythme soutenu avec des inversions pour mettre en relief les termes importants. 

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

Correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Calchas, dit-on à la fin

Iphigénie ne sait plus qu’en penser elle se résigne à détourner la conversation sur la fête religieuse du sacrifice qui se prépare en posant des questions à ce sujet Elle demande confirmation puis s'enquiert sur la date fixée et enfin si elle sera présente

Les questions sont posées sur le ton le plus innocent du monde et pourtant ont une résonance éminemment tragique ainsi que les réponses,   sibyllines pour la jeune fille, d’un père qui ne peut plus se dérober et s’en tire par une invocation, une ellipse, un soupir et enfin par une réponse ambiguë et la fuite

 

.

L’innocence des interrogations est marquée par la simplicité du vocabulaire, l’emploi d’une incise triviale et de termes qui ont une résonance douloureuse

Calchas, dit-on, prépare un pompeux  sacrifice.(2+2+2//6)

 L'offrira-t-on bientôt ?

 Me sera-t-il permis de me joindre à vos vœux ?

Verra-t-on à l'autel votre heureuse  famille?

Vous vous taisez?

 

Les réponses du père sont étonnamment brèves pleines de sous-entendus; et dénotent un certain embarras très compréhensible,

Puissé-je auparavant fléchir leur injustice! Où le subjonctif est de rigueur pour exprimer l’invocation et le terme de fléchir traduit la difficulté de l’entreprise et injustice le mystère

Plus tôt que je ne veux avec l’ellipse de la date précise et une remarque apparemment sans raison.

Hélas! interjection douloureuse du soupir qu'Iphigénie interprète comme un refus.

Vous y serez, ma fille. Adieu

Où le futur sonne faux et prépare une fuite éperdue

Le culte mythologique des valeurs n’empêche pas de découvrir la lâcheté du père et l’innocence de la fille. Encore une fois on note que la religion ne change rien fondamentale

ment dans la nature humaine.

 §4

Le troisième texte à commenter est extrait de l'Acte III sc.5

MISE EN PLACE

La flotte des Grecs rassemblés pour aller faire le siège de Troie, est retenue à Aulis par les vents contraires. Le sacrifice d'Iphigénie sur l'autel de Diane est la condition que les dieux mettent à son départ. Agamemnon subjugué par Ulysse a donc fait venir sa fille, sous prétexte de la marier à Achille. Mais, se ravisant, il envoie Arcas au-devant de Clytemnestre, avec une lettre qui enjoint à la reine de retourner à Mycènes avec Iphigénie. Il annonce ensuite à Achille et à Ulysse qu'il va renvoyer l'armée. Ulysse combat sa résolution et Agamemnon croit s'en tirer en consentant à laisser immoler sa fille, si elle met le pied à Aulis. C'est alors qu'on vient lui annoncer l'arrivée inopinée de Clytemnestre et d'Iphigénie, accompagnées d'Eriphile qui avoue à Doris son amour pour Achille. Iphigénie s'étonne de la froideur que son père lui témoigne. L'absence d'Achille l'inquiète. Bientôt Clytemnestre vient lui apprendre qu'Achille est décidé à retarder son mariage jusqu'à la fin de la guerre. Mais Achille la détrompe : elle se rend compte qu'il est impatient d'épouser Iphigénie et qu'elle a été trompée ; elle comprend mal qu'Agamemnon prétende l'empêcher d'accompagner sa fille au mariage mais se résigne. Achille laisse éclater sa joie que va assombrir l'intervention d'Arcas implorant son appui contre la menace qui pèse sur Iphigénie. C'est là que le texte se situe.

   

 

UN COUP DE TONNERRE

ACHILLE 

Arcas que dites vous ?

CLYTEMNESTRE

Dieux que vient-il m'apprendre

ARCAS  à Achille

Je ne vois plus que vous qui la puisse défendre.

ACHILLE

Contre qui?

ARCAS

Je le nomme et l'accuse à regret.

Autant que je l'ai pu, j'ai gardé son secret.

Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête

Dût tout cet appareil retomber sur ma tête,

Il faut parler.

CLYTEMNESTRE

Je tremble.  Expliquez-vous, Arcas.

 

ACHILLE

Qui que ce soit, parlez, et ne le craignez pas

. ARCAS

 

Vous êtes son amant, et vous êtes sa mère

 Gardez-vous d'envoyer la princesse à son père.

 

 

 

 

CLYTEMNESTRE

 

Pourquoi le craindrons-nous?

 

ACHILLE

Pourquoi m'en défier'?

 

ARCAS

 

Il l'attend à l'autel pour la sacrifier.

 

ACHILLE

 

Lui!

 

CLYTENFNESTRE

 

Sa fille!

 

IPHIGÉNIE

 

Mon père!

 

ÉRIPHILE

0 ciel! quelle nouvelle!

 

 

 

   

THEMATIQUE

de la fragmentation

du moment du texte

Racine représente comment  Iphigénie,  Clytemnestre, Eriphile et Achille sont frappés par les révélations d'Arcas sur le sacrifice projeté

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

Correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Du début à défendre

les interrogations pleuvent

 

 

Achille est interloqué Clytemnestre est épouvantée

Arcas s'adresse  à Achille pour lui montrer qu'il est le dernier recours et donne un début d'explication qui laisse Achille sur sa faim

Le ton interloqué est traduit par l'emploi de l'apostrophe et la brièveté de la phrase

L'épouvante par l'invocation divine et le futur proche qui traduit l'imminence du drame annoncé

le rythme est choisi en conséquence en disloquant les hémistiches.

Arcas que dites vous

Dieux que vient-il m'apprendre? (2+4//1+5)

Le ton d'Arcas est tragique avec l'emploi du restrictif que et d'une relative au subjonctif potentiel assorti d'un mètre élargi;

Je ne vois plus que vous qui la puisse défendre(4+2//6)

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

Correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Contre qui?

 À Il faut parler.

Achille prend la balle au rebond pour demander à Arcas de lui préciser l'adversaire

 Achille pose nettement la question.

La réponse d'Arcas est très embarrassée mais finalement assumée

La netteté de la question est le résultat de la brièveté de la phrase elliptique et d'une allitération en /k/ Contre qui?

L'embarras d'Arcas est l'effet d'un contraste  rythmique entre des  phrases simples formées de deux indépendantes ou d'une seule subordonnée modale où les termes nomme et accuse s'opposent à regret où le pronom accusatif  le est lourd de sous entendus implicites où le rythme soutient une parole hésitante.

Je le nomme et l'accuse à regret.(3//3+3)

Autant que je l'ai pu, j'ai gardé son secret. (6//3+3)

et une adversative où les termes saisissants fer, bandeau,  flamme constituent une période ternaire et où l'attribut toute prête.

est placé en fin de phrase avec l'anacoluthe frappante d'un accord fautif.

Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête.

La résolution de parler malgré tout apparaît dans l'emploi d'une concessive savante au subjonctif

Dût tout cet appareil retomber sur ma tête (1+5//3+3)

préparant la chute de l'apodose

Il faut parler(4/).

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

Correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Je tremble à envoyer la princesse à son père. Clytemnestre et Achille veulent savoir de qui il s'agit

 

Ils pressent Arcas de s'expliquer plus clairement et celui-ci ne peut  que s'exécuter mais en ménageant ses effets.

Le ton pressant de la mère est marqué par l'emploi d'un terme émotif Je tremble, et d'un impératif Expliquez-vous doublé d'une apostrophe Arcas dans un mètre désarticulé.

 Je tremble.

 Expliquez-vous, Arcas.(2//4+2)

Chez Achille par l'emploi de formules qui se veulent rassurantes en même temps qu'impériales et soulignées par le rythme

Qui que ce soit, parlez, et ne le craignez pas (4+2//6)

Arcas ménage ses effets grâce à un mètre soigneusement choisi pour mettre en relief les deux attributs symétriques pleins de sous entendus : son amant et sa mère

 Vous êtes son amant, et vous êtes sa mère (3+3//4+2)

Et pour donner au ton quelque chose de mystérieux et de tragique à la fois où l'impératif  vibre d'intentions  urgentes et son père placé à la fin du vers d'inattendu.

 Gardez-vous d'envoyer la princesse à son père. (3+3//3++3)

 

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

Correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Pourquoi le craindrons-nous?

À la fin

Des éclaircissements sont nécessaires sur le sujet de la crainte

 

Deux questions se font écho celles de Clytemnestre et d'Achille

La réponse d'Arcas est explicite et tragique à la fois ; il dénonce le sacrifice projeté

Les réactions sont inspirées par l'épouvante

 

 

 

 

 

 

 

 Clytemnestre  révèle sa crédulité

 Pourquoi le craindrons-nous?

 Achille son innocence

Pourquoi m'en défier?

Avec l'opposition des termes employés craindre  /  défier

La réponse est dite sur un ton malheureux où les pronoms personnels, l'opposition entre les termes attendre/ sacrifier,  la résonance douloureuse du terme d'autel, le mètre syncopé  révèlent une âme généreuse qui a été sensible à la grâce affectueuse de la jeune fille.

Il l'attend à l'autel pour la sacrifier.(3+3//6)

L'épouvante est marquée par des exclamations

Lui!/Sa fille!/Mon père

O ciel! quelle nouvelle!

Où l'on reconnaît la candeur de l'amant, la crédulité de la mère, la piété filiale et la perversité contenue de la captive jalouse où se mêle le culte mythologique des valeurs.

 

Rien ne prouve mieux que ce passage que l'auteur, loin d'être embarrassé par le cadre mythologique, a su traduire les sentiments bien humains des personnages touchants mis en scène, aussi bien la tendresse filiale que l'amitié d'un serviteur  vis à vis d'une enfant du maître..

 

Introduction

Dans ce texte, où Racine représente comment  Iphigénie,  Clytemnestre, Eriphile et Achille sont frappés par les révélations d'Arcas sur le sacrifice projeté, il s’agit de savoir si l’auteur a réussi à marier le culte mythologique des valeurs, avec le naturel et la vraisemblance dans les caractères et l'action, pour sauver les personnages touchants sans lesquels il n'y a pas de vraie tragédie ? A-t-il pu respecter une certaine bienséance pour ne pas choquer les mœurs du contemporain de l'auteur : son idéal philosophique, moral, religieux, constituant l'idéal mondain de l'honnête homme de la bourgeoisie, celui de la convenance mondaine et de la délicatesse ?

CONCLUSION CONSEQUENTE

Il est incontestable que l'art de l'auteur a su parfaitement marier la fatalité qui pèse sur les personnages enclins au culte mythologique des valeurs de  leur époque avec les sentiment humains qu'inspire l'amitié d'un serviteur pour la petite fille de son maître qu'il a vue grandir et la tendresse filiale qui perce sous l'exclamation d'Iphigénie n'en croyant pas ses oreilles lorsqu'on lui révèle le sacrifice qu'a ordonné son père. Eriphile pour la première fois trahit sa vraie nature de captive en proie à une jalousie morbide sans choquer le moins du monde la bienséance de cette      époque          qu'on          comprend    encore         aujourd'hui.
§5

Le quatrième texte à commenter est extrait du cinquième acte scène 4

MISE EN PLACE

La flotte des Grecs rassemblés pour aller faire le siège de Troie, est retenue à Aulis par les vents contraires. Le sacrifice d'Iphigénie sur l'autel de Diane est la condition que les dieux mettent à son départ. Arcas a découvert à Achille, à Iphigénie  et à la mère, devant Eriphile, le secret d'Agamemnon. Achille a juré de défendre Iphigénie qu'il veut épouser. Agamemnon son père, après avoir longtemps tergiversé, conseille à la mère Clytemnestre de partir du camp et de cacher Iphigénie pendant qu'il fera croire qu'il la retient seule et qu'il renvoie son épouse. Mais Eriphile confie qu'elle va tout révéler à Calchas. Aegine révèle à la mère que la jeune captive a trahi son secret. C'est là que se situe le texte à expliquer.

 

Une mère déchaînée contre l'ennemie de sa fille

 

ACTE V, SCÈNE IV

 

 

CLYTEMNESTRE

 

O monstre, que Mégère en ses flancs a porté!

Monstre, que dans nos bras les enfers ont jeté!

Quoi? Tu ne mourras point?  Quoi? Pour punir son crime...

Mais où va ma douleur- chercher une victime?

Quoi? Pour noyer les Grecs et leurs mille vaisseaux,

Mer, tu n'ouvriras pas des abîmes nouveaux?

Quoi? Lorsque les chassant du port qui les recèle,

L'Aulide aura vomi leur flotte criminelle,

Les vents, les mêmes vents, si longtemps accusés,

 Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés?

.

 

 

Et toi, soleil, et toi, qui dans cette contrée

1                 Reconnais l'héritier et le vrai fils d'Atrée,

Toi, qui n'osas du père éclairer le festin,

Recule, ils t'ont appris ce funeste chemin.

Mais, cependant, ô ciel! ô mère infortunée!

De festons odieux ma fille couronnée

Tend la gorge aux couteaux par son père apprêtés.

 Calchas va dans son sang... Barbares, arrêtez 1

C'est le pur sang du dieu qui lance le tonnerre...

 J'entends gronder la foudre, et sens trembler la terre.

 Un dieu vengeur, un dieu fait retentir ces coups.

 

 

THEMATIQUE

de la fragmentation

du moment du texte

Racine représente une mère déchaînée contre les ennemis de sa fille

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

Analyse du sens de la dialectique

Correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

Du début jusqu'à Pour punir son crime

 

Clytemnestre cherche le moyen de châtier la coupable.

 

Elle en est réduite à des imprécations. Elle s'indigne d'abord qu'un tel monstre puisse demeurer impuni. Puis un doute s'installe.

L'indignation se manifeste dans l'emploi de termes très forts pour désigner la jeune captive monstre  qui vient des enfers, son ascendance  Mégère*qui l'a portée dans ses flancs

L'anaphore de l'apostrophe elliptique du verbe  est là pour les  souligner ainsi que les inversions suggestives et la scansion du mètre et pour finir une interrogation exclamative ponctuée par ne interjection où la chute de l'apodose est soulignée par la plenitude de l'hémistiche;

 O  monstre, que Mégère en ses flancs a porté!(3+3//3+3)

Monstre, que dans nos bras les enfers ont jeté!(2+4//3+3)

Quoi? Tu ne mourras point?  (6//).

. La phrase exclamative qui suggère une autre imprécation  est coupée à la fin du vers par des points suspensifs

Quoi? Pour punir son crime …(//6).

 

On se situe là au niveau humain du ressentiment. Le nom de Mégère est invoqué par souci de couleur locale Racine sacrifiant juste ce qu'il faut au culte mythologique des valeurs.

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

 Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De mais où va ma douleur

 à

vaisseaux brisés

Clytemnestre se ravise

 

Elle juge la chose dérisoire par rapport à l'horreur du sacrifice de sa fille innocente et ses imprécations prennent une dimension cosmique

La conjonction adversative mais et l'interrogation légèrement hésitante marquent le revirement subit

 Mais où va ma douleur chercher une victime?(3+3//2+4)

L'interjection quoi? initie des futurs prophétiques délirants où les catastrophes et les cataclysmes qui s'abattent sur la flotte donnent aux hommes une terrible leçon d'humilité.

La force des termes choisis en témoignent abîme /ouvrir /chassant/ vomi /flotte criminelle/ couvrir /vaisseaux brisés

Et aussi la construction de la phrase qui rebondit sur l'anaphore de l'interjection Quoi?

Dans la première c'est l'inversion du régime verbal de la finalité et l'apostrophe de nature cosmique qui mettent en relief des desseins de la fatalité divine de Neptune

Quoi? Pour noyer les Grecs et leurs mille vaisseaux, ,(6//6)

Mer, tu n'ouvriras pas des abîmes nouveaux? ,(1+5//6)

Dans la seconde c'est l'élargissement de la phrase à partir de la subordonnée circonstancielle qui souligne l'ampleur du désastre  auquel préside Eole

Quoi? Lorsque les chassant du port qui les recèle,(6//2+4)

L'Aulide aura vomi leur flotte criminelle, ,(2+4//6)

// Les vents, les mêmes vents, si longtemps accusés, (,2+4//6)

 Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés? ,(6//6)

Dans les deux cas on note l'utilisation de la plénitude des hémistiches pour donner une dimension cosmique aux imprécations et celle de la répétition identificative  pour donner au ton la satisfaction sadique qui sied à l'héroïne

 Les vents, les mêmes vents

 

Barthes a eu raison de souligner l'insignifiance tragique du personnage d'Eriphile qui n'est rien  par rapport à celui d'Iphigénie qui est tout. Le dénouement est ainsi préparé où la jeune captive Eriphile se tue pour échapper à la fois au sacrifice  et à l'humiliation de se voir  préférée dans le cœur d'Achille par Iphigénie. C'est là le trait de génie d'un auteur qui a su  créer de toutes pièces un tel personnage.

 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

 Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Et toi, soleil

à ce funeste chemin.

 

Elle cherche un moyen pour  différer le sacrifice

Elle utilise une invocation au plus puissant des dieux, le soleil c'est à dire Hélios/Zeus qu'elle implore pour qu'il consente à reculer la date de la terrible échéance.

La rogation est le fait de l'apostrophe anaphorique du pronom de la deuxième personne qui marque une certaine intimité et du choix d'une phrase où la protase est assortie d'une chute pathétique  de l'apodose doublée d'un rejet.

Et toi, soleil, et toi qui dans cette contrée (2+2+2//6)

Reconnais l'héritier et le vrai fils d'Atrée*(3+3//6)

 

Toi, qui n'osas du père éclairer le festin, (4+2//3+3)

 

||Recule,

avec l'indépendante d'un commentaire très  explicite

ils t'ont appris ce funeste chemin. (2/4//6)

 

Funeste se rapporte à la légende qu'on a pris soin de rapporter au début.

*Agamemnon

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

 Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Mais, cependant à son sang

elle s'imagine la scène du sacrifice comme si elle y était

Elle exprime maintenant son émotion et  ses sentiments dans un véritable délire.

.

L'émotion est trop forte. Elle éclate en sanglots. L'infortune doit être prise en son sens étymologique de fatalité,  festons odieux désigne les bandelettes dont on  ornait les victimes. Elle a  la vision insupportable  d'une fille qui tend la gorge aux couteaux par son père apprêtés avec une inversion suggestive pour souligner l'antithèse des termes de père et de fille.

La phrase commence  avec des apostrophes marquées par des interjections exclamatives, ô ciel! ô mère infortunée! et développe  une longue apodose par rapport à une  protase abrégée.

Le mètre d'abord haché utilise la plénitude de l'hémistiche puis le rythme syncopé pour permettre l'expression des sanglots.

Mais, cependant, ô ciel! ô mère infortunée!(1+3+2//6)||

De festons odieux ma fille couronnée (6//3+3)

Tend la gorge aux couteaux par son père apprêtés (3+3//3+3).

La vision insupportable qui la hante atteint son paroxysme avec celle de Calchas s'apprêtant à égorger sa fille Calchas va dans son sang...où les points suspensifs coupant l'imminence du va explicité par son sang annoncent l'évènement imprévu d'un coup de théâtre.

. 

 

 

SCHEMATIQUE DU MOMENT

DU TEXTE

 Analyse du sens de la dialectique

correspondante

Expression du sens

Connotation de

l'expression du sens

De Barbares, arrêtez À  fait retentir ces coups

Brusquement elle perd l'esprit et interprète ses perceptions dans le sens de son délire.

 

Elle croit aux bruits qu'elle entend en une intervention du plus puissant des dieux : celui qui lance le tonnerre, Zeus. Elle se croit exaucée au point de pouvoir commander aux évènements.

Le ton est de quelqu'un qui exige d'obtempérer avec une apostrophe injurieuse  et un impératif cinglant. Barbares, arrêtez !

L'indignation devant le  sacrilège es marquée par le caractère sacré  de la périphrase qui désigne le maître des dieux du dieu qui lance le tonnerre  associé avec le pur sang dont  sa fille est issue.

Le rythme syncopé  souligne la violence du ton.

Barbares, arrêtez ! (//3+3)

C'est le pur sang du dieu qui lance le tonnerre... (1+5//3+3)

Un temps pour écouter et confirmer  la chose. Tel est le sens des points suspensifs après tonnerre

La confirmation est  éclatante celle d'un présent bien actuel et des termes sans équivoque où se mêlent perception J'entends et sens et hallucination gronder la foudre/  trembler la terre.

L'interprétation immédiate : celle de se voir exaucée par Un dieu vengeur

Le mètre suggère parfaitement la chose avec un rythme étudié pour  traduire  l'extase.

 

 J'entends gronder la foudre, et sens trembler la terre. (2+2+2//2+2+2)

 Un dieu vengeur, un dieu fait retentir ces coups (4+2//4+2)

 

 

 INTRODUCTION

Dans ce texte où Clytemnestre se déchaîne,  il s’agit de savoir si l’auteur a su traduire l'explosion de haine d'une mère bafouée en respectant le naturel et la vraisemblance dans les caractères et l'action, sans lesquels il n'y a pas de vraie tragédie, dans un cadre où règne le culte mythologique des valeurs ? A-t-il pu respecter malgré tout une certaine bienséance pour ne pas choquer les mœurs du contemporain de l'auteur : son idéal philosophique, moral, religieux, constituant l'idéal mondain de l'honnête homme de la bourgeoisie, celui de la convenance mondaine et de la délicatesse ?

CONCLUSION conséquente

On peut dire qu'il s'agit d'un tour de force. La mère déchaînée contre une fatalité qui l'écrase s'exprime dans les termes qu'on attend de quelqu'un soumis au culte mythologique des valeurs dan l'ancienne Grèce. La tension dramatique est à son paroxysme. On est horrifié par le sort d'Iphigénie et la douleur d'une mère qui n'en peut mais que sombrer dans un délire, et bouleversé par des évènements imprévus dont le sens nous échappe provisoirement et que la scène suivante se chargera d'élucider. Le personnage d'Eriphile apparaît sous un jour nouveau que fait entrevoir le sentiment d'une mère éplorée. L'art de Racine fait merveille dans l'utilisation des ressources de l'alexandrin.

 

Capturé par MemoWeb à partir de http://pagesperso-orange.fr/paul.martin/iphigénie.htm  le 12/08/2008