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Le commentaire de texte du genre du portrait comme celui des Caractères de La Bruyère suppose d'abord la mise en place de la thématique du texte par rapport à la fondation unitaire du genre : faire le portrait d'un personnage en lui opposant la passion d'une valeur. Comme chaque portrait se suffit à lui-même, il d'agit d'une fondation immédiate.

Le commentaire de texte du genre du portrait comme celui des Caractères de La Bruyère consistera ensuite à déterminer la thématique de la fragmentation du moment du texte pour examiner la manière dont l'auteur a su traduire les intentions expressives constitutives de le schématique du moment : saisir le trait du caractère qui peint le ridicule du personnage.

MISE EN PLACE DU TEXTE A COMMENTER extrait des Caractères de La Bruyère (V,7)

Que dîtes vous ? Comment ? Je n'y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? J'y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez Acis me dire qu'il fait froid : que ne disiez-vous : " il fait froid" ? Vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige; dites : "Il pleut, il neige". Vous me trouvez bon visage-, et vous désirez de m'en féliciter dites : " je vous trouve bon visage." - Mais répondez-vous cela est bien uni et bien clair et d'ailleurs, qui ne pourrait pas en dire autant Qu'importe Acis ? Est-ce un si grand mal d'être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde ? Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos semblables, les diseurs de Phébus º vous ne vous en défiez point, et je vais vous jeter dans l'étonnement une chose vous manque, c'est l'esprit . Ce n'est pas tout : il y a en vous une chose de trop, qui est l'opinion d'en avoir plus que les autres ; voilà la source de votre pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien. Vous abordez cet homme, ou vous entrez dans cette chambre ; je vous tire par votre habit et vous dis à l'oreille : "Ne songez point à avoir de l'esprit, n'en ayez point, c'est votre rôle ; ayez, si vous pouvez, un langage simple, et tel que l'ont ceux en qui vous ne trouvez aucun esprit : peut-être alors croira-t-on que vous en avez".

 

 

º langage obscur et affecté

 

 

 

 

 

 

COMMENTAIRE DU TEXTE PROPREMENT DIT

  

Thématique de la fragmentation du moment du texte

La Bruyére fait le portrait du pédant Acis en lui opposant la valeur de la simplicité.

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De Que dîtes-vous

A qu'il fait froid

LB entre dans le vif du sujet : Acis veut faire la conversation avec lui qu'il a choisi comme son interlocuteur.

Il fait part de sa perplexité car il a bien de la peine à comprendre quAcis parle du temps qu'il fait non qu'il n'articule pas assez mais parce qu'il emploie un style trop alambiqué.

L'auteur accumule les interrogations coupées de négations et de réitérations pour enfin deviner ce que son interlocuteur veut dire avec un grand soulagement. Car il désespérait d'y arriver.

Que dites-vous? Comment? Je n'y suis pas: vous plairait-il de recommencer? J'y suis encore moins. Je devine enfin: vous voulez, Acis, me dire qu'il fait froid ;

Le terme de deviner est utilisé à bon escient avec son sens fort originaire de devin qu'il faudrait être pour comprendre ce que veut dire Acis. Enfin signale la profondeur du soulagement

L'intention comique est évidente. On est toujours amusé par les tentatives vaines que fait un interlocuteur pour comprendre l'autre car il est dans la position ridicule du sourd qui passe aisément pour un fou.

On peut être étonné que la rue soit ainsi atteinte par un tel engouement pour le pathos, mais il faut se souvenir que le mouvement de la préciosité et de ses excès de langage date de la fin du Règne de Henri IV (1610) et qu'elle s'est établie pour deux siècles. Or nous sommes en 1688. En outre, on précisera qu'il s'agit évidemment à cette époque d'un milieu exclusivement privilégié.

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De que ne disiez-vous

à bon visage

Il va donner son avis sur ce qui favorise la la bonne communication

Il ne peut s'empêcher avec une pointe d'agacement de donner une sorte de correction : il suffirait de dire tout bonnement qu'il fait froid, qu'il pleut ou qu'il neige et qu'on a bon visage.

La pointe d'agacement est marquée par la tournure simplifiée de l'interrogation presque exclamative que ne disiez-vous : Il fait froid?

Le reste est à l'avenant ; l'auteur n'hésite pas à utiliser le répétition et le parallélisme de la construction pour augmenter l'effet de simplicité

Vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige ; dites : Il pleut, il neige.

Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m'en féliciter; dites: Je vous trouve bon visa ge

On notera l'emploi du style direct depuis le début abrupt qui frappe et saisit l'attention du lecteur

On pense immédiatement au Misanthrope de Molière où Alceste ne peut s'empêcher de donner une correction à un petit marquis Oronte qui se pique de faire des vers en un style si ampoulé qu'on lui préfère une chanson qui dit la même chose en termes tout simples.

Mais il y a aussi Boileau qui écrit :

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement

Et les mots pour le dire viennent aisément

La Fontaine n'est pas en reste. Dans l'Enfant et le Maître d'école il écrit en parlant des pédants

En toute affaire ils ne font que songer

Aux moyens d'exercer leur langue

 

 

 

 

 

Schématique

du Moment du texte

Analyse du sens de la dialectique correspondante

Expression du sens

Connotation de l'expression du sens

De Mais, répondez-vous

A comme tout le monde

La discussion de l'opinion d' Acis sur le sujet

Acis objecte qu'ainsi il manquerait d'originalité ; que c'est parler comme tout le monde

La réponse est nette. Ne s'agit-il pas avant tout de se faire comprendre?

Le Mais est celui d'un ton pincé avec la moue dédaigneuse que suppose le rythme binaire de la phrase l'incise étant là pour montrer qu'Acis ne lâche pas prise

Mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair

Le Et d'ailleurs renchérit introduisant une interrogative exclusive qui se veut péremptoire

et d'ailleurs qui ne pourrait en dire autant ?

le Qu'importe ! exclamatif accompagné de l'apostrophe ,Acis, frise l'indignation vertueuse qui s'exprime dans l'antiphrase d'une fausse interrogative

Est-ce un si grand mal d'être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde? où Entendu a le sens de comprendre

L'objection n'est pas aussi déconcertante qu'elle en a l'air car elle dénote chez Acis et ses semblables une prétention démesurée à se situer bien au-dessus des autres sans aucune raison apparente de le pouvoir. Il y a un abîme entre Acis et son interlocuteur : l'un soucieux d'établir un contact sincère avec autrui et l'autre au contraire faisant passer ava

Capturé par MemoWeb à partir de http://pagesperso-orange.fr/paul.martin/acis.htm  le 12/08/2008