bonne affaire

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Le commentaire du texte extrait de la nouvelle « le petit fût » des CONTES DE MAUPASSANT (7 avril I884) nécessite une mise en place par rapport à la fondation unitaire du genre : faire le récit du protagonisme de la passion de certaines valeurs chez un personnage face à l'antagonisme de la passion d'autres valeurs chez d'autres personnages avec, en général, une touche finale qui frappe le lecteur par une sorte de révélation inattendue, en donnant le fin mot de l'histoire Il s'agit dune fondation médiate qui a besoin d'un intermédiaire structurel bien que la nouvelle par nature soit toujours relativement courte..

Il s'agit de déterminer la thématique de la fragmentation du moment du texte pour pouvoir apprécier la peinture des traits de caractère des personnages. Le récit doit avoir assez de vigueur et de densité pour susciter un intérêt soutenu qui peut être dramatique ou comique selon un certain registre propre à l'auteur mais garder jusqu'au bout son caractère anecdotique (proprement inédit) sans jamais tomber dans la mièvrerie. Le genre à cause de sa brièveté n'est pas si aisé qu'il en a l'air. Car les effets doivent être infaillibles s'ils ne veulent pas manquer la cible..

MISE EN PLACE DU TEXTE

Le récit de l'affrontement décisif entre deux passions, la cupidité d'un personnage face à l'obstination d'un autre personnage à conserver son bien touche ici à sa fin. L'aubergiste a fini par trouver le moyen de venir à bout de la résistance obstiné que lui opposait la vieille femme en lcol en lui offrant un petit fût qui lui sera fatal, flattant ainsi sa gourmandise pour l'alcool.

Une bonne affaire !

Il revint quatre jours plus tard. La vieille était devant sa porte, occupée à couper le pain de la soupe. Il s’approcha lui dit bonjour, lui parla dans le nez, histoire de sentir son haleine. Et il reconnut un souffle d’alcool. Alors son visage s’éclaira.

« Vous m’offrirez bien un verre de fil ? » dit-il.

Et ils trinquèrent deux ou trois fois.

Mais bientôt le bruit courait dans la contrée que la mère s’ivrognait toute seule. On la ramassait tantôt dans sa cuisine,. tantôt dans sa cour, tantôt dans les chemins des environs, et il fallait la rapporter chez elle, inerte comme un cadavre.

Chicot n’allait plus chez elle, et, quand on lui parlait de la paysanne, il murmurait avec un visage triste :

« C’est-il pas malheureux, à son âge, d’avoir pris c’t’habitude-là ? Voyez-vous, quand on est vieux, y a pas de ressource. Ça finira bien par lui jouer un mauvais tour »

Ça lui joua un mauvais tour, en effet. Elle mourut l’hiver suivant, vers la Noël, étant tombée, soûle, dans la neige. Et maître Chicot hérita de la ferme, en déclarant:

« C’te manante, si elle s’était point boissonnée, elle en avait bien pour dix ans de plus. »

 

 

 

 

COMMENTAIRE DE TEXTE PROPREMENT DIT

Thématique de la fragmentation du moment du texte

L’auteur raconte le dernière phase de l’opération : le tour est joué, l’affaire est dans le sac.

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

Expression du sens

Connotation de l’expression du sens

Du début à

Soupe

Il faut vérifier

le résultat de la tentation

Tel est l’objet de la visite. Rien en apparence ne signale un quelconque succès

Une phrase anodine courte sans aucune recherche de vocabulaire, l’imparfait contrastant avec le parfait du verbe de la phrase précédente pour opposer le souci de la visite et le désappointement de l’aubergiste impatient de vérifier un résultat satisfaisant . Il revint quatre jours plus tard. La vieille était devant sa porte, occupée à couper le pain de la soupe

quatre jours plus tard dénotait toutefois une certaine impatience

Toute une civilisation se profile derrière cette scène où l’on voit une paysanne couper le pain de la soupe . Le pain était la base de la nourriture à cette époque. Et en général, la préparation de la soupe se faisait devant la porte quand il y avait un rayon de soleil.

 

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De Chicot à mauvais tour

le commentaire de Chicot

Chicot se montre faussement compatissant

La fausse compassion de Maître Chicot se manifeste d'abord par son attitude prudente Chicot n'allait plus chez elle et par le ton de son commentaire il murmurait avec un visage triste Le terme de paysanne montre que la rumeur est complice pour éviter toute allusion au crime qui se cache sous la bonne opinion du notable : il n'hésite pas à moraliser lui-même, comme sa situation respectable l'y autorise. On note le souci de réalisme de l'auteur qui fait parler le personnage comme un vrai campagnard normand

Le ton général est faussement apitoyé en rapport avec la comédie du visage triste :on le voit à l'emploi du présentatif et du démonstratif qui hésite entre le péjoratif et l'emphatique ; de l'impersonnel sentencieux. Voyez-vous, quand on est vieux Y'a pas de ressource Ça finira bien par lui jouer un mauvais tour C'est-il pas On pourrait en dire autant des termes du vocabulaire qui se veulent curieusement moralisateurs malheureux, par rapport à son âge et à l'habitude Un mauvais tour est un euphémisme très courant lorsqu' on parle de la mort évoquant les puissances infernales

Quant à l'appellation de Chicot très allusive, elle dénote un certain humour froid de l'auteur .

Il ne faudrait pas croire que la stylistique est réservée au langage noble grammaticalement élaboré. La stylistique est aussi originaire que le genre. Le langage a commencé pour ainsi dire par être chanté avant d'être parlé

L'aubergiste est un maître consommé dans l'art d'utiliser l'opinion à son profit. Il a bien vu le parti qu'il pouvait tirer de la complicité de l'opinion qui partage avec lui les mêmes valeurs.

 

 

  Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De ça lui joua un mauvais tour

A la fin

L'auteur intervient pour conclure brutalement la nouvelle comme il se doit

Il fallait s'y attendre la vieille femme finit par en mourir à la grande satisfaction de l'aubergiste qui ne peut cependant s'empêcher de se souvenir des affres terribles qu'elle lui a fait endurer

. L'auteur relève l'humour noir de l'aubergiste en répétant les propos qui reflètent le plus son cynisme ponctués d'un coordonnant conclusif plein de sous entendus. Ça lui joua un mauvais tour, en effet tout le récit de l'issue fatale du drame est au parfait conclusif. mourut hérita IL ne fait grâce d'aucun détail circonstanciel l'hiver suivant, vers la Noël ou causal étant tombée, soûle, dans la neige pour accentuer la caractère véridique de l'histoire. Hérita de la ferme sonne comme une logique implacable que met en relief la déclaration de l'aubergiste au comble d'un soulagement où la joie se mêle au souvenir douloureux de la difficulté de l'entreprise« Deux termes du dialecte normand sont particulièrement expressifs manante (du latin manere =demeurer) désignant une paysanne mais plus précisément le fait de rester à demeure et de faire attendre et se boissonner qui n'a pas d'équivalent dans la langue nationale s'alcooliser ayant une consonance scientifique impropre dans le cas de la vieille femme Encore un démonstratif qui hésite entre le péjoratif et l'emphatique, une tournure pléonastique pour renforcer le risque auquel il avait de peu échappé alle en avait bien pour dix ans de plus et une conditionnelle négative appuyée à la mode normande si elle s'était point boissonnée tout contribue à traduire le cynisme de la cupidité du personnage mais aussi le souci de ne pas se compromettre en faisant à sa façon l'oraison funèbre de la victime en admirant sa pugnacité.

Diderot a parlé des idiotismes moraux qui justifient certaines entorses à la morale courante par les impératifs d'une profession. Il est évident qu'on ne peut demander à un commerçant de révéler les faiblesses de la marchandise qu'il vend par exemple. Toute publicité est fondée sur un tel idiotisme

Mais dans le cas de l'aubergiste Chicot on ne peut justifier ses agissements tout simplement criminels. Il a passé les limites de l'idiotisme moral dans sa profession. Et pourtant quel juge aurait la prétention de pouvoir juger ce cas-limite où la culpabilité n'est pas si évidente qu'on pourrait le croire ?

 

 

INTRODUCTION

On en arrive au moment crucial de l'affrontement entre la cupidité de l'aubergiste maître Chicot soucieux d'acquérir coûte que coûte la ferme de la mère Magloire et l'obstination de celle-ci à conserver son bien en la faisant victime d'une tentation diabolique : le fût doit normalement conduire la vieille à l'issue fatale qui fera l'aubergiste héritier de la ferme. Mais il reste à connaître le résultat. On examinera si l'art de l'auteur a su se tirer du final de ce récit où l'on peut le mieux juger du talent de l'auteur qui doit frapper l'esprit du lecteur sans jamais tomber dans le pathos ou les grands effets mélodramatiques, tout en conservant à cette anecdote le caractère extraordinaire d'un évènement dont la réalité sordide s'inscrit dans la tradition rurale presque banale de cette époque. Car la scène a pour cadre la campagne normande de la fin du XIXème siècle. On appréciera la sobriété et la densité des moyens mis en œuvre.

CONCLUSION

Tout est bien en place. Vérification faite sur le terrain, il n'y a plus qu'à attendre l'effet du poison. La rumeur confirme la réussite complète de la manigance de Maître Chicot. Le caractère du protagoniste est complété par une cupidité doublée d'une habileté consommée dans l'art de ne jamais se compromettre vis-à-vis de l'opinion. La touche finale est fournie par l'aveu cynique de l'aubergiste de s'être heureusement tiré d'une affaire où l'adversaire était

Capturé par MemoWeb à partir de http://pagesperso-orange.fr/paul.martin/bonne_affaire.htm  le 12/08/2008